
Accidents, violences et drames domestiques ont endeuillé le Cameroun, qui compte huit administrateurs civils morts en service entre 2018 et janvier 2026 dans des circonstances particulièrement tragiques.
Le 24 janvier 2026 restera gravé dans les mémoires de l’arrondissement de Galim-Tignère ! Patrice Joël Nariki, sous-préfet de cette localité du département du Faro-et-Déo dans la région de l’Adamaoua, et son épouse ont trouvé la mort dans un incendie qui a ravagé leur résidence de fonction. Trois de leurs enfants ont également péri dans le drame. Seuls deux enfants, âgés de 2 ans et 22 ans, ont survécu grâce à l’intervention rapide des voisins. Selon les premières constatations, « l’incendie semble avoir pris naissance dans la cuisine » et les circonstances exactes « restent inconnues ». Les corps ont été transférés à la morgue de l’hôpital régional de Ngaoundéré et les dégâts matériels, y compris le véhicule de service du sous-préfet, sont considérables. Le décès de Patrice Joël Nariki ravive le souvenir de plusieurs autres administrateurs civils disparus dans des conditions tragiques depuis 2018. Marcel Namata Diteng, sous-préfet de Batibo, avait été kidnappé par des sécessionnistes le 11 février 2018 lors de la fête de la jeunesse.
La nouvelle de sa mort a été confirmée plusieurs mois plus tard par le gouvernement. Quelques mois plus tard, le 28 août 2018, Jean Christian Abah Abah, sous-préfet de Figuil, son épouse et un de leurs enfants décédaient dans un accident de circulation près de Meiganga. En janvier 2019, Félix Bilonougou, préfet des Hauts-Plateaux, était retrouvé mort à Bafoussam des suites d’un malaise selon les sources officielles. En mars 2022, Timothée Aboloa, sous-préfet d’Ekondo Titi, était tué dans une attaque à la voiture piégée aux côtés de six autres personnes, incluant des forces de l’ordre, sur la route reliant Lobe à Bekora, dans le contexte de la crise anglophone. Armand Eloundou Amougou, sous-préfet de Mora, a été retrouvé mort au salon de sa résidence le 19 avril 2024, seulement deux mois après sa prise de fonction. L’année 2025 a été également tragique pour l’administration territoriale. Nicolas Nkongho Manchang, sous-préfet de Bamenda II, est décédé le 29 juillet 2025 à l’hôpital général de Douala après avoir été blessé par balles lors de son enlèvement par des séparatistes en février 2024. Makew Théophile, sous-préfet de Kumbo, a été retrouvé mort dans son domicile de fonction le 21 décembre 2025.
Entre insécurité et risques domestiques
Ces huit décès illustrent la variété des dangers auxquels sont exposés les administrateurs civils. Certains sont victimes directes de violences liées à l’insécurité dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, d’autres succombent à des accidents de la circulation ou à des tragédies domestiques comme celle de Galim-Tignère. « Tragédie à Galim-Tignère : le sous-préfet et sa famille victimes d’un incendie meurtrier », lit-on sur les réseaux sociaux et dans les témoignages relayés par les communautés locales. Les observateurs notent que ces représentants de l’État sont souvent en première ligne face aux crises locales et aux situations à risques. Le cas de Nicolas Nkongho Manchang avait profondément choqué l’opinion publique car « l’autorité administrative avait été enlevée alors qu’elle se rendait en mission officielle ».
Au total, huit administrateurs civils ont perdu la vie en service entre 2018 et janvier 2026. Chaque décès rappelle les difficultés et les dangers auxquels ils sont confrontés quotidiennement. Les familles endeuillées et les communautés locales restent marquées par ces tragédies tandis que des questions sur la sécurité et la protection des serviteurs de l’État se posent avec acuité. À Galim-Tignère, la population demeure sous le choc et l’enquête ouverte pour déterminer les causes de l’incendie devrait éclairer les zones d’ombre entourant ce drame. Ces huit vies perdues symbolisent les sacrifices silencieux des administrateurs civils qui, chaque jour, assurent la présence et l’autorité de l’État au cœur des zones les plus complexes du pays.
Michel NONGA



