
La controverse autour de l’autopsie du leader politique décédé en détention le 1er décembre, prend une ampleur nationale et internationale, la famille dénonçant une procédure unilatérale imposée par les autorités.
Hier à 8 h 25, une autopsie a été pratiquée sur le corps d’Anicet Ekane, président du Manidem, à la morgue de l’Hôpital central de Yaoundé. Cette opération médico-légale, autorisée par le commissaire du gouvernement, s’est tenue malgré le refus catégorique de la famille, qui réclamait la présence d’un médecin indépendant. Dans un communiqué conjoint, les avocats de la famille, Me Hippolyte Meli, Me Emmanuel Simh, Me Julie Jukic et Me William Bourdon, ont dénoncé une procédure unilatérale et précipitée. « Les résultats d’une autopsie unilatérale opérée et sans acte juridictionnel ne seront pas opposables aux victimes, directes et indirectes », a averti Me Meli sur sa page Facebook, qualifiant l’opération de « véritable inquisition sur la dépouille mortuaire du Président Ekane ».Le collectif rappelle que Anicet Ekane avait été enlevé le 24 octobre à Douala, au lendemain de la septième réélection de Paul Biya, puis transféré à Yaoundé où il a été détenu dans des conditions qualifiées d’inhumaines.
Selon ses proches, il souffrait de graves troubles respiratoires et cardiaques, et son appareil d’assistance respiratoire lui aurait été confisqué dès sa garde à vue. « Ceux qui ont décidé de le priver de son assistance respiratoire, l’ont fait à dessein », accuse le communiqué, soulignant que les autorités judiciaires étaient informées de son état de santé. Le 30 novembre, face à la dégradation rapide de son état, la famille et le parti politique de Anicet Ekane avaient sollicité un transfert médical d’urgence. Cette demande est restée sans réponse. Le décès est survenu le 1er décembre. Le lendemain, la famille a été informée que l’autopsie aurait lieu le 3 décembre à 8 h, ne lui laissant pas le temps de désigner un médecin indépendant. « Aucune entrave ne saurait être apportée à la vérité et aux circonstances du décès », ont insisté les avocats. Le document officiel du Tribunal militaire de Yaoundé, signé par le commissaire du gouvernement, confirme que la réquisition à expert avait été émise dès le 1er décembre. Il y est précisé que la famille devait être informée et invitée à désigner des représentants pour assister à l’opération. Pourtant, selon les avocats, cette notification tardive a empêché toute organisation effective.
Convention contre la torture
Le collectif annonce envisager « toutes les initiatives judiciaires à l’échelon national, régional et international » pour que la lumière soit faite sur les circonstances du décès et que les responsables soient poursuivis. Il appelle la communauté internationale à rappeler aux autorités camerounaises leurs obligations en vertu des conventions internationales, notamment la Convention contre la torture et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Cette affaire intervient dans un contexte politique tendu au Cameroun, où les arrestations d’opposants et les atteintes aux droits humains sont régulièrement dénoncées par des Ong telles qu’Amnesty International et Human Rights Watch. Le décès d’Anicet Ekane, militant de longue date pour la souveraineté populaire et la justice sociale, pourrait devenir un symbole de la lutte contre l’impunité et pour la transparence judiciaire.
Franck ESSOMBA



