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Affaire Anicet Ekane: Overdose de parlotte ou overdose de pouvoir ?

Overdose de parlotte ou overdose de pouvoir ?

Invité sur le plateau de l’émission « Tribune spéciale » de Prc Tv vendredi 5 décembre dernier, les propos de Paul Atanga Nji, ministre de l’Administration territoriale, ont suscité une vague d’indignation au sein de la classe politique et de l’opinion publique. En pleine période de deuil national, le patron du Commandement a choisi comme toujours un langage sans fioriture qui frise la provocation plutôt que la retenue. Analyse !

En empruntant dans un langage familier propre aux jeunes, une expression qui signifie parler sans détour, l’on aurait affirmé sans risque de se tromper que : « Atanga Nji tape sec ». Allusion faite ici à l’interview que le ministre de l’Administration territoriale a accordé récemment à nos confrères de Prc Tv, la chaîne de télévision du Cabinet civil de la présidence de la République émettant sur le canal 308 sur le Bouquet Canal +. Interrogé sur le décès d’Anicet Ekane, figure de l’opposition et leader du Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie (Manidem), décédé en détention le 1er décembre, le Minat, fidèle à son style froid et sans filtre, a tenu des propos que beaucoup trouvent d’une rare virulence. « Il faut éviter les amalgames en disant que c’était un martyr. Non, c’est Jésus qui est mort, je précise bien, pour sauver l’humanité », a-t-il lancé, balayant d’un revers de main les vibrants hommages rendus de par le monde à l’illustre défunt.

Alors que la nation est encore sous le choc de cette disparition tragique et bouleversante, les mots d’Atanga Nji ont été perçus comme une tentative de réécriture brutale de l’histoire. « Il n’est ni martyr ni héros », a-t-il insisté, accusant Ekane d’avoir « toujours été du mauvais côté, le côté on brûle, on pille, on vandalise ». Ces propos, tenus sans nuance ni compassion, ont été largement critiqués par la société civile et les proches du défunt qui ont remis au goût du jour, les multiples sorties au vitriol de celui qui est par ailleurs Secrétaire permanent du Conseil national de sécurité (Cns), un rôle qui lui donne une influence majeure sur les questions de sécurité et de gestion des crises au Cameroun. Au-delà de l’attaque posthume, le Minat a reconnu avoir personnellement informé Elecam de ce que l’investiture de Maurice Kamto par Anicet Ekane n’était pas valide. « Je suis retourné dans mes archives et j’ai réalisé qu’il n’avait pas le droit de faire cela, alors j’ai fait un rapport que j’ai envoyé à Elecam », a-t-il affirmé. Cette déclaration soulève de sérieuses questions sur l’indépendance de l’organe électoral, censé être impartial.

L’homme de confiance de Paul Biya

Dans un contexte post-électoral tendu, où près de 20 morts et plus de 1.200 interpellations ont été recensés selon les chiffres officiels, cette ingérence apparente dans le processus électoral renforce aussi et surtout les soupçons de manipulation politique. Le ministre, loin de calmer les tensions, semble les attiser. Il a même accusé Ekane et ses alliés d’avoir « décidé d’acheter le tramadol et la drogue pour donner aux enfants » dans une logique insurrectionnelle, sans fournir de preuves tangibles.

Présenté comme un homme de confiance du président Paul Biya, souvent déployé sur le terrain pour gérer les tensions, notamment post-électorales, en assurant la stabilité et en appelant à la cohésion nationale, Atanga Nji, en réponse à ces accusations et autres procès qui fusent de toutes parts sur sa personne, estime qu’il n’est pas de ces personnages qui aiment parler pour plaire encore moins un fan du politiquement correct. « Je n’étais pas d’accord avec sa démarche intellectuelle dans le sens de la confrontation perpétuelle avec l’ordre ; Je l’ai souvent conseillé dans ce sens, mais il était sourd à toute sagesse », garde-t-il comme souvenir d’Anicet Ekane.

 Influence

Dans les entrailles de la colline d’Etoudi, qui abrite le palais présidentiel, et les bureaux du Secrétaire permanent du Conseil national de sécurité, ce dernier est un homme craint. Un personnage redoutable qui, loin de forcer simplement le respect, règne sans partage sur ce domaine où à force de se frotter au pouvoir, il est devenu « un fidèle de Biya » pour reprendre certains analystes, convaincus que cette réputation qui ne l’émeut guère, n’est pas pour autant le fruit d’un travail acharné ou la juste récompense de la longue expérience acquise dans le sérail. Que non ! C’est davantage grâce à l’influence dont il jouit aujourd’hui. Si beaucoup soutiennent qu’il doit cette overdose de popularité à Paul Biya qui a délibérément fait de lui un « roitelet », il reste vrai que le digne fils de la Mezam est un habitué des réactions aux antipodes de celles parfois soutenues par le Pouvoir de Yaoundé.  N’avait-il pas réitéré sa position sur la crise anglophone, affirmant que « les Anglophones ne sont pas marginalisés ; ils ne l’ont jamais été » ?Une déclaration en total déphasage avec les revendications portées depuis 2016 par les enseignants, avocats et populations du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, et qui ont conduit à un conflit armé qui s’éternise.

En niant l’évidence au motif qu’il sert le Chef de l’Etat, le Minat contribue à l’enlisement d’une crise qui a déjà coûté la vie à des milliers de camerounais. Que dire de l’une de ses dernières sorties lorsque dans un élan de flagornerie, le même Atanga Nji a estimé que Paul Biya « méritait mieux » que le Cameroun, car « on le trouve très avancé par rapport à ses collaborateurs » ? Une déclaration qui sonne comme une offense pour les millions de citoyens vivant dans la précarité, dans un pays classé parmi les derniers en matière de développement humain. Vomi au début dans sa Mezam natale, d’où il dut être exfiltré au tout début de la crise (fin 2016- début 2017), Atanga Nji a été honoré par Paul Biya qui lui réaffirma sa confiance en 2019 dans un environnement où plusieurs analystes pensaient plutôt à d’autres cadors qui auraient bonne presse. Curieux paradoxe. Allez-y savoir !

Christian TCHAPMI

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