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Affaire Martinez Zogo: Des ramifications jusqu’au sommet de l’État

Lors de l’audience d’hier au Tribunal militaire de Yaoundé, le témoin Alain Ekassi a livré des détails saisissants impliquant Martin Savom dans l’assassinat du chef de chaine de la radio Amplitude Fm et d’autres crimes, tout en pointant du doigt des complicités au sommet de l’État.

Devant le tribunal militaire de Yaoundé hier, 24 novembre 2025, Alain Ekassi s’est présenté comme un témoin du ministère public prêt à tout dévoiler. Appelé à la barre comme témoin du ministère public, Alain Ekassi, ancien agent civil de renseignement devenu agriculteur, a livré un témoignage de près de trois heures, suivi de près de six heures d’interrogatoire. L’audience, suspendue à 20h53, reprendra ce mardi 25 novembre. Mais déjà, les mots d’Ekassi résonnent comme un coup de tonnerre dans une affaire qui secoue le Cameroun depuis janvier 2023.Selon ses déclarations, « Martin Savom est l’un de suspect principal de l’assassinat de Martinez Zogo », le maire de Bibey, actuellement incarcéré à la prison centrale de Kondengui, aurait porté le coup fatal au journaliste, retrouvé mort et mutilé. Ekassi affirme connaître Savom depuis plus de quinze ans. « Je connais bien ses méthodes. Ce qui est arrivé à Martinez Zogo porte sa signature », a-t-il déclaré. Le témoin ne s’est pas limité à l’affaire Zogo.

 Il a également accusé Savom d’être impliqué dans la mort de Mgr Jean Marie Benoît Balla, évêque de Bafia, retrouvé noyé dans la Sanaga en 2017, avec la phrase énigmatique dans son véhicule : « Je suis dans l’eau ». Pour Ekassi, les similitudes entre les deux affaires sont troublantes. « C’est la même main, la même méthode », a-t-il réitéré. Mais les révélations ne s’arrêtent pas là. Ekassi évoque aussi « le vol de bébés, le trafic d’ossements humains et des grands braquages » comme faisant partie des forfaits attribués à Savom. Il cite également un certain Arthur Essomba, qui aurait passé un long moment avec Zogo le jour de son enlèvement, comme un suspect potentiel.

L’État face à ses démons

Ce qui donne une dimension vertigineuse à cette déposition, c’est l’implication présumée de hauts cadres de la présidence de la République. « Il est péremptoire quand il fait un lien entre toutes ces personnes qu’il a citées et certaines autres personnes dont il a cité le nom et qui seraient en service à la présidence de la République. Je crois que ça nous amène à nous interroger », lanceMe Joseph Kenmoe, avocat des ayants droit de Zogo. La thèse d’un deuxième commando, évoquée depuis les premières heures de l’enquête, semble se confirmer. « Ils ont toujours parlé de deux commandos qui auraient opéré dans le cadre de cette affaire. Je crois que cette thèse-là, de plus en plus, semble se dessiner avec la réclusion de Alain Ekassi », poursuit Me Kenmoe. Face à la gravité des accusations, les avocats insistent sur la nécessité d’une justice rigoureuse et rapide. Me Ofomo Toueli Justin, avocat de Léopold Maxime Eko Eko, appelle à une meilleure organisation des audiences.

« Nous voulons avoir trois jours d’audience pour des sessions de trois semaines. Toute chose qui participera à aider à la manifestation de la vérité », dit-il. Il met en garde contre les lenteurs judiciaires, qu’il attribue à des comportements inadaptés des acteurs du procès.« Il n’y a pas qu’un seul élément qui participe à la lenteur judiciaire. Elle est alimentée par plusieurs comportements, plusieurs attitudes », ajoute-t-il. Le commissaire du gouvernement propose une coordination méthodique pour éviter les redondances et accélérer le processus.

La Dgre disculpée

Pour Me Calvin Job, membre du collectif des avocats des ayants droit de Zogo, les révélations d’Ekassi confirment des soupçons anciens. «On a bien entendu qu’une certaine méthode portait la griffe de certains individus. Une griffe qu’on a reconnue et qu’on nous a dit avoir identifiée dans un événement qui a aussi choqué le Cameroun, concernant un certain évêque », a-t-il déclaré. Et de poursuivre, « ce qui nous rassure aujourd’hui, c’est que tout ça est mis à jour pour qu’on puisse comprendre ces méthodes-là et essayer de faire en sorte que plus jamais ça n’arrive ». L’audience du jour, selon lui, a été un moment fort de la manifestation de la vérité, malgré « quelques relents de vengeance et de volonté de préserver ses intérêts individuels » chez le témoin.

Le témoignage d’Alain Ekassi, qui affirme n’avoir jamais collaboré avec la Dgre ni connu Justin Danwé, mais qui dit avoir fréquenté Martinez Zogo peu avant sa mort, jette une lumière crue sur les pratiques de certains cercles du pouvoir. Il affirme que s’il n’avait pas parlé, il aurait pu être soupçonné lui-même. « S’il ne faisait pas ce travail-là, ce travail d’enquête et de dénonciation, lui-même aurait pu être soupçonné dans l’assassinat de Martinez Zogo », rapporte Me Calvin Job. Alors que l’audience se poursuit ce mardi 25 novembre, l’opinion publique retient son souffle. Les accusations portées par Ekassi, si elles sont confirmées, pourraient faire vaciller les fondements mêmes de l’État. Le procès Martinez Zogo, déjà emblématique de la lutte pour la vérité et la justice au Cameroun, entre dans une phase décisive.

Franck ESSOMBA

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