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Affaire Martinez Zogo: L’étau se desserre autour de Léopold Maxime Eko Eko

Deux anciens cadres clés de la Direction générale de la recherche extérieure (Dgre) ont livré des témoignages concordants qui fragilisent l’accusation et renforcent la thèse de l’innocence de l’ex Dg dans l’affaire.

La longue marche vers la justice et la vérité ! Le procès de l’affaire Martinez Zogo, qui a débuté en 2023 après l’assassinat de ce journaliste, a connu une avancée significative lors des dernières audiences des 5 et 6 janvier 2026. Deux anciens cadres de la Dgre, le Commissaire divisionnaire Elong James, ancien Directeur des opérations, Conseiller technique N⁰1 et coordinateur de la direction des opérations et Emmanuella Moudié, chef de la Division de surveillance électronique (Dse) lors des faits, ont révélé des détails troublants sur cette affaire. Dans son témoignage, Elong James a fermement affirmé que l’opération ayant conduit à l’enlèvement et au meurtre de Martinez Zogo ne respectait pas les protocoles habituels de la Dgre.

Il a décrit cette mission comme « inconnue » au sein de l’institution, soulignant qu’aucune directive officielle n’avait été émise par Maxime Eko Eko. « Ce qui est arrivé ne cadre pas avec les missions de notre service », a-t-il déclaré, dénonçant un casting ethniquement orienté, avec six des huit agents impliqués provenant d’une même région, celle du Directeur des opérations, Justin Danwé. Le Commissaire divisionnaire a également évoqué des irrégularités dans l’organisation de cette opération, notamment l’utilisation de moyens financiers et logistiques sans l’approbation du Directeur général. « Une mission de plus de 17 jours ne peut être financée par les fonds propres du Directeur des opérations. Cela va à l’encontre des pratiques de notre institution », a-t-il ajouté.

Autonomie suspecte du Directeur des opérations

L’un des points clés soulevés durant cette audience est le contournement flagrant de la hiérarchie au sein de la Dgre. Elong James a expliqué que l’opération semblait avoir été orchestrée en dehors de la chaîne de commandement habituelle, avec des décisions prises de manière unilatérale par Justin Danwé. Des révélations particulièrement troublantes concernent l’existence d’une salle de réunion isolée, accessible uniquement par empreinte digitale, où se tenaient des réunions secrètes sans que Maxime Eko Eko en soit informé. « Le Directeur général n’avait pas accès à cette salle. Il fallait que le Directeur des opérations soit informé de son arrivée pour lui permettre d’y entrer », a précisé Elong James.

Ces témoignages mettent en lumière une autonomie suspecte du Directeur des opérations, qui aurait mené des activités secrètes et non conformes aux usages de la Dgre. Le Commissaire divisionnaire a également rejeté les allégations selon lesquelles Maxime Eko Eko aurait ordonné l’effacement de messages relatifs à cette opération, affirmant, « effacer un message, c’est inapproprié et cela cache une information particulière. Je n’ai jamais reçu un tel ordre. » 

Des procédures techniques détournées 

Le témoignage de Emmanuella Moudié, chef de la Division de surveillance électronique (Dse) lors des faits, a renforcé ces révélations en démontrant que les procédures techniques habituelles avaient été ignorées dans cette affaire. Selon elle, la surveillance téléphonique et la localisation de Martinez Zogo avaient été effectuées sans autorisation officielle, et ses propres collaborateurs avaient agi en dehors des règles établies. « À la Dse, l’élaboration d’une fiche technique ou la localisation d’un contact passe par une validation du Directeur Général. Dans le cadre de cette opération, il n’y a pas eu respect des procédures », a-t-elle déclaré. Elle a également souligné que les deux agents impliqués, Guy Serges Heudji et Yves Saiwang, avaient agi sur la demande directe de Justin Danwé, sans lui rendre compte. Madame Moudié a réfuté toute implication de sa division dans cette affaire, ajoutant que les données collectées ne peuvent être supprimées qu’avec une autorisation formelle, ce qui n’a pas été le cas ici. « Nous avons une messagerie interne pour transmettre les données. WhatsApp est accessoire et utilisé dans des canaux précis. Dans cette situation, aucune trace officielle n’a été laissée, ce qui est contraire à nos pratiques », a-t-elle expliqué.

Les deux témoins ont également insisté sur le fait que Martinez Zogo faisait l’objet d’une écoute depuis plusieurs années, comme c’est le cas pour de nombreuses personnalités publiques. Cependant, cette surveillance n’avait aucune visée opérationnelle et ne justifiait en aucun cas une intervention directe. « Le recueil passif des informations électroniques sur Martinez Zogo était dans nos bases de données, mais cela ne veut pas dire qu’il était sous surveillance active ou qu’une opération était en cours contre lui », a précisé Emmanuella Moudié.  Le Conseiller technique N°1 et coordinateur de la direction des opérations lors des faits, Elong James a renchéri en indiquant qu’il n’avait jamais eu connaissance d’un dossier Martinez Zogo sur sa table, ni avant ni après les événements. Selon lui, l’enlèvement et le meurtre du journaliste relèvent d’une mission parallèle, menée en dehors des cadres institutionnels de la Dgre.

Franck ESSOMBA

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