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Affaire Martinez Zogo: Trois ans de flou artistique autour d’un procès (kafkaïen) ?

Alors que la prochaine audience est prévue pour le 24 novembre prochain, la question autour de l’identité des commanditaires de l’assassinat du Chef de chaîne de la radio Amplitude Fm reste pendante. A bientôt trois ans après la découverte macabre de la dépouille, le bal des procédures semble infructueux. Pendant que de nouvelles personnes sont été interpellées, le peuple attend désespérément que la vérité éclate et que justice soit rendue.

Dans l’enfer des règlements de comptes… Le dire de manière péremptoire n’a rien d’une hyperbole. Les dernières actualités à reverser dans le dossier de l’affaire Martinez Zogo, semblent confirmer cette thèse qui se répand de plus en plus dans le sérail. Un an après la découverte du corps supplicié du Chef de chaine de la radio Amplitude Fm, d’épais nuages assombrissent le ciel de Léopold Maxime Eko Eko. Alors que sa famille et son conseil vivent dans le martyr de l’impatience, convaincus que le droit sera enfin dit et que la Justice triomphera, les jours semblent se suivre et se ressembler pour l’ex patron de la Dgre inculpé pour « torture, complicité de torture, omission de porter secours, arrestation et séquestration aggravées en coaction et violation de consigne en coaction » aux côtés de Jean Pierre Amougou Belinga, Justin Danwe et Cie. Chef des services de contre-espionnage camerounais à son arrestation en janvier 2023, l’homme qui séjourne depuis lors en détention provisoire à la prison principale de Yaoundé à Kondengui traverse une période qui ressemble à s’y méprendre à une « parodie de procès ».

Affaire d’Etat ?

Une espèce d’attelage mal lié qui fait dire à certains hommes de loi et autres juristes avisés, qu’il ne s’agit ni plus ni moins que d’une affaire cousue de fil blanc. Les éléments pour soutenir ce postulat, expliquent-ils, trouvent leur source dans les rebondissements survenus dans l’affaire ces dernières semaines. Faut-il espérer que la prochaine audience prévue lundi 24 novembre prochain au Tribunal militaire de Yaoundé puisse permettre au peuple d’observer quelques lueurs de la vérité qui tarde à éclater ? Difficile d’en avoir la certitude dans un contexte où l’assassinat de l’animateur radio est rapidement devenu une affaire d’État et que les 17 coaccusés n’ont toujours pas été jugés, mais présentés à la barre comme des bêtes de foire dans les méandres d’une affaire engluée dans des procédures à n’en plus finir.

Pendant ce temps, le corps sans vie de MZ (ou ce qu’il en reste) gît dans la glace, attendant que soit démêler l’écheveau pour qu’il regagne enfin la terre de ses ancêtres. Enlevé dans la soirée du 17 janvier 2023 et sa dépouille découverte en décomposition dans la nuit du 21 au 22 janvier, le mystère reste entier sur les commanditaires de ce crime crapuleux qui a secoué le monde de la presse nationale et internationale, non sans susciter une espèce de séisme au sein de l’appareil de l’Etat.

Fabrication de coupables (?)

On se souvient que dès l’enlèvement de Martinez Zogo, trois enquêtes concurrentes ont été engagées par la Délégation régionale de la Police judiciaire du Centre, la Légion de Gendarmerie du Centre et le Service central des Recherches judiciaires du Secrétariat d’Etat à la Défense (Sed). Par la suite les deux services de Gendarmerie ont mutualisé leurs investigations. A la suite de la création le 27 janvier 2023 par le Chef de l’Etat de la Commission mixte d’enquête Police-Gendarmerie, « les deux services de gendarmerie se sont précipités à poser, en exclusivité et devançant et écartant la police entre le 27 janvier 2023 et le 02 février 2023, des actes de police judiciaire (auditions, interpellations…) orientés vers la fabrication de coupables (commanditaires) désignés sur lesquels devaient converger les éléments de preuves à trouver. Quand la Commission mixte a effectivement débuté ses travaux, suite à la note de service du Commissaire du Gouvernement datant du 02 février 2023, de fortes pressions ont été exercées sur les officiers de de police judiciaire de la Dgsn pour qu’ils endossent les conclusions tronquées de la Gendarmerie », révèlent nos sources qui qualifient l’affaire d’un dossier qui pue la manipulation à plein-nez.

Narratif orienté

A preuve, « les policiers y ont opposé un refus catégorique, exigeant de reprendre tous les devoirs d’enquête dans le cadre de la Commission mixte. C’est à ce niveau que les médias internationaux de grande audience tels que Rfi, France 24, TV5, des associations de défense des droits des journalistes à l’instar de Reporters sans frontières, des chaînes télé et radio nationales, les médias sociaux acquis ont été mis à contribution pour imposer à l’opinion nationale et internationale, le narratif orienté de la Gendarmerie, ayant intentionnellement déformé la réalité des faits », ajoutent nos sources. Avant de conclure que « la principale conséquence de ces pressions et manipulations est que le dossier transmis au Tribunal militaire contient des incongruités et des contradictions humiliantes pour le corps des officiers de police judiciaire ». Ce d’autant plus que depuis le début des débats au fond devant le Tribunal militaire, les différents témoignages déjà recueillis, le transport judiciaire à la radio Amplitude Fm et l’écoute des dernières émissions « sont en train de démonter voire pulvériser le narratif orienté à but de fabrication du coupable désigné servi dès le début de cette affaire ».

Transport judiciaire

D’ailleurs, l’audience du 03 novembre dernier consacrée à l’écoute des trois dernières émissions diffusées sur Amplitude Fm les 15, 16 et 17 janvier 2023 laisse entendre Martinez Zogo dénonçant des pratiques présumées de corruption impliquant plusieurs personnalités, dont l’homme d’affaires Jean Pierre Amougou Belinga. L’écoute de ces émissions avait été décidée lors de l’audience du 13 octobre 2025, à la suite de la proposition d’un témoin — un ancien collègue du journaliste — d’en faire un élément de preuve afin d’éclairer le tribunal sur les sujets abordés par Martinez Zogo avant son assassinat. Un débat avait alors opposé les parties sur la recevabilité d’une clé Usb contenant les enregistrements. Les interviews accordées le 21 octobre 2023 à Balafon TV par les avocats des parties à la suite dudit transport judiciaire indiquent à suffire dans quelles directions convergent désormais les indices de responsabilité. Selon certaines sources, des manipulations auraient eu lieu depuis le début de l’enquête. A quelles fins ? Mystère et boule de gomme. De mémoire de chroniqueur judiciaire, l’enquête sur le meurtre de Martinez a effectivement fait l’objet de nombreuses manipulations éhontées, conséquences des fortes pressions orchestrées par des lignes hiérarchiques politico-administratives dont dépendaient les officiers de police judiciaires en charge de l’enquête préliminaire.

La guerre des clans

Le Messager révélait déjà dans son édition du mardi 11 novembre 2025, que plusieurs personnes dans l’entourage de l’Ex Dgre ont été arrêtées et mises en détention simplement sur instructions hiérarchiques et sur la base de présomptions de culpabilité sans que des indices factuels concordants et contradictoires ainsi que des éléments légaux et intentionnels ne justifient de telles atteintes graves à la présomption d’innocence. Renforçant la thèse selon laquelle l’assassinat de Martinez Zogo est survenu dans un contexte de positionnement et d’expression feutrée d’ambitions politiques en vue de l’élection présidentielle d’octobre 2025.

L’illustre défunt n’avait-il pas de son vivant dénoncé les clivages existant au sein du sérail et mettant en exergue trois clans ? Entre ceux qui soutenaient encore le Chef de l’Etat et estimaient qu’il fallait l’accompagner vers une sortie honorable en travaillant dur en passant par ceux qui estimaient que leur temps était déjà arrivé et qu’il fallait éjecter le président de la République par tous les moyens jusqu’à ceux qui croyaient dur comme fer que son règne était parvenu à sa fin de cycle et qu’il fallait s’en mettre plein les poches avant qu’il ne soit tard, Martinez, comme un soldat du micro, avait commencé le grand déballage, promettant des détails croustillants le lendemain et les jours suivants. Malheureusement, la mort a déjoué ses plans et la mission qu’il s’était confiée. Rendez-vous le 24 novembre !

Franck ESSOMBA

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