
Tels sont les propos de l’accusé Dagobert Nwafo hier, au Tribunal de grande instance du Mfoundi, lors du procès de l’affaire du petit Mathys, poignardé à mort le 10 mai 2025, la procédure ayant été renvoyée au 3 février 2026 pour la suite des débats.
Le quartier Ngoa Ekélé à Yaoundé reste marqué par l’horreur du 10 mai 2025. Ce jour-là, une altercation dans un bar entre Dagobert Nwafo et Paulin Wandji, père du petit Mathys, a dégénéré en tragédie. Quelques heures après la dispute, Dagobert Nwafo s’est introduit dans la maison familiale et a asséné trois coups de couteau à l’enfant de six ans. L’arme, un poignard de 40 centimètres sans manche, a pénétré de 24 centimètres dans le thorax gauche, transperçant le cœur. Mathys a succombé à ses blessures à l’hôpital militaire de Yaoundé. Interrogé à la barre, l’accusé a livré une déclaration troublante. « Je ne me souviens de rien. Le couteau est le mien. Je ne me souviens pas de ce qui s’est passé à l’intérieur de la maison. C’est lundi que j’ai appris que j’ai tué l’enfant. J’ai la conscience que j’ai ôté la vie à bébé Mathys », a-t-il confessé. L’audience du mercredi 14 janvier 2026, qui s’est tenue au Tribunal de grande instance du Mfoundi de 11h à 17h23, a été marquée par des échanges intenses entre les parties. Le ministère public a requis l’application des articles 74 et 276 du Code pénal, relatifs à l’homicide volontaire avec préméditation.
Bien que la peine de mort n’ait pas été explicitement requise par le parquet, elle a été fermement soutenue par les avocats de la famille de la victime.« Il y a eu préméditation et ce monsieur est d’une mauvaise foi à nul autre pareil », a déclaré Me Piendjio Desolice Magloire, porte-parole du collectif d’avocats de la famille de Mathys. « Toucher à la vie d’un faible, d’un innocent, c’est toucher au futur. » Il a également dénoncé les manœuvres dilatoires de la défense, tout en saluant le fair-play du tribunal. « Nous recherchons la vérité et que le public soit édifié sur la vérité », a-t-il insisté. Face à une accusation aussi lourde, la défense a adopté une posture de prudence. Me Ulrich Juvenal Ngouana, avocat de Dagobert Nwafo, a rappelé que son client plaide non coupable. « Le client a exposé les faits en fonction de ce qu’il sait de cette affaire. Le ministère public semble contredit. Ça va se jouer », a-t-il affirmé. Il a également justifié la demande de renvoi pour les plaidoiries, estimant que la défense n’était pas prête à cette étape de la procédure. « Dans cette étape de la procédure, permettez que nous vous disions qu’il n’y a pas une stratégie à faire savoir en l’état », a-t-il précisé. Le tribunal a accordé ce délai, fixant la reprise des débats au 3 février 2026. À cette date, la défense présentera enfin ses arguments avant que la cause ne soit mise en délibéré.
Vers une peine capitale
L’affaire Mathys a profondément ému l’opinion publique camerounaise. Le meurtre d’un enfant innocent, dans un contexte de querelle d’adultes, a ravivé les débats sur la justice, la peine capitale et la protection des mineurs. Des voix s’élèvent pour réclamer une justice exemplaire, tandis que d’autres appellent à la retenue et au respect des droits de la défense. Dans un pays où la peine de mort est toujours prévue par la loi bien qu’aucune exécution n’ait eu lieu depuis 1997, ce procès pourrait raviver les tensions entre partisans de l’abolition et défenseurs d’une justice rétributive.
Le verdict attendu dans les prochaines semaines devra trancher entre les aveux partiels de l’accusé, les éléments matériels accablants et la quête de vérité portée par les familles. Le silence de Dagobert Nwafo, ses trous de mémoire et ses aveux fragmentés laissent planer une ombre sur les faits. Mais pour les avocats de la famille de Mathys, une chose est certaine, « nous avons démontré la préméditation, le ministère l’a démontré, et touché à la vie d’un enfant innocent, c’est toucher à l’avenir. »
Michel NONGA



