
L’audience du 10 décembre a été bouleversée par le revirement inattendu de l’accusé Nwafo Dagobert, obligeant le tribunal à abandonner la procédure de plaidoyer de culpabilité.
Le Tribunal de grande instance du Mfoundi a connu une audience électrique hier, mercredi 10 décembre 2025, dans l’affaire du meurtre de Mathys Wandji, âgé de seulement 5 ans et 10 mois. L’accusé, Nwafo Dagobert, avait annoncé son intention de plaider coupable, ce qui aurait pu clore rapidement une procédure judiciaire douloureuse. Ses avocats ont aussitôt demandé que les débats se tiennent à huis clos, invoquant la pression médiatique et morale.
« La question de bonnes mœurs est évidente, pour que les débats se tiennent en toute objectivité, il faudrait que les débats se tiennent à huis clos parce que l’opinion a déjà une position sur cette affaire », a plaidé Maître Ndam. Mais cette requête a été rejetée par le ministère public et les avocats de la famille de la victime. Pour eux, la transparence est essentielle dans une affaire qui a bouleversé le Cameroun. Le procureur a souligné que « le faire à huis clos pourrait soulever beaucoup de questions sur la crédibilité de cette affaire et causer un trouble à l’ordre public ». Le président du tribunal a tranché : les débats resteront publics, sauf nécessité exceptionnelle.
L’aveu qui s’effondre, un procès relancé
L’audience, qui a débuté à 13h01 et s’est achevée à 14h38, a pris un tournant inattendu. Alors que la procédure de plaidoyer de culpabilité semblait enclenchée, l’accusé a remis en cause certains faits lors de l’exposé du procureur. Ce dernier a révélé les résultats glaçants de l’autopsie : Mathys a été poignardé à deux reprises. Le premier coup, de 3 cm, a été stoppé par la clavicule. Le second, d’une violence extrême, a pénétré de 22 cm dans le flanc gauche, atteignant plusieurs organes vitaux, dont le cœur. « Il y a une volonté de tuer et une préméditation », a martelé le procureur, qui a requis l’application des articles 274 et 276 du Code pénal, prévoyant la peine de mort pour assassinat. Dans un réquisitoire d’une intensité rare, il a déclaré, « la société de la justice a besoin de la justice et seul le sang de l’accusé exécuté lors de la peine de mort peut étancher cette soif. » Les avocats de la famille de Mathys ont soutenu cette position, réclamant également la peine capitale. Mais face aux hésitations de l’accusé, le tribunal a préféré rejeter la procédure de plaidé coupable. « Le tribunal, toujours sage, a préféré rejeter son plaidé coupable », a expliqué Me Magloire Désolice Piendjio, membre du collectif des avocats de la partie civile.
Que Justice soit faite…
Pour les proches de Mathys, ce revirement est une épreuve supplémentaire. « Nous avons perdu notre enfant, l’enfant qui était candide, qui avait tout un avenir devant lui. Nous demandons que justice soit faite », a déclaré Me Piendjio. Il a également souligné que « si la procédure de plaider coupable avait été respectée, on aurait fini ce jour ». Mais la prudence du tribunal, face à la gravité de l’affaire et à l’ampleur de l’émotion nationale, a prévalu. L’affaire a été renvoyée au 14 janvier 2026 pour une reprise des débats selon la procédure ordinaire. La défense devra présenter ses témoins, et le procès reprendra dans un climat de tension palpable. Le collectif des avocats de la famille se dit « serein » et confiant dans le bon déroulement de la suite des procédures.
Rappelons que le 10 mai 2025, dans le quartier Ngoa-Ekéllé à Yaoundé, une dispute éclate entre Nwafo Dagobert et le père de Mathys dans une buvette. Quelques heures plus tard, l’accusé s’introduit dans la résidence familiale et poignarde à mort le petit Mathys. L’enfant, malgré ses blessures, tente de fuir et d’appeler à l’aide avant de succomber. L’agresseur est rattrapé par des riverains en colère, roué de coups, puis remis à la police. Ce drame a profondément choqué le pays, suscitant une vague d’indignation sur les réseaux sociaux et dans les médias, où de nombreuses voix réclament une justice exemplaire. Le 14 janvier prochain, le tribunal devra trancher. Mais déjà, l’affaire Mathys s’impose comme l’un des procès les plus sensibles et scrutés de la décennie.
Michel NONGA



