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Ag élective Fécafoot: Passage en force ou boulevard royal pour Samuel Eto’o ?

A 24h des travaux de l’Assemblée générale élective de la Fédération camerounaise de football (Fécafoot) l’instance faîtière, en dépit du carton rouge brandi par le Minsep, a maintenu la convocation des délégués, appelés à désigner le futur exécutif.

Pas de panique ! Sur les réseaux sociaux et via un communiqué officiel publié sur sa page officielle Facebook, la Fécafoot donne rendez-vous aux électeurs dès 8h au Centre d’excellence de la Caf à Mbankomo. Rien à cirer des communiqués de mise en garde brandis tel un épouvantail par le ministère des Sports et de l’éducation physique (Minsep). Les travaux de cette Ag élective auront bel et bien lieu, n’en déplaise à ceux qui lui prédisent une interdiction formelle. Ce maintien de date est perçu par beaucoup d’observateurs comme le prolongement du bras de fer ouvert à l’autorité publique et non moins tutelle étatique par les dirigeants de la maison mère du football camerounais. Il y’a deux semaines, Narcisse Mouelle Kombi a envoyé une lettre à son collègue ministre de l’Administration territoriale Paul Atanga Nji, sollicitant officiellement l’interdiction « pure et simple » de l’Assemblée générale et de toute « assemblée constitutive ou élective » dans le domaine du football.  Dans ce courrier, il évoque des « irrégularités flagrantes », des risques de « troubles à l’ordre public » et met en garde contre toute initiative pouvant menacer la paix sociale.

Gage de légitimité

La tension ne se limite pas à des mots : en amont, des clubs et associations dissidentes — qui comptaient contester la validité du scrutin — ont vu leurs récépissés supprimés. Trois d’entre elles, dont l’Association dynamique des anciens footballeurs de l’équipe nationale (Adafen) et l’Association des anciens Lions indomptables de football (Alifoot), ont été officiellement dissoutes par un arrêté préfectoral dans le ressort du Mfoundi. Une décision saluée par les partisans d’Eto’o comme une première victoire contre ceux qui critiquaient le processus. Face à cette vague répressive, la Fécafoot assume son choix et brandit une autorisation officielle de manifestation — délivrée par les autorités administratives de Mbankomo — comme un gage de légitimité.  Ainsi, en dépit de la demande de suspension, la fédération entend aller jusqu’au bout, sur la base du principe d’autonomie inscrit dans les conventions liant la Fécafoot, la Fédération Internationale de Football Association (Fifa) et la Confédération africaine de football (Caf). Sous les feux de la controverse, le scrutin — pourtant prévu comme formel — devient un affrontement symbolique entre deux conceptions du pouvoir sportif.

Des enjeux de légitimité, d’autonomie et de stabilité

Le caractère inéluctable de l’élection suscite d’abord des doutes sur la nature même du scrutin. En effet, la commission électorale de la Fécafoot n’a validé qu’une seule candidature — celle de Samuel Eto’o — écartant toutes les autres prétendues, pour des motifs variés. Dès lors, beaucoup considèrent ce vote non comme une compétition, mais comme un simple plébiscite, une formalité institutionnelle.  Ce constat alimente la suspicion : comment parler de démocratie quand l’unique postulant est de facto garant de la validité du scrutin — en ayant modifié lui-même les textes fédéraux lors de son premier mandat ?  Pour ses détracteurs, cette situation renvoie à une confiscation du pouvoir, plutôt qu’à un renouvellement institutionnel. Mais le débat ne se résume pas à la question de la concurrence. Il s’agit aussi de savoir si l’autonomie d’une fédération sportive peut justifier le refus d’une tutelle étatique légale lorsque celle-ci invoque des motifs de sécurité publique.

À ce niveau, le bras de fer entre l’État et la Fécafoot révèle une crise de gouvernance profonde. Le Minsep se pose en garant de l’ordre public, s’appuyant sur la loi camerounaise de 2018 relative à l’organisation du sport, tandis que la fédération réclame son indépendance institutionnelle, fondée sur les statuts internationaux de la Fifa et de la Caf. Cette tension n’est pas qu’administrative : elle revêt une dimension symbolique et diplomatique. Si l’Ag du 29 novembre se déroule, malgré l’opposition du gouvernement, le Cameroun s’expose à des sanctions de la Fifa comme ce fut le cas pour d’autres nations africaines en cas d’ingérence étatique.  À l’inverse, si le scrutin est annulé ou reporté, l’État marquera un point sur l’autorité, mais à quel prix pour la crédibilité internationale du football camerounais ?

C.T et Moustapha BACHIROU

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