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Ambiance de finale: A Tsinga, comme un soir à Dakar

Dans l’appartement non loin du Lycée occupé par Ndemba et sa famille, le sacre des Lions de la Téranga s’est vécu en famille. Chez cette famille Sénégalaise installée à Yaoundé depuis plusieurs années, les murs ont tremblé, les meubles ont disparu sous les corps, et le football s’est invité jusque sur la table basse. Une belle soirée vécue en communauté, où le Sénégal a gagné au milieu des siens.

Le salon de la famille N’dour n’a rien d’exceptionnel en apparence. Plusieurs canapés qui rasent les quatre murs posés sur un grand tapis, deux fauteuils dépareillés, une table basse en bois foncé. Mais dimanche soir, l’espace a changé de nature. Le téléviseur trône au fond, posé légèrement en hauteur, comme un drapeau sénégalais accroché fièrement. « On s’assoit partout. Sur les chaises, sur le sol, sur les accoudoirs, parfois même à moitié sur la table. Les chaussures sont abandonnées à la porte. Le salon respire fort », Ndemba N’dour qui lui-même a trouvé une place sur un fauteuil au centre de la pièce. Tout le monde a les yeux rivés que le téléviseur. « On savait que ça allait être serré. Le salon ou la rue, peu importe. L’essentiel, c’est d’être ensemble », dit-il. Sa famille est là, huit personnes, mais autour d’eux gravitent des visages devenus familiers au fil des années. Des compatriotes sénégalais de Tsinga, de Melen, d’Etoudi. Des hommes, des femmes, des jeunes. Tous ont répondu à l’appel sans invitation formelle. Le bouche-à-oreille a fait le reste.

Un salon trop petit pour l’émotion

Sa petite sœur, Aïssatou, a renoncé à compter. « Elle a arrêté quand on a dépassé vingt personnes »,  raconte-t-il sur un ton jovial. « On circule comme elle peut, enjambe des jambes, évite des pieds, pose un plateau de thé sur un coin de table déjà occupé par deux adolescents assis en tailleur. Le salon n’est plus un salon. C’est un stade fermé », lance-t-il, amusée. À même le sol, son oncle, Ousmane Fall, chauffeur de taxi, garde les yeux rivés sur l’écran. « Lui c’est un ancien ici au Cameroun. Je suis né et je l’ai trouvé ici. Il s’est installé ici avant de se marier avec deux femmes de notre communauté ». « Je suis bien ici. Même être chez moi au Sénégal que je ne connais pas vraiment, j’ai l’impression d’y être », dit-il.  Derrière lui, Cheikh Ndiour, étudiant à l’Université de Yaoundé II s’est installé dans un coin du salon « On trouvera la place après. Là, c’est le Sénégal qui joue », tranche-t-il.

Quand le match commence vraiment, les voix se taisent par vagues. Le salon se contracte. Chaque action dangereuse provoque un mouvement collectif. On se lève, on se rassoit, on s’accroche au dossier du canapé. Ndemba, lui, parle peu. « Je n’aime pas crier. J’écoute le silence », confie-t-il. Autour de lui, les enfants réagissent sans filtre. Ils chantent, tapent dans les mains, se taisent brusquement quand la tension monte. Leur identité se construit là, entre deux respirations.

La victoire vécue au corps

Puis vient l’instant décisif. Le salon explose sans retenue. Les cris ricochent contre les murs. Des corps se lèvent d’un seul mouvement. Certains sautent, d’autres tombent dans les bras les uns des autres. Ndemba N’dour se redresse lentement, lève les mains vers le plafond. « Dieu est grand. On tient, mais le cœur déborde », dit-il. La table basse a perdu sa fonction. Elle sert de siège, de support, de tambour improvisé. Ses cousines et sœurs venue de Mfandena, filme la scène. « Ils vont croire qu’on est à Pikine ou à Guédiawaye », plaisante-t-elle en envoyant les images au Sénégal. Dans un coin, Pierre Ndzié, voisin camerounais, applaudit franchement.

Après le coup de sifflet final, personne ne se presse. Le salon reste plein. Les chants ralentissent, deviennent conversations. On refait le monde, on parle du pays, du travail, des enfants. Ndemba s’assoit enfin sur le bord du canapé. « Cette victoire, elle nous rappelle qu’on existe même loin. Ici, on partage tout. La joie aussi », explique-t-il. La nuit s’installe sur Tsinga. Le téléviseur est éteint, mais le salon reste animé. Certains dorment presque assis, d’autres rient encore. Les murs ont absorbé la soirée. Chez les N’dour, le Sénégal a été champion d’Afrique. Et dans ce salon trop petit, la fraternité a trouvé toute la place qu’il fallait.

Moustapha BACHIROU

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