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Anicet Ékané, la dernière braise

Il est des matins calmes et sombres, des matins où l’on avait prévu d’écrire une belle poésie pour ma mère, passée à l’Orient éternel il y a un an, le 3 décembre 2024 à Paris. J’aurais voulu trouver les mots les plus tendres, les plus profonds, pour célébrer celle qui m’a porté, aimé, relevé. J’aurais voulu raconter notre première rencontre, si l’on peut appeler ainsi le premier cri d’un enfant, et notre dernière séparation, sèche, brutale, irrévocable. Mais ce matin, au moment où je m’installais pour écrire, j’ai compris que rien ne serait simple. Car rien ne l’est jamais, au Cameroun.

Ma mère avait ce don rare de voir en moi un avenir prometteur. Qui mieux qu’une mère peut murmurer, dès le secret de l’enfantement, ses prières et ses espoirs pour un futur vaste, lumineux, digne ? À travers moi, à travers mes modestes mots, c’est aussi mes frères et sœurs qui la remercient, même si ce sont mes phrases qui portent le poids de leur amour. Ces liens familiaux profonds m’accompagnent toujours, même lorsque je foule le terrain politique, un terrain où les enjeux sont d’une autre nature, mais où l’espoir reste le même.

Le Cameroun traverse une crise profonde. La gouvernance autoritaire, les élections contestées et la répression des opposants jettent une ombre lourde sur l’avenir. C’est dans ce contexte que s’inscrit la vie et la mort d’Anicet Ékané, militant et défenseur d’un changement pacifique. Notre héros Anicet Ékané, président du Manidem, vient d’en payer le prix ultime : sa vie. Il est tombé pour avoir osé contester une élection aux résultats contestables. Et paradoxalement, alors que je pensais écrire deux hommages – l’un intime pour ma mère, l’autre politique pour Anicet – je me suis surpris à sentir une étrange résonance entre ces deux êtres que tout séparait.

Mon père, lui aussi, est né en 1951, comme Anicet. Une génération marquée par l’espoir et les épreuves, une génération qui a vu le Cameroun basculer entre promesses et désillusions. Cette coïncidence n’est pas anodine : elle rappelle que derrière chaque combat politique, il y a des histoires familiales, des racines profondes, et des destins imbriqués. Ma mère, mon père, Anicet… tous porteurs d’une même impatience à voir ce pays se relever enfin.

Car au fond, ma mère et Anicet avaient en commun ce que l’être humain possède de plus précieux : l’espoir obstiné de vivre bien, et de laisser un monde meilleur aux générations futures. Ils auraient pu se rencontrer. Ils auraient pu échanger sur ce Cameroun qui tangue, chancelle, s’égare. Ils auraient partagé ces inquiétudes qui nous font sourire avec amertume tout en cachant notre angoisse ; ce mélange de désespoir et de courage que seuls les résistants connaissent.

Je me souviens de ma première rencontre avec Anicet. Une rencontre calme, presque trop calme pour l’idée que je me faisais d’un révolutionnaire. J’étais intimidé par cette détente ambiante ; moi qui avais toujours imaginé les mouvements révolutionnaires comme bruyants, fougueux, exaltés.

Je ne suis pas passé par les écoles marxistes ; j’ai appris dans les assemblées, là où les silences valent discours, où un regard dit plus qu’un manifeste, où dans la pénombre d’un soupir on reconnaît les justes. Ce jour-là, je suis reparti avec quelque chose de chaud dans la poitrine : la preuve que tout n’était pas foutu. Qu’il restait des hommes au cuir dur, forgés par l’histoire, trempés par les épreuves.

Puis est venue la campagne présidentielle. Et Anicet, comme un baroud d’honneur, a surpris tout le monde. Lui que l’on accusait parfois – à tort ou à excès – de proximité avec le pouvoir, a déjoué les pronostics. Il a tenu bon, malgré les secousses d’une élection qui n’a pas encore fini de choquer les consciences. Personne n’en sortira indemne.

Le camp du changement pleure aujourd’hui ses enfants injustement tués, ses militants et ses leaders embastillés. Mais il y aura un match retour. Et ne vous en faites pas : dans ce pays, celui qui perd finit toujours par gagner, parce que la victoire qui compte n’est jamais celle des institutions figées, mais celle du peuple qui endure et attend son heure. Anicet, lui, recevra sa revanche, non pas amère et vengeresse, mais la revanche lumineuse d’un Cameroun réconcilié avec lui-même, celui qu’il a rêvé depuis qu’il a vu fusiller Ouandié à Bafoussam en 1971.

Le Cameroun aujourd’hui est un pays à la croisée des chemins. Entre frustrations populaires, dégradation des institutions, et une jeunesse bouillonnante mais souvent désorientée, il tangue sous le poids d’un système qui se ferme à toute contestation. La mort d’Anicet Ékané, loin d’être un accident tragique, est le symptôme d’un appareil d’État usé, parfois violent, qui préfère museler que dialoguer. C’est un avertissement sinistre à tous ceux qui rêvent encore d’un changement pacifique.

Mais face à ce sombre tableau, la mémoire collective demeure un rempart indispensable. Se souvenir d’Anicet, comme de tous ceux qui ont pavé la voie, c’est refuser l’oubli qui tue l’espoir. C’est transmettre aux nouvelles générations la flamme fragile mais tenace qui a animé les résistants d’hier. De Douala Manga Bell à Félix Moumié, cette longue chaîne humaine est la preuve vivante que la lutte est plus forte que la répression.

Ce combat est aussi profondément humain. Il nous rappelle que derrière chaque engagement politique se cache une histoire de chair et de sang, d’amours, de pertes, de doutes et de sacrifices. Qu’on soit mère ou militant, on porte la même quête : celle d’un avenir plus digne, plus libre, pour ceux qui viendront après nous. Alors, à nous tous, aujourd’hui, de prendre la relève. De ne pas laisser les silences, la peur ou la résignation gagner du terrain. Chacun d’entre nous peut être ce maillon qui fera pencher la balance. Car, comme disent nos anciens : « Tant que la braise brûle, le feu renaît. » Et Anicet Ékané, dans sa vie et dans sa mort, fut une braise qui jamais ne s’éteindra.

*Écrivain, président du think tank « Le Pont de Convergence »

Performances

Le Pr. Noe Mouelle honoré

Le Procureur de la République, près le Tribunal de Première Instance de Douala-Ndokoti a été honoré par le Consortium de la Presse Privée du Cameroun. C’était le 28 novembre 2025 à Douala.

« Au nom du Consortium de la Presse Privée du Cameroun, je vous félicite pour cette distinction et vous souhaite plein succès. Nous sommes vos alliés, et vous pouvez compter sur notre soutien indéfectible pour vous aider à relever les défis quotidiens auxquels vous êtes confronté ». C’est en ces termes que Peter Claver Balepna, président du Consortium de la Presse Privée du Cameroun a rendu un vibrant hommage à Noe Mouelle, Procureur de la République, près le Tribunal de Première Instance de Douala-Ndokoti. C’était lors de la remise du Grand Prix Leaders d’Afrique.  Pour Peter Claver Balepna, Président du  Consortium de la Presse Privée du Cameroun, le choix de cet homme exceptionnel est un témoignage de sa compétence, de son intégrité et de son dévouement à la justice. « Vous avez toujours démontré une grande rigueur et une impartialité exemplaire dans l’exercice de vos fonctions, ce qui vous a valu cet honneur et l’estime de l’ensemble de la Presse Privée du Cameroun », a-t-il indiqué.

Lutte contre l’impunité

« Votre rôle est crucial pour la protection des droits des citoyens et la lutte contre l’impunité. Vous avez toujours été un défenseur de la loi et de la justice, et votre travail  contribue au renforcement de la confiance du public dans le système judiciaire Camerounais. Aussi, il est tout à fait justifié que nous vous rendions hommage aujourd’hui pour votre dévouement et votre engagement envers la justice. Votre distinction est un exemple pour la jeunesse camerounaise et un encouragement pour tous ceux qui œuvrent dans le secteur de la justice », conclu-t-il. Emu par cette marque de reconnaissance, Noe Mouelle a remercié le Consortium de la Presse Privée du Cameroun. « Ce que l’on doit faire, c’est de marcher sur le chemin de Dieu », a-t-il conseillé.

Claude Bernard NYOT

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