
La Russie multiplie les signaux diplomatiques en direction du Cameroun depuis la réélection du président Paul Biya, crédité de 53,66 % des suffrages le 12 octobre 2025. Dans un contexte de recomposition géopolitique en Afrique centrale, Moscou semble déterminée à approfondir une coopération bilatérale déjà ancienne.
Dans des propos rapportés par Cameroon Tribune, l’ambassadeur de Russie à Yaoundé, Georgy Todua, a salué la prestation de serment du chef de l’État, estimant que le scrutin s’était « déroulé selon les lois camerounaises, notamment la Constitution et le Code électoral ». Le diplomate russe a réaffirmé la volonté de son pays de renforcer la coopération, notamment dans les domaines culturel et éducatif. « Le Cameroun est un pays ami qui a besoin de paix et de sécurité. C’est dans ce climat que nous pouvons travailler efficacement pour matérialiser les accords signés par S.E. Vladimir Poutine et S.E. Paul Biya », a souligné Georgy Todua, quelques jours après la cérémonie d’investiture du 6 novembre. Cette prise de position intervient alors que Vladimir Poutine a lui-même adressé une lettre de félicitations à Paul Biya, souhaitant que ce nouveau mandat contribue « davantage à la consolidation des relations d’amitié et de coopération » entre Yaoundé et Moscou.
Une coopération ancienne, étendue et stratégique
Les relations diplomatiques entre les deux pays, établies en 1964, se sont progressivement renforcées dans les domaines économique, scientifique, militaire et humanitaire. Parmi les avancées récentes figure l’accord de suppression réciproque des visas pour les détenteurs de passeports diplomatiques ou de service, signé le 27 juillet 2023 à Saint-Pétersbourg en marge du sommet Russie-Afrique et ratifié par Paul Biya en décembre 2023. En présentant ce texte au Parlement, le ministre des Relations extérieures, Lejeune Mbella Mbella, avait souligné qu’il vise à « dynamiser la coopération bilatérale en facilitant les échanges entre officiels ». Environ 3 000 Camerounais, principalement des étudiants, résident aujourd’hui en Russie, contre une centaine de ressortissants russes au Cameroun.
La coopération militaire s’est également renforcée avec la signature, en avril 2022, d’un accord de défense conclu pour cinq ans renouvelables. Ce partenariat couvre la formation des forces, le génie militaire, la lutte contre le terrorisme et la piraterie maritime, ainsi que le partage d’expériences en maintien de la paix. Sa signature avait suscité des critiques internationales au plus fort de la guerre en Ukraine, mais Yaoundé avait invoqué la nécessité de « diversifier » ses partenariats sécuritaires.
Convergence affichée
Lors du deuxième sommet Russie-Afrique en juillet 2023, Paul Biya avait rappelé l’ancienneté du soutien de Moscou aux mouvements africains de libération. « L’intérêt de la Fédération de Russie pour l’Afrique est ancien », avait-il déclaré, avant d’appeler à un renforcement de la collaboration pour affronter les défis contemporains tels que les crises économiques, l’inflation, l’insécurité ou encore la marginalisation du continent dans les instances multilatérales. Le président camerounais avait également souligné le rôle que Russie et États africains pouvaient jouer « chaque fois que l’idéal de paix est menacé », plaidant pour une coopération durable face aux enjeux idéologiques, économiques, environnementaux et sociaux d’un monde en mutation.
Le regain d’activisme diplomatique de Moscou intervient dans un moment de repositionnement stratégique, alors que la Russie cherche à consolider sa présence en Afrique face à la concurrence occidentale et asiatique. Pour Yaoundé, ce rapprochement s’inscrit dans une logique de diversification des partenariats sécuritaires et économiques. La réélection de Paul Biya, saluée avec insistance par le Kremlin, pourrait ainsi ouvrir une séquence plus visible de coopération, notamment dans la défense, l’éducation et l’investissement, au moment où l’Afrique centrale redevient un terrain d’influence majeure.
SBB



