
Défié par certains poids lourds du gouvernement, le secrétaire général de la présidence devrait, sauf revirement de situation, conserver son fauteuil lors du prochain remaniement. Ce dernier pourrait même lui offrir l’occasion de prendre un avantage décisif sur ses ennemis.
Dans l’après-midi du 7 décembre dernier, Ferdinand Ngoh Ngoh a été reçu pendant de longues heures par le président Paul Biya, qui lui a renouvelé sa confiance. Selon nos informations, le secrétaire général de la présidence du Cameroun serait, depuis, assuré de conserver son poste. Mais il pourrait surtout avoir les coudées franches pour la formation du futur gouvernement, toujours attendu depuis la réélection contestée du chef de l’État sortant lors de la présidentielle du 12 octobre. Un soulagement pour ce diplomate de formation qui a bouclé sa quatorzième année comme secrétaire général de la présidence.
Laurent Esso et René Emmanuel Sadi en ligne de mire
L’inamovible bras droit du président Biya a bénéficié du soutien indéfectible de la première dame Chantal Biya, qui a eu le dernier mot auprès de son époux alors que des vents contraires soufflaient à Yaoundé. Celui que l’on surnomme le « vice-président » peut dès à présent peaufiner ses propositions de remaniement, qu’il soumettra à la validation de Paul Biya. L’un de ses objectifs : obtenir le remplacement de certains poids lourds qui lui tiennent tête, en particulier les ministres de la Justice, Laurent Esso, et de la Communication René Emmanuel Sadi, avec qui il entretient des relations exécrables. Le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, est lui aussi menacé et Ferdinand Ngoh Ngoh a déjà en tête son remplaçant, l’actuel ministre délégué à la présidence, Philippe Mbarga Mboa. Le secrétaire général de la présidence souhaite également le départ du délégué général à la Sûreté nationale (Dgsn), Martin Mbarga Nguélé, qu’il aimerait remplacer par l’actuel ambassadeur du Cameroun en Allemagne, Victor Ndocky, commissaire divisionnaire, mais aussi ancien secrétaire général de la Dgsn.
Le réaménagement concerne aussi le cabinet civil de Paul Biya, où Ferdinand Ngoh Ngoh envisage le départ du directeur, Samuel Mvondo Ayolo, et l’arrivée de l’ambassadeur du Cameroun en France, André Magnus Ekoumou. Le secrétaire général de la présidence prévoit de muter le directeur adjoint du cabinet civil, l’influent Oswald Baboke, devenu trop indépendant à son goût. En revanche, le ministre des Sports et de l’Éducation physique, le fidèle Narcisse Mouelle Kombi, figurerait toujours dans ses plans de gouvernement. Paul Biya acceptera-t-il toutes ses propositions alors que Ferdinand Ngoh Ngoh reste contesté ?
Les déboires pétroliers de Ngoh Ngoh
Ces derniers mois, Ferdinand Ngoh Ngoh a été la cible de nombreux actes de résistance à son autorité. Au moment où il s’entretenait avec le président le 7 décembre, un conseil d’administration de la Société nationale des hydrocarbures (Snh) s’est d’ailleurs tenu sans lui alors que, selon les textes en vigueur, la présidence de cette instance revient au secrétaire général de la présidence. En réalité, l’administrateur-directeur général de la Snh, Adolphe Moudiki, ne veut plus le voir et lui reproche d’avoir tenté de le renverser à deux reprises, les 17 et 24 juillet 2024. À l’époque, Paul Biya avait donné son accord, avant de se raviser.
Depuis lors, Adolphe Moudiki, renforcé, n’a plus convoqué de conseil d’administration en présentiel, privilégiant des consultations à domicile. Les dossiers sont envoyés à chaque administrateur, qui renvoie ses observations par écrit. Comme le prévoient les textes de la société, le doyen des administrateurs signe alors les documents en lieu et place du président du conseil d’administration. Là encore, Ngoh Ngoh a tenté de reprendre la main, en brandissant le 4 juillet dernier un « décret » signé Paul Biya et remplaçant Lawan Bako, doyen du collège, par Doh Ganyonga III, sénateur et chef traditionnel du Nord-Ouest. En vain.
Même affaibli par la maladie, Adolphe Moudiki ne s’est pas laissé impressionner. Il n’a tout simplement pas tenu compte de cette décision. « Il est clair que, pour oser ainsi jeter un décret à la poubelle, Moudiki, l’un des derniers survivants de la vieille garde du président, agit avec l’assentiment de Paul Biya », analyse une de nos sources. Alors que leur relation s’était tendue avec l’affaire Savannah, Paul Biya et son vieux compagnon de route se parleraient désormais nuitamment pendant des heures… De quoi faire perdre le sommeil à Ferdinand Ngoh Ngoh.
Revers de fortune et retour en grâce
Le secrétaire général avait déjà placé des proches dans le secteur pétrolier, dont le magistrat Harouna Bako à la tête de la Société nationale de raffinage, Véronique Moampea Mbio à la Société camerounaise des dépôts pétroliers, Jean Paul Simo Njonou à la tête de la co-entreprise gestionnaire du pipeline Tchad-Cameroun et Okie Johnson Ndoh, le directeur général de la Caisse de stabilisation des prix des hydrocarbures. Au moment de son revers de fortune face à Moudiki à la Snh, beaucoup ont alors prédit sa chute et estimaient que, à l’instar de ses prédécesseurs Titus Edzoa, Marafa Hamidou Yaya et Jean Marie Atangana Mebara, Ngoh Ngoh avait fini par se brûler les ailes en essayant de prendre le contrôle de toute la filière pétrolière.
D’autres échecs les confortaient dans cette opinion. Il y a quelques semaines, Ngoh Ngoh a proposé, et obtenu du chef de l’État, le remplacement de Charles Ndongo, directeur général de la Cameroon radio télévision (Crtv) par George Ewane, un éditorialiste qu’il avait débauché il y a quatre ans pour en faire un conseiller technique à la présidence. Informé, René Emmanuel Sadi, ministre de la Communication et président du conseil d’administration de la Crtv, a cependant court-circuité le projet. Les contempteurs de la toute-puissance du secrétaire général de la présidence allaient-ils enfin obtenir sa disgrâce ? S’il semble qu’ils aient convaincu Paul Biya dans un premier temps, leur espoir s’est brisé sur l’activisme de la première dame.
Par Jeune Afrique



