
Confronté cette année à un déficit et à des contraintes budgétaires importantes, le Trésor public s’appuie sur l’efficacité de la collecte, la maîtrise des dépenses et la digitalisation pour soutenir la stabilité budgétaire.
La Direction générale du trésor, de la coopération financière et monétaire (Dgtcfm) du ministère des Finances (Minfi) a organisé hier, 9 février 2026 à Yaoundé, sa concertation annuelle sur le thème : « Modernisation des outils de gestion pour un Trésor public performant ». Après l’ouverture des travaux par le Directeur général, les participants ont dressé un état des lieux détaillé de la trésorerie, avant de se pencher sur les enjeux liés à la digitalisation du secteur financier et au rôle du Trésor comme garant des engagements de l’État. Ces échanges ont permis de dégager des recommandations clés. Selon Moh Sylvestre Tangongho, « la Dgtcfm se trouve cette année plus que jamais interpellée dans sa mission régalienne de mobilisation, de sécurisation et de gestion des ressources publiques, rôle qui constitue un gage de crédibilité et de souveraineté financière pour notre pays ». Il a également félicité ses collaborateurs pour avoir maintenu l’image et la réputation de l’administration en 2025, malgré un environnement particulièrement contraint.
Dans la perspective de 2026, le budget s’élève à 8 816,4 milliards de Fcfa, en hausse de 14 % par rapport à l’année précédente. Cette progression reflète la volonté de soutenir l’investissement public et les politiques sociales, mais elle augmente parallèlement les besoins de financement. Le déficit attendu atteint 631 milliards, tandis que les besoins globaux dépassent 3 000 milliards, entre dépenses et service de la dette. Face à ces contraintes, le Trésor occupe un rôle central entre recettes, dépenses et financement du déficit. Sa capacité à prévoir les mouvements financiers et à mobiliser les ressources conditionne l’exécution du budget. Dans cette logique, la modernisation des outils de gestion apparaît comme un levier stratégique pour améliorer l’efficacité. La plateforme électronique Tresor Pay, désormais obligatoire pour toutes les recettes douanières, illustre cette transformation en garantissant la fiabilité des encaissements et la traçabilité complète des opérations.
Maintenir la confiance des partenaires financiers.
Pourtant, en dépit des mesures engagées, les recettes fiscales n’ont augmenté que de 2 % au premier trimestre 2025, pour atteindre 998 milliards de Fcfa. L’élargissement de l’assiette fiscale et la lutte contre la fraude demeurent des priorités. Faute de ressources internes suffisantes, l’État recourt massivement aux émissions de Bons du Trésor assimilables (Bta) et Obligations du trésor assimilables (Ota) dans la zone Cemac, faisant grimper la dette intérieure à plus de 4 200 milliards, en hausse de 15 %. Cette évolution pose la question de sa soutenabilité à moyen terme et souligne les limites de la dépendance aux financements externes.
Parallèlement, les perspectives économiques restent modérées. La croissance attendue pour 2026 frôle 4 %, tirée par les secteurs non pétroliers, tandis que le recul des revenus pétroliers renforce la dépendance aux recettes internes et accentue les tensions sur le Trésor. Dans ce contexte, la performance de l’institution ne se mesure plus seulement à sa capacité à honorer ses paiements, mais aussi à sa faculté à optimiser l’endettement et maintenir la confiance des partenaires financiers. La conférence a ainsi mis en évidence l’urgence de renforcer l’agilité du Trésor public, afin de fournir des informations fiables et en temps réel pour soutenir une gouvernance budgétaire efficace.
Axel ABANDA



