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Cameroun–Union européenne: Yaoundé dénonce une « ingérence » après la mort d’Anicet Ekanè

Dans un communiqué daté du 5 décembre, le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, s’exprimant au nom du gouvernement, rejette les accusations formulées par l’Union européenne dans une déclaration du 1er décembre relative au décès en détention de l’illustre opposant.

Bruxelles met en cause l’absence de garanties de sécurité et d’intégrité physique pour les personnes arrêtées dans le cadre de la crise post-électorale, le recours excessif à la violence, les violations des droits humains et les arrestations arbitraires imputées aux forces de l’ordre, des griefs jugés « inadmissibles » par Yaoundé. René Emmanuel Sadi insiste sur le caractère souverain de l’État camerounais : « Il va de soi qu’une mission diplomatique, fût-elle de l’Union européenne, ne saurait adresser des injonctions ou prescrire des orientations à un État souverain, toute chose qui pourrait s’apparenter à une volonté d’ingérence inadmissible ». Le ministre souligne que « le gouvernement désapprouve sans réserve une telle initiative, contraire en tous points aux usages et aux règles qui régissent les relations diplomatiques entre les États, fondées sur le respect mutuel et leur souveraineté ».

La déclaration de l’Union européenne intervient après la mort d’Anicet Ekanè, président du parti politique Manidem et soutien d’Issa Tchiroma Bakary, candidat malheureux à l’élection présidentielle du 12 octobre dernier. Ce dernier vit en exil en Gambie, où il continue de revendiquer sa victoire au scrutin. Anicet Ekanè a été interpellé le 24 octobre à Douala, puis transféré dans une cellule de la gendarmerie nationale à Yaoundé. Ses conditions de détention y ont rapidement suscité l’inquiétude de ses proches, alors que l’opposant était connu pour sa santé fragile. Son arrestation s’inscrit dans ce qui est apparu comme une purge visant les soutiens d’Issa Tchiroma Bakary au lendemain de la présidentielle.

Accroître la pression sur le gouvernement

Pour l’Union européenne, la situation impose au gouvernement camerounais de renforcer les protections accordées aux opposants. Bruxelles appelle ainsi les autorités à « garantir la sécurité et l’intégrité physique de tous les acteurs politiques et [à] faire justice, afin de lutter contre le recours excessif à la violence et les violations des droits humains ». Cette posture est fermement contestée par René Emmanuel Sadi. Selon lui, « il n’y a pas lieu d’alléguer hâtivement des arrestations arbitraires ou des violations des droits humains, en jetant par ailleurs le discrédit sur les institutions camerounaises et sur l’enquête engagée, destinée à faire toute la lumière sur la situation ». Le ministre reproche à la déclaration européenne de fragiliser la crédibilité des institutions nationales à un moment où celles-ci affirment enquêter sur les circonstances du décès.

Le ministère de la Défense, dont relève la gendarmerie nationale, a indiqué qu’une enquête avait été ouverte à la suite du décès d’Anicet Ekanè, alors même que ses conditions de détention étaient vivement critiquées. Cette procédure doit, selon les autorités, établir les faits et les responsabilités autour de la mort de l’opposant. Au-delà de l’Union européenne, plusieurs chancelleries occidentales se sont également officiellement émues de la mort en détention d’Anicet Ekanè. Ces prises de position convergentes contribuent à internationaliser la gestion de la crise post-électorale camerounaise et à accroître la pression sur le gouvernement quant au respect des droits des acteurs politiques.

SBB

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