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Cameroun:Lumière sur des actrices marginalisées de la filière cacao

Très présentes dans la filière cacao, les femmes y jouent un rôle central. Seulement selon une étude du Centre pour l’environnement et le Développement (Ced), dont les résultats préliminaires ont été présentés au cours d’un webinaire animé par Fern, ces actrices majeures sont très vulnérables, voire marginalisées. L’étude propose des pistes de solutions 

L’étude sur « la mise en œuvre du Règlement zéro déforestation de l’Union européenne (Rdue) et le genre, cas du cacao au Cameroun », réalisée par le Centre pour l’environnement et le développement (Ced), met en relief le rôle central des femmes dans la culture du cacao au Cameroun, leurs difficultés et opportunités. Les données présentées au cours d’un webinaire organisé le 12 novembre dernier, ont été collectées par une quinzaine de jeunes chercheurs dans trois régions du pays : Sud (Djoum, Mintom), Centre (Lékié et Mbam-et-Kim) et Est (Boumba-et-Ngoko). Présentés par les autorités en la matière, comme principaux bassins de la production nationale de cette spéculation. D’autres régions productrices du cacao incluent le Littoral, l’Est, l’Ouest et le Nord-Ouest. D’après les résultats préliminaires de cette étude, les femmes sont très présentes dans la culture du cacao au Cameroun. « Mais elles sont très vulnérables et marginalisées », commente Samuel Nguiffo, Secrétaire général du Ced dans sa présentation.

Mariés, veuves ou célibataires, ces femmes se recrutent dans la tranche des 25 à 45 ans, parce qu’au-delà de cet âge, apprend-t-on, les femmes sont limitées par leur condition physique qui ne leur permet plus de défier les longues distances pour se consacrer à cette culture. Beaucoup préfèrent alors se tourner vers les cultures vivrières qui demandent moins d’efforts et peuvent être pratiquées à proximité. Bien que disproportionné, le niveau d’instruction ne semble pas constituer un obstacle à la présence des femmes dans le cacao au Cameroun : primaire (51,31%), secondaire (38,34%); supérieur (0,52%) et sans niveau (8,68%). L’étude met en exergue également les migrantes qui viennent d’autres régions pour s’installer dans les zones de production du cacao. Et les femmes de peuples autochtones. Au sujet de ces dernières, l’étude montre que certaines femmes Baka assurent seules l’ensemble du cycle de production.

Appel à l’action

Mais de façon globale dans la chaîne de valeur cacao, les femmes assument diverses tâches clés. Il s’agit notamment : du nettoyage, de l’entretien, de la récolte, de l’écabossage, fermentation et séchage. « Sans leur contribution, la filière ne fonctionnerait pas efficacement », affirme Dr. Samuel Nguiffo qui constate également l’émergence d’un leadership féminin au sein des coopératives, Gic, ainsi qu’une entraide locale. Très engagées dans cette filière considérée comme appartenant aux hommes, les femmes y rencontrent de nombreux défis dont la majorité est inhérente à leur sexe. Le premier challenge auquel les femmes sont confrontées est l’accès à la terre. Au Cameroun, sur le plan coutumier, les femmes n’héritent pas ni dans leur famille d’origine ni dans celle où elles sont par les liens du mariage. Elles travaillent la terre de leur conjoint ou celle issue de l’héritage de leurs enfants garçons. Cette contrainte foncière les exclut du circuit de financement en l’occurrence des crédits bancaires, aides publiques et des projets agropastoraux et des programmes de certification durable… en général conditionné par la possession de ces titres officiels qu’elles n’ont pas en raison de la complexité de la procédure d’acquisition, le manque d’information, etc.

Lorsque les femmes travaillent avec leur conjoint, leur contribution n’est pas valorisée. Les revenus sont inéquitablement partagés. Elles estiment également que le fruit de leur labeur sert à entretenir des concubines. Ces femmes se sont aussi plaintes de subir des violences physiques et psychologiques liés à la gestion des gains. Outre le capital financier, l’étude identifie de nombreuses autres contraintes prioritaires tels la main-d’œuvre et l’accès aux intrants et équipements. Les femmes ont développé des stratégies pour faire face à ces difficultés mais ont besoin d’appui. D’où le plaidoyer du Ced au terme de cette étude. L’organisation appelle à reconnaître la centralité des femmes dans la qualité et volume du cacao ; sécuriser l’accès voire l’usage du foncier et faciliter le crédit et l’accès aux intrants ; renforcer les coopératives et l’information sur la Rdue pour établir les responsabilités dans la mise en œuvre ; soutenir les trajectoires d’autonomisation des veuves, célibataires, migrantes et femmes PA. Indra Van Gisbergen, responsable de la compagne forêts et consommation à Fern a animé les échanges très instructifs. Les résultats définitifs sont annoncés pour 2026.

Nadège Christelle BOWA

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