
Au-delà de son aspect cérémonial, la rencontre d’hier a mis en lumière la stratégie d’un parti résolu à maîtriser chaque étape du scrutin. Entre gestion millimétrée de la communication et combat contre l’abstention, Ongola s’impose comme l’un des terrains politiques les plus sensibles du moment.
En apparence discret, le lancement, le 17 novembre à Yaoundé, de la campagne pour l’élection des conseillers régionaux du 30 novembre 2025 par le Rdpc revêt en réalité une portée bien plus significative que ne le laisse supposer le simple protocole. Pour présider l’événement, le ministre de l’Éducation de base, Pr Laurent Serge Etoundi Ngoa, en sa qualité de chef de la Délégation permanente départementale du comité central pour le Mfoundi. Une figure dont le poids politique ne cesse de s’affirmer dans la capitale. À ses côtés, un parterre de responsables : membres du gouvernement, parlementaires, maires, chefs traditionnels, élites du département, cadres de l’administration et candidats aux régionales. Si l’objectif affiché était de lancer officiellement la campagne de l’élection des Conseillers régionaux l’enjeu réel était ailleurs : repositionner le Mfoundi dans une séquence politique où la décentralisation commence enfin à produire ses effets. Pour éviter tout dérapage, des consignes strictes ont été données : faire preuve de discipline, renforcer la cohésion, maîtriser la visibilité et rester proches des électeurs afin de renouveler leur confiance envers la liste conduite par Gilbert Tsimi Evouna.
Dans son adresse, retransmise en style indirect, le Pr Etoundi Ngoa a insisté sur le fait que « la victoire ne se décrète pas ; elle se construit ». Un rappel adressé aussi bien aux neuf candidats, aux sept maires et aux chefs traditionnels qu’aux électeurs, dans un contexte où les structures locales du parti ont connu ces derniers mois des rivalités internes et des tensions de leadership entre sections. Plusieurs cadres présents reconnaissaient hier que le parti vise à éviter l’abstention record qui avait marqué le précédent scrutin régional, phénomène qui affaiblit automatiquement la légitimité d’une institution encore fragile. « Cette fois, il faut mobiliser autrement », glissait un responsable de section, convaincu que l’électeur urbain attend davantage qu’une présence symbolique : une offre politique claire, une articulation visible entre région, commune et État central.
Calculs politiques
Derrière ce moment, se profile une réalité souvent éclipsée par l’actualité nationale : le Centre comme le reste de régions dispose depuis 2020 d’un Conseil régional, et son tout premier président, Gilbert Tsimi Evouna, ancien délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Yaoundé, reste une figure incontournable. Ses actions, parfois critiquées, parfois saluées, ont servi de test grandeur nature pour cette nouvelle institution. Le Rdpc le sait, la succession à ce poste stratégique, au cœur de la capitale politique du pays, est observée de près par les élites comme par les militants. Le parti ne veut pas laisser cet enjeu se cristalliser publiquement, mais chacun sait qu’il constitue un test majeur de cohésion : le Centre n’élit pas seulement des conseillers, il valide aussi, en creux, un leadership régional. Hier, le parti a montré une image de maîtrise. Pas de débordements, pas d’effusions militantes, mais un dispositif resserré, méthodique, presque technocratique. L’atmosphère était moins euphorique que concentrée. Une approche révélatrice de la manière dont le Rdpc veut aborder cette échéance : contrôler, canaliser et anticiper.
Axel ABANDA



