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Can 2025: Caf, la fille mal-aimée de la Fifa

À trois semaines de la Coupe d’Afrique des Nations (Can) de football au Maroc, la Fifa s’est mise d’accord avec les clubs : ces derniers ne seront forcés de libérer leurs internationaux que le 15 décembre, moins d’une semaine avant le début du tournoi au lieu de deux comme le veut la règle habituellement pour un tournoi continental. De quoi bouleverser la préparation de cette Can et susciter la colère des sélectionneurs.

C’est avec stupéfaction que Patrice Beaumelle a appris la nouvelle, ce lundi 1er décembre 2025 en fin de soirée, via une circulaire de la Fifa. Face à ce changement de règlementation, le sélectionneur de l’Angola ne décolère pas. « Les clubs étaient obligés de libérer les joueurs pour le 8, et ils apprennent qu’ils peuvent les garder jusqu’au 15. Donc forcément, ils ne vont pas se priver et vont garder les joueurs, donc je trouve cela vraiment navrant », déplore-t-il. Gernot Rohr, son homologue du Bénin, abonde : « C’est quand même insuffisant pour préparer une équipe de foot à un si grand tournoi, et c’est un manque de respect par rapport aux sélectionneurs. Nous sommes en colère. » Alors que les Guépards du Bénin sont censés entamer leur stage de préparation le 10 décembre au Maroc, le sélectionneur implore les clubs de libérer leurs internationaux : « On a besoin qu’ils jouent le jeu. Cela va être très compliqué maintenant. »

« Pour préparer une Coupe d’Afrique des Nations, c’est dramatique »

De son côté, la délégation angolaise avait prévu un stage de dix jours dans le sud du Portugal, à partir du 8 décembre, avec deux matchs amicaux. « Si les joueurs ne sont libérés le 15, nous n’aurons que trois entraînements avant de partir pour Marrakech quatre jours avant notre premier match. Trois séances, ce n’est plus un stage, mais juste du bricolage ! Et je trouve que pour préparer une Coupe d’Afrique des Nations, c’est dramatique », regrette Patrice Beaumelle. Il insiste également sur les conséquences économiques de ce changement de dernière minute, entre la location des stades, le transport et la réservation des hôtels. Le sélectionneur des Palancas Negras dénonce, lui aussi, un manque de respect, à l’égard du football africain en général : « L’Afrique, c’est 54 fédérations. Lorsqu’il s’agit de chercher des voix pour être élu à la Fifa, on sait utiliser le continent. En revanche, lorsqu’il faut le préserver, le mettre en avant et le valoriser à sa juste valeur, on oublie de le respecter. On ne respecte ni les fédérations, ni les joueurs ; c’est vraiment triste. »

Traitement à géométrie variable

La décision de la Fifa de raccourcir de moitié la période de libération des joueurs pour la Can 2025 n’est malheureusement pas un incident isolé. Elle s’inscrit dans un schéma récurrent où le football africain est traité avec une considération moindre, tant sur le plan institutionnel que dans les discours qui l’entourent. Ce traitement différentiel devient criant lorsqu’on le compare au respect scrupuleux accordé aux autres grands tournois continentaux. Pour l’Euro ou la Copa America, les calendriers sont négociés bien à l’avance avec les ligues européennes, afin de garantir des préparations optimales et de ne pas léser les intérêts sportifs des sélections. Aucune fédération européenne ou sud-américaine ne devrait, comme le déplore le sélectionneur angolais Patrice Beaumelle, se retrouver à « bricoler » sa préparation avec seulement trois entraînements en raison d’un avis contraignant de dernière minute. Cette distorsion institutionnelle renvoie à une forme de mépris latent, où le plus grand tournoi d’Afrique est traité comme une compétition de second ordre, perturbant volontiers son organisation au gré des intérêts des clubs, majoritairement européens. Cette perception dévaluée dépasse le seul cadre administratif et s’ancre profondément dans des préjugés culturels.

Un contraste saisissant avec l’Euro et la Copa America

La comparaison avec l’Euro et la Copa America est, à cet égard, édifiante. Ces compétitions sont des monuments intouchables du calendrier footballistique, autour desquels le monde du football s’organise. Les clubs s’alignent sans discuter sur les dates de libération des joueurs, car le poids politique, médiatique et économique de l’Uef et de la Conmebol est tel qu’il impose le respect. Aucune ligue majeure n’oserait retenir un joueur brésilien ou français à la veille de ces tournois. La Can, elle, doit perpétuellement négocier, plaider et, comme on le voit en 2025, se soumettre à des arrangements qui la désavantagent directement.

Une préparation tronquée peut affecter la qualité du spectacle, ce qui est ensuite utilisé pour justifier, à tort, un intérêt médiatique ou financier moindre. La colère des sélectionneurs africains dépasse donc la simple contrariété logistique ; elle est le symptôme d’une lutte pour la reconnaissance et l’égalité de dignité. Elle rappelle, comme le soulignait Beaumelle, que le continent et ses 54 fédérations sont courtisés pour leurs voix lors des élections à la Fifa, mais que leurs compétences phares ne reçoivent pas le même respect lorsqu’il s’agit de les valoriser. Tant que cette asymétrie fondamentale ne sera pas corrigée, les « soucis » autour de la Can, qu’ils soient logistiques, financiers ou médiatiques, persisteront, entretenant un mépris qui mine l’universalité prétendue du football mondial.

Source: Rfi

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