
Au terme de la phase de poules du championnat d’Afrique des nations de handball masculin disputé à Kigali (Rwanda), l’équipe nationale du Cameroun affiche un bilan contrasté après trois matchs disputés dans le groupe C. Cette étape, riche d’enseignements, permet de mesurer le chemin qu’il reste à parcourir pour s’installer durablement parmi les grandes nations du continent.
Entrés en lice dans un groupe relevé avec la Tunisie, la Guinée et le Kenya, les Lions ont vécu une entrée en compétition difficile, dominés de bout en bout par les Tunisiens dans une confrontation qui a rapidement tourné à l’avantage des Aigles de Carthage (41-22). Dans cette première sortie, la Tunisie a imposé son rythme et son expérience, dictant le jeu dès l’ouverture et ne laissant que peu d’espace aux intentions offensives camerounaises, notamment en première mi-temps. Le score, lourd, traduit un écart significatif de maîtrise collective, aussi bien dans la précision des tirs que dans l’organisation défensive face à des adversaires redoutables dans les transitions rapides.
Cette mise en garde de la première journée a servi de socle pour la réaction camerounaise lors de la deuxième journée. Opposés au Kenya, les Lions ont montré un visage plus structuré et plus combattif. La victoire 28-24 face aux East Africans a été obtenue au terme d’un match engagé où la défense a su s’imposer comme un élément central de la performance. Au-delà du résultat, cette rencontre a mis en lumière la capacité du Cameroun à développer des séquences de jeu cohérentes, à maintenir l’intensité dans les moments clés et à mieux gérer les temps forts de la partie. Ce succès a non seulement offert les premiers points au classement, mais il a aussi permis à l’équipe de regagner confiance après sa déconvenue initiale.
Le Syli bouffe la crinière du Lion
Le dernier match de poule, face à la Guinée, a malheureusement scellé le sort des Lions dans la course à la qualification. La défaite 24-18 contre le Syli guinéen a mis en évidence les limites qui subsistent dans la gestion des moments décisifs et dans la capacité à maintenir un niveau de jeu élevé sur l’ensemble des quarante minutes. Les Guinéens, plus réguliers dans l’exploitation des espaces et dans la finition, ont réussi à prendre le dessus malgré une équipe camerounaise qui n’a jamais cessé de lutter. Cette rencontre a ainsi confirmé que l’équilibre entre rigueur défensive et fluidité offensive reste un chantier majeur pour le handball camerounais.
Au terme de cette phase de groupes, le Cameroun termine avec 2 points, fruit d’une victoire et de deux défaites, et une différence de buts négative qui illustre les défis rencontrés sur le plan défensif et offensif. La Tunisie, en tête du groupe avec un parcours sans faute (trois victoires en trois matchs), domine la hiérarchie de cette poule et se projette sereinement vers les tours suivants, tandis que la Guinée, également à 2 points mais avec une meilleure différence de buts, s’assure une place parmi les huitièmes de finale. Le Kenya, quant à lui, n’a pas réussi à inscrire le moindre point et quitte la compétition à l’issue de la phase de groupes.
Là l’expérience manque, la rigueur l’emporte
Au-delà des résultats bruts, ce parcours camerounais met en exergue plusieurs axes d’analyse. Sur le plan collectif, les Lions ont démontré qu’ils peuvent hausser leur niveau de jeu lorsque les automatismes sont présents et que la discipline tactique est respectée. La victoire contre le Kenya repose sur une défense resserrée et une attaque qui a su capitaliser sur ses opportunités, aspects essentiels dans un tournoi où chaque but compte. Mais face à des équipes plus expérimentées ou mieux armées techniquement, comme la Tunisie et la Guinée, le manque de précision dans les phases décisives et une certaine irrégularité dans la gestion du tempo se sont avérés préjudiciables. Ces éléments, bien que courants au sein d’équipes en pleine construction, indiquent des marges de progression importantes si l’on souhaite s’aligner avec les meilleures nations du continent.
Pour les observateurs du handball africain, cette édition 2026 confirme que la hiérarchie traditionnelle demeure prégnante : les sélections bien rodées et dotées d’un vivier étoffé de joueurs évoluant dans des championnats structurés ont pris l’ascendant, tandis que les formations en phase d’émergence doivent encore affiner leur organisation et leur cohésion. La Tunisie, invaincue dans cette phase de groupes, illustre parfaitement cette dynamique en alliant efficacité offensive et solidité défensive.
À l’issue de cette campagne, l’heure est à l’analyse pour le staff technique camerounais. Les enseignements tirés à Kigali doivent servir de fondation pour les prochaines échéances : renforcer la préparation physique, affiner les choix tactiques et multiplier les confrontations internationales afin d’optimiser l’adaptation des joueurs aux exigences d’un handball de haut niveau. Si ces leviers sont activés avec constance, le Cameroun pourra espérer, à moyen terme, s’installer parmi les prétendants réguliers aux quarts de finale et, pourquoi pas, viser une qualification pour le championnat du monde.
Moustapha BACHIROU



