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Canet de route (1): De Yaoundé à Rabat

Une trentaine de patrons de presse africains invités par l’Association nationale des médias et éditeurs du Maroc effectuent depuis le 21 décembre dernier un séjour au Royaume chérifien connecté dans le programme actuel de la Coupe d’Afrique des nations. Les Directeurs de publications des quotidiens camerounais Le Messager et Mutations font partis du deuxième vague.

Au bout du petit matin de 3 janvier 2026, pratiquement à l’aurore, nous nous retrouvons Georges Alain Boyomo et votre humble serviteur à l’Aéroport international de Yaoundé-Nsimalen. La nuit est chaude en ces temps de saison sèche. L’avion de la compagnie Royal Air Maroc est annoncé pour arriver ce jour en terre camerounaise aux environs de 4h du matin pour décollage retour prévu à 5h10 minutes. Les voyageurs ont pratiquement les yeux rougis par le manque de sommeil du fait que très tôt, ils devaient quitter leurs domiciles respectifs parfois au milieu de la nuit par rallier Nsimalen. Les formalités d’usage d’embarquement effectués, sous le contrôle rigoureux des différents services de sécurité aéroportuaire, nous filons en salle d’embarquement et essayons de papoter en attendant de prendre place dans l’avion. Le vol va durer environ 5 heures d’horloge pour atteindre notre destination finale qui est le Terminal 2 du très luxueux Aéroport international Mohamed V de Casablanca. Notre hôte s’est mobilisé pour nous accorder un accueil des plus chaleureux notamment avec des jeunes bénévoles qui nous attendent après le contrôle de sécurité.

L’aéroport est paré aux couleurs de la Coupe d’Afrique des Nations qui s’y déroule depuis le 21 décembre 2025. Le grand nombre de voyageurs qui débarquent des nombreux vols de la Compagnie nationale de transport aérien du Royaume chérifien qui rallie pratiquement tous les pays du globe terrestre se font des selfies dans un tunnel d’accueil décoré aux couleurs officiels de la Can Total Énergies 2025. « Bienvenue au Maroc !», nous lancent en chœur des policiers marocains. Tout est bien organisé pour notre accueil à Casablanca. Nous sommes installés dans une limousine Vip pour un voyage d’une heure pour rallier le centre-ville de la plus grande ville du Maroc qu’est Casablanca. En réalité, l’auteur de ces lignes est à son énième voyage dans ce pays. Mais cette fois, c’est vraiment différent : l’effervescence de vivre cette édition de la Can dans le cadre de ce programme de voyage professionnel nous fait énormément pavoiser. Le chauffeur de notre limousine ne s’exprime vraiment qu’en arabe et en anglais. Par expérience, nous avons même des soupçons qu’il pourrait s’agir d’un des services de sécurité généralement mobilisés à l’occasion d’un tel événement dans un pays normal.

La bonne vie au Maroc

L’arrivée au luxueux hôtel 5 étoiles Hyatt Regency se fait sous le protocole d’un accueil Vip. Dans nos cœurs résonnent des sentiments de surprises. Car provenant d’un pays où les autorités n’ont généralement que du mépris pour les patrons de presse qu’ils soient du public ou du privé. Nous avons le sentiment de vivre un rêve. Les badges d’identification nous sont remis et les clés de nos différentes chambres aussi. Il nous est proposé de nous installer dans un restaurant Vip au menu copieux appelé « le Pool ». Dans ce grand hôtel, sont installés aussi les différents responsables de la Confédération africaine de football (Caf) ou encore des officiels. Nous pouvons reconnaître ainsi nos compatriotes camerounais du trio arbitral conduit par l’arbitre international Fifa Abdoul Abdel Mefire. Nous lui adressons un salut chaleureux. L’homme du sifflet et ses collègues nous répondent par sourires un peu figés. Normal, car ils ont besoin de se concentrer pour le match prévu le lendemain.

Ce premier jour passé dans le luxueux hôtel Hyatt Regency de Casablanca est un peu ennuyeux. Notre groupe n’est pas au complet. Certains de nos collègues patrons de presse, arrivés la veille (2 janvier) sont déjà partis pour la ville Tanger où le programme prévoit la visite de l’important structure portuaire de cette ville marocaine. Notre petit groupe constitué de confrères venus du Gabon, de la République démocratique du Congo, de la République d’Eswatini, de Côte d’Ivoire et de Guinée Bissau devra attendre lendemain pour rallier la capitale du Royaume Chérifien Rabat, point de départ de notre périple. Nous pensons alors à profiter de visiter « la ville Blanche » comme on appelle Casablanca. Mais la température ambiante, situé entre 8 à 14 degrés limite nos ambitions. Dans le hall de l’hôtel Hyatt Regency, il y’a du beau monde. Des sponsors et autres spécialistes du football qui fait la grande fête du continent africain. Après un dîner copieux offert par nos hôtes, nous pouvons regagner nos confortables chambres avec chacun dans nos têtes l’idée selon laquelle « la bonne vie va nous tuer » pour reprendre cette phrase empruntée au langage familier au Cameroun.

Tous derrière les Lions

Le lendemain, 4 janvier 2026, nous embarquons dans des limousines à destination de Rabat. Il nous faudra 1h30 à vitesse raisonnable pour atteindre la capitale du Royaume Chérifien. La ville de Rabat impressionne par son extrême propreté. Venant d’un pays où Yaoundé la capitale baigne dans des immondices et connaît très souvent un grave problème d’évacuation d’ordures ménagères, nous essayons de comprendre quel est secret de l’Etat marocain face à l’insalubrité. Cap sur le bord du fleuve Bouregreg qui se jette à la Mer Méditerranée. La vue est magnifique. Au menu, du poisson sous toutes ses formes en entrée comme au dessert. Rabat est considéré comme la ville du poisson. De là où nous sommes assis, nous apercevons la Tour Hassan et le Mausolée Mohamed V que nous visiterons le lendemain. Pour l’heure, il faut vite terminer le déjeuner pour se rendre au stade où sont programmés deux importants matchs comptant pour les huitièmes de la finale de la Can Total Énergies 2025. Il y a d’abord le choc Maroc- Tanzanie et surtout pour nous autres Camerounais, le match qui oppose les Lions Indomptables aux Bafana Bafana d’Afrique du Sud.

Dans la paix et la solidarité

Les deux rencontres se déroulent à Rabat dans deux stades différents. Mais difficile de les voir successivement. Il faut donc choisir. Le choix est porté sur le duel Lions de l’Atlas contre les Taifa Stars que nous regardons dans le hall de l’hôtel avant de rallier le Stade pour la rencontre Cameroun-Afrique du Sud. Notre visite à Rabat donne à voir une animation débordante des supporters des Lions Indomptables. Sous la conduite de l’artiste musicien Njohreur, des camerounais vêtus aux couleurs nationales chantent, dansent et crient à tue-tête. Tout le monde redoute un peu l’issue du match contre les Bafana Bafana encadré techniquement par l’ancien sélectionneur du Cameroun Hugo Broos. Mais tout va bien se passer. Nouhou Tolo ses camarades sortiront vainqueur au Stade Al Madina (2-1). Ils devront affronter le Maroc, pays organisateur de la Can. Rabat est considéré comme la ville aux trois pôles. Il y a le pôle spirituel symbolisé par la Tour Hassan et le Mausolée Mohamed V, le pôle commercial avec le grand centre commercial de la Médina et enfin le pôle sécuritaire ou est installé à proximité du Palais royal, les forces de défense et de sécurité marocaine. Le père de l’indépendance marocaine le Roi Mohamed V l’a voulu ainsi.

Ici, vivent depuis pratiquement le 8e siècle de notre ère, différentes communautés qui s’y sont retrouvés par la force des choses et des évènements. C’est une longue histoire ancienne et passionnante que celle du peuplement du Maroc. Les paroles du guide qui nous l’explique est difficile à résumer en article de presse comme celui-ci. Mais, ce qu’il faut retenir est que le fleuve Bouregreg qui traverse et borne la ville de Rabat a permis dans le temps l’installation vers les montagnes des Berbères, l’arrivée des Arabes. La communauté juive qui fait partie intégrante de la population depuis toujours est installée sur place dans la zone du pôle commercial. Toutes ces communautés vivent en paix et dans la solidarité sous le contrôle du Roi du Maroc. Le dire ainsi n’est pas pour autant simplifier la dynamique virtuelle du peuplement de la ville de Rabat. En réalité, il faut du temps pour comprendre comment Arabes, Berbères, juifs et chrétiens vivent sans se heurter dans ce pays magnifique qu’est le Maroc.

Si l’indépendance du Maroc m’était contée…

Par contre, la visite de la Tour Hassan et du Mausolée Mohamed V nous a permis de comprendre comment l’islam a une place importante dans la vie du royaume du Maroc. La Tour Hassan qui est le monument le plus visité du Maroc est en réalité le reste des vestiges de la grande ville de Rabat autrefois détruit par un séisme. Le Mausolée Mohamed V a été construit par le Roi Hassan II en mémoire de son géniteur le Roi Mohamed V considéré comme le Père de l’indépendance du Maroc. En fait d’indépendance le Maroc n’a jamais été colonisé par la France. Selon un historien marocain que nous avons approché, il s’est agi d’un protectorat vite récusé avec le dynamisme du Roi Mohamed V qui a proclamé l’indépendance du Maroc en 1956.

Et son fils Hassan II a voulu lui rendre hommage en construisant à proximité de la Tour Hassan, ce Mausolée ou repose son père et aujourd’hui lui-même et le prince Abdallah. Il y a donc dans ce Mausolée Mohamed V très visité (on parle de 500 visiteurs par jour) trois tombes. Et toutes les trente minutes, il y a une lecture du Saint Coran. Quand notre groupe entièrement reconstitué quitte Rabat pour prendre la direction de Fès, nous avons le sentiment que la culture marocaine commence à s’incruster en nous.

Jean François CHANNON, Envoyé spécial au Tour du Maroc.

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