
Au terme d’un scrutin qui cristallise à la fois l’espoir d’un avenir plus stable et les tensions d’une démocratie fragile, Faustin-Archange Touadéra s’est imposé de manière éclatante lors de l’élection présidentielle en République centrafricaine.
Selon les résultats provisoires publiés par l’Autorité nationale des élections, le président sortant a remporté plus de 76 % des suffrages, devançant largement ses concurrents dès le premier tour de la présidentielle tenue le 28 décembre 2025. La reconduction de Faustin-Archange Touadéra dépasse la simple formalité électorale. Avec un score de 76,15 %, il s’impose de façon presque hégémonique dans un pays qui a connu des décennies d’instabilité et de conflits armés. La participation, légèrement supérieure à la moitié des inscrits, montre un électorat encore hésitant mais désireux de s’exprimer malgré les obstacles logistiques et sécuritaires. Dans ce contexte, la victoire de Touadéra apparaît à la fois comme une confirmation de son ancrage politique et un appel à poursuivre les efforts pour sortir la Centrafrique des cycles répétitifs d’insécurité.
Pour beaucoup de Centrafricains, l’élection représente un moment de stabilité dans une longue série de tournants incertains. Après des années marquées par des accords de paix intermittents, des coalitions rebelles changeantes et des crises humanitaires persistantes, le maintien de Touadéra au pouvoir est perçu comme une garantie de continuité. Son discours après la proclamation des résultats était résolument orienté vers l’unité et le développement, soulignant la nécessité de rassembler toutes les composantes de la nation pour reconstruire ensemble.
Des contestations et des défis persistants
Pourtant, derrière les chiffres et les proclamations, la victoire de Touadéra ne se lit pas sans nuances. L’opposition, fragmentée mais vocale, a rejeté les résultats provisoires et dénoncé des irrégularités. Anicet-Georges Dologuélé, principal rival avec environ 14,6 % des voix, a vigoureusement contesté le décompte, affirmant que des votes n’auraient pas été comptabilisés et que des dysfonctionnements significatifs avaient entaché le scrutin. Ces accusations, bien que non confirmées de manière indépendante, soulignent la défiance persistante entre les élites politiques. Cette fracture politique n’est pas nouvelle : elle trouve son origine dans des réformes institutionnelles controversées, notamment la révision constitutionnelle de 2023 qui a supprimé les limites de mandat présidentiel. Cette réforme, soutenue par Touadéra, a ouvert la porte à sa candidature pour un troisième mandat, mais a aussi suscité de fortes critiques, certains y voyant une consolidation excessive du pouvoir exécutif aux dépens des équilibres démocratiques. Dans plusieurs quartiers de Bangui et au-delà, des voix s’élèvent pour réclamer davantage de transparence et une meilleure inclusion des forces politiques minoritaires. Ces tensions rappellent que la démocratie en République centrafricaine reste un chantier en construction, fragile et soumis aux pressions internes comme externes.
Entre alliances internationales et aspirations nationales
La trajectoire politique de Touadéra n’est pas uniquement une affaire intérieure. Sur la scène internationale, son leadership a été marqué par un rapprochement stratégique avec la Russie, qui a fourni un appui sécuritaire crucial face aux groupes armés disséminés sur le territoire. Dans les heures qui ont suivi sa réélection, Touadéra a invité le président russe Vladimir Poutine à visiter Bangui, une démarche symbolique qui souligne l’importance de cette alliance pour l’avenir politique et sécuritaire du pays.
Cette relation, bien que critiquée par certains observateurs internationaux, s’inscrit dans une dynamique de réalignement géopolitique où la Centrafrique cherche à naviguer entre différentes influences extérieures tout en affirmant sa souveraineté. En parallèle, Touadéra a exprimé à plusieurs reprises sa volonté d’attirer des investissements occidentaux, notamment dans les secteurs miniers clés comme l’uranium, le lithium et l’or, essentiels pour relancer l’économie d’un pays longtemps marginalisé.
Moustapha BACHIROU



