
Premier émetteur mondial de CO₂, la Chine est aussi devenue le premier fabricant et déployeur d’énergies renouvelables : 60 % des nouvelles capacités solaires mondiales ont été installées en Chine en 2025. Dix ans après l’Accord de Paris, Pékin revendique un rôle clé dans la bataille climatique.
Dix ans après la COP21, la Chine occupe une place à part dans la transition énergétique mondiale. Elle reste profondément dépendante du charbon, mais elle installe désormais plus de capacités solaires et éoliennes que le reste du monde réuni. Un paradoxe que Pékin assume de plus en plus comme une phase transitoire, plutôt que comme une contradiction. Pour Jiang Kejun, chercheur chinois spécialisé dans les politiques énergétiques, la question n’est plus de savoir si la Chine « fait assez », mais si ses technologies peuvent permettre au monde de rester sur une trajectoire climatique viable. « Nous étudions les progrès technologiques de la Chine », explique-t-il, « non seulement dans le domaine du photovoltaïque, mais aussi dans ceux de l’énergie éolienne, de l’énergie solaire thermique, de l’éolien terrestre, de l’éolien offshore et de l’énergie nucléaire ». Son analyse suggère que si le monde tente de rester sur la bonne voie, il est peut-être encore possible de limiter l’augmentation de la température à 1,5 °C grâce à la seule technologie chinoise qui apporte le soutien nécessaire. Une déclaration forte, qui illustre le changement de discours chinois : la transition n’est plus seulement un effort domestique, mais un levier global, au cœur de l’équation climatique internationale.
Une transition tirée par l’électricité, pas par la sobriété
Contrairement à l’Europe, la transition énergétique chinoise ne repose pas sur une baisse de la demande. Elle accompagne une croissance continue des besoins énergétiques, alimentée par l’urbanisation, l’industrie et l’électrification de l’économie. « La consommation de pétrole de la Chine n’augmente pas », souligne Dave Jones, analyste en chef du think tank Ember. « Sa consommation de gaz augmente, mais à partir d’un niveau faible. La quasi-totalité de cette croissance de la demande énergétique provient de l’électricité, et la quasi-totalité de cette croissance de l’électricité cette année provient de l’énergie solaire et éolienne ».
Autrement dit, la Chine ne « remplace » pas encore les fossiles : elle évite surtout d’en ajouter davantage, en canalisant la croissance vers des sources bas carbone. Une dynamique essentielle pour comprendre pourquoi les émissions chinoises stagnent, sans encore reculer nettement. Pékin vise un pic d’émissions avant 2030. Mais la priorité demeure la stabilité énergétique. Résultat : une transition impressionnante, mais contrariée par la demande électrique d’un pays-continent.
Le cœur de la stratégie : produire une électricité massivement bon marché
Solaire, éolien terrestre et offshore, méga-parcs dans le Gobi, le Taklamakan ou en Mongolie intérieure : la stratégie chinoise repose sur un mot-clé, martelé par Jiang Kejun : le coût. C’est de l’énergie ultra-bon marché, acheminée vers l’Est grâce aux lignes à très haute tension dont la Chine est leader mondial. « La Chine a rendu ce produit très bon marché. Il n’y a pas de ‘surcapacité’, ni de concurrence déloyale sur les prix. Même avec l’offre actuelle d’environ 0,6 yuan par watt pour les modules photovoltaïques, les entreprises peuvent encore rester rentables ».
Source: Rfi



