
Pour la première fois depuis 1965, les quatre demi-finalistes de la Coupe d’Afrique des Nations sont tous dirigés par des entraîneurs locaux, symbole d’un football africain pleinement maître de son destin.
À l’aube des demi-finales de la Can 2025 organisée au Maroc, une page exceptionnelle se tourne dans l’histoire du football continental. Jamais auparavant, dans la compétition la plus prestigieuse d’Afrique, les quatre équipes encore en lice n’avaient été conduites par des techniciens originaires du continent. Cette édition marque ainsi un tournant majeur : elle consacre la montée en puissance d’entraîneurs africains capables d’imposer leur vision, de transcender les attentes et de rivaliser avec les meilleures sélections du continent. Cette première depuis 1965 confirme que le successeur du dernier vainqueur, Émerse Faé, sera, sans conteste, un coach africain.
Dans le cœur vibrant du Maroc, entre Tanger, Rabat et Agadir, quatre voix de l’Afrique résonnent d’ambition, chacune apportant une philosophie singulière et une compréhension profonde de leur groupe. Du Nord au Sud du continent, ces entraîneurs illustrent une diversité de styles et une richesse d’approches tactiques qui redéfinissent l’attractivité et la compétitivité du football africain aujourd’hui.
Walid Regragui : l’art de conjuguer expérience internationale et identité africaine
Au Maroc, pays hôte de cette Can 2025, Walid Regragui incarne la réussite d’un parcours forgé à la fois sur des expériences internationales et une solide compréhension du football africain. Ancien international marocain, Regragui a gravi les échelons du coaching avec rigueur, allant jusqu’à inscrire le Maroc dans le dernier carré après une victoire convaincante contre le Cameroun en quarts de finale. Sa méthode mise sur une discipline tactique équilibrée et une connaissance aiguë du contexte domestique et international, faisant de son équipe un bloc compact, capable d’allier solidité défensive et transitions rapides. Sous son commandement, les Lions de l’Atlas ont renoué avec une dynamique positive qui puise sa force dans l’osmose entre joueurs et staff.
Hossam Hassan : la passion d’une légende au service des Pharaons
En Égypte, Hossam Hassan porte le destin des Pharaons avec la stature d’un monument du football national. Champion d’Afrique à plusieurs reprises et figure emblématique du jeu égyptien, il conjugue aujourd’hui cette aura à une pratique du coaching qui valorise l’intelligence collective et l’engagement des joueurs. Hassan a su imposer un système solide, empreint de rigueur tactique, qui a permis à l’Égypte de triompher dans des matchs serrés, notamment face à la Côte d’Ivoire. Sa présence sur le banc, forte de son expérience immense en tant que joueur et entraîneur, donne un supplément d’âme à une équipe qui se connaît et se comprend profondément. L’Égypte sous sa direction est à la fois disciplinée et audacieuse, prête à inscrire une nouvelle page glorieuse de son riche héritage footballistique.
Pape Thiaw : continuité ambitieuse et énergie collective
Pour le Sénégal, c’est Pape Thiaw qui insuffle à l’équipe une énergie nouvelle et une stratégie cohérente fondée sur une transition bien pensée entre le jeu défensif et offensif. Héritier d’un projet initié par Aliou Cissé, Thiaw a su affirmer sa propre empreinte en renforçant le collectif sénégalais, tout en intégrant des principes de jeu modernes et adaptés aux exigences du haut niveau. Son approche met l’accent sur la polyvalence des joueurs, l’équilibre des lignes et une fluidité offensive qui fait des Lions de la Teranga une équipe difficile à maîtriser sur toutes les phases du jeu. La qualification du Sénégal pour les demi-finales témoigne de l’habilité d’un coach à construire une identité forte, capable de concurrencer les meilleures sélections du continent.
Éric Chelle : la réussite d’un parcours atypique
Sur le banc du Nigeria, c’est Éric Chelle qui incarne une trajectoire singulière vers l’élite africaine. Parvenu à hisser les Super Eagles jusqu’aux demi-finales, Chelle a su exploiter au mieux les qualités individuelles de son effectif tout en insufflant une rigueur collective nécessaire dans les phases décisives. Malgré un parcours jugé moins médiatisé que celui de certains de ses homologues, il a instauré dans l’équipe nigériane une culture de compétitivité et une capacité à surmonter les défis tactiques posés par chaque adversaire. Sa progression avec le Nigeria est un signal fort : le leadership africain peut émerger de parcours atypiques et transformer des opportunités en performances concrètes sur la grande scène continentale.
Moustapha BACHIROU



