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Concours Ens-Enset: Les oubliés de la craie interpellent Paul Biya

Alors que le président annonce la relance des concours dans les écoles normales, les enseignants vacataires formés comme auditeurs libres dénoncent leur marginalisation et réclament leur intégration prioritaire.

Indignation ! C’est le mot qui résume la lettre poignante adressée au président Paul Biya par Abdourahamanou Abba, enseignant vacataire et ancien auditeur libre de l’École normale supérieure de Maroua. Dans ce courrier daté du 10 novembre 2025, Abba exprime avec gravité les frustrations d’une génération de formés sans statut, laissés pour compte dans la relance des concours annoncée par le Chef de l’État. « Nous, auditeurs libres, payons une pension cinq fois supérieure à celle des étudiants admis par concours direct. Nous investissons ainsi plus d’un million de Fcfa dans notre formation pour finalement exercer comme enseignants vacataires avec un salaire dérisoire de 50.000 Fcfa », écrit-il depuis Ngaoundéré. Le 6 novembre dernier, lors de sa prestation de serment à l’Assemblée nationale, Paul Biya avait annoncé la relance des concours d’entrée dans les Écoles normales supérieures (Ens) et les Écoles normales supérieures d’enseignement technique (Enset), ainsi que la reprise des études doctorales dans les universités camerounaises.

« L’éducation reste au cœur de notre projet de société. Nous devons offrir à notre jeunesse des perspectives concrètes », avait-il déclaré. Mais pour les auditeurs libres, cette relance soulève une profonde incompréhension. « Ces concours directs avaient été suspendus pour insuffisance de moyens. Aujourd’hui, on les relance alors que des promotions entières d’enseignants formés attendent leur intégration », déplore Abba. Selon les données du ministère de l’Enseignement supérieur, plus de 3.000 auditeurs libres ont été formés entre 2018 et 2023, sans perspectives claires d’intégration, malgré les besoins criants en personnel enseignant dans les établissements secondaires du pays. Le paradoxe est flagrant : ces enseignants ont suivi la même formation académique que leurs homologues admis par concours, mais restent confinés à des postes précaires, mal rémunérés et sans reconnaissance officielle.

« Devons-nous rester au quartier, impuissants, pendant qu’on organise de nouveaux concours ? », s’interroge Abba. Pour Abba et ses collègues, cette relance ne devrait pas se faire au détriment de ceux qui ont déjà consenti d’énormes sacrifices. « Nous sommes des enseignants compétents, formés selon les mêmes exigences académiques, et nous aspirons simplement à servir dignement notre pays dans des conditions décentes », plaide-t-il. Cette interpellation citoyenne met en lumière une fracture silencieuse dans le système éducatif camerounais, entre les promesses politiques et la réalité vécue par les acteurs de terrain. Elle soulève une question essentielle: peut-on relancer les concours sans résoudre le sort des milliers d’enseignants déjà formés mais laissés pour compte? La réponse du chef de l’État est attendue avec impatience.

Michel NONGA

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