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Conflit Fécafoot-Minsep: La solidarité gouvernementale sur une pelouse glissante

L’échec cuisant du ministre des Sports et de l’Éducation physique, Narcisse Mouelle Kombi, face à l’organisation de l’Assemblée générale élective de la Fécafoot, témoigne du désordre gouvernemental et du manque de solidarité au sommet de l’État.

Narcisse Mouelle Kombi, ministre des Sports et de l’éducation physique, vient de subir une humiliation retentissante dans l’histoire du Cameroun. Malgré ses multiples correspondances officielles adressées à Samuel Eto’o, président sortant de la Fédération camerounaise de football (Fécafoot), et à Paul Atanga Nji, ministre de l’Administration territoriale, visant à interdire l’Assemblée générale élective prévue le 29 novembre 2025 à Mbankomo, ses appels ont été ignorés. Pire encore, l’événement a bel et bien eu lieu sous la supervision de la sous-préfète de Mbankomo, témoignant d’un désaveu cinglant envers un ministre réduit à l’impuissance. Dans une correspondance datée du 14 novembre 2025, Mouelle Kombi avait demandé à Atanga Nji d’interdire cette assemblée, invoquant des « menaces à l’ordre public » découlant d’un processus électoral qu’il qualifiait d’« irrégulier » et « frauduleux ». Cependant, aucune réponse n’a été apportée par son collègue, plongeant le ministre des Sports dans un isolement politique sans précédent. Samuel Eto’o, fort de son influence et de ses soutiens, a été réélu président de la Fécafoot pour les quatre prochains années, en dépit des critiques virulentes du ministère des Sports sur la légitimité du processus. 

Silence assourdissant d’Atanga Nji

Le silence de Paul Atanga Nji face aux sollicitations de Narcisse Mouelle Kombi est révélateur des dysfonctionnements au sein du gouvernement. Alors que le ministre des Sports tentait désespérément de mobiliser son collègue pour empêcher l’assemblée élective, ce dernier a choisi d’ignorer les appels à l’aide, laissant Mouelle Kombi se débattre seul dans une bataille qu’il allait inévitablement perdre.Cette inertie contraste avec la promptitude d’Atanga Nji à interdire, le même jour, une convention extraordinaire du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc), à la demande d’un acteur politique de moindre envergure, Okala Ebode. Une décision prise en quelques heures seulement, au motif qu’elle représentait un risque pour l’ordre public. Cette gestion à géométrie variable des crises politiques met en lumière un favoritisme flagrant et une absence totale de coordination entre les membres du gouvernement. Cette affaire rappelle d’autres épisodes récents ayant illustré le manque de solidarité et de cohérence au sommet de l’État. On se souvient encore du conflit entre Paul Atanga Nji et le ministre de la Santé publique, Manaouda Malachie, au sujet de l’interdiction de la chicha dans les snacks. Tandis que Manaouda Malachie s’efforçait de sensibiliser la population sur les risques sanitaires liés à son usage, Atanga Nji s’opposait ouvertement à cette mesure, affirmant qu’elle relevait davantage d’une police des mœurs que de la santé publique.

Dans le cas présent, l’échec de Narcisse Mouelle Kombi a mis en exergue son incapacité à imposer son autorité face à Samuel Eto’o, un homme dont la popularité dépasse largement les frontières sportives. Pis encore, le manque de soutien gouvernemental dont il a été victime traduit une désorganisation chronique au sein de l’exécutif. Pour un ministre chargé de garantir l’ordre dans le domaine sportif, être désavoué de la sorte par ses propres collègues équivaut à une humiliation sans précédent. 

 Démission de Mouelle Kombi

Face à cet échec retentissant, de nombreuses voix s’élèvent pour demander la démission de Narcisse Mouelle Kombi. Le politologue Njoya Moussa a résumé la situation dans une publication sur les réseaux sociaux. « Quand je vous dis chaque jour que le gouvernement n’existe plus… Narcisse Mouelle Kombi écrit depuis plus de deux semaines à son collègue Paul Atanga Nji, qui fait comme s’il n’a même pas vu passer ladite correspondance », peut-on lire dans sa correspondance. La réélection de Samuel Eto’o, malgré les nombreuses irrégularités dénoncées par le ministère des Sports, montre que Mouelle Kombi n’a plus l’autorité nécessaire pour occuper ses fonctions. Sa position est devenue intenable, et son maintien au gouvernement ne ferait qu’accentuer le sentiment de désordre et de mépris des institutions.  Dans un contexte où le président Paul Biya exhorte les camerounais à l’unité et à la cohésion nationale, l’épisode de la Fécafoot illustre à quel point l’exécutif est en décalage avec ces objectifs.

Le football, censé être un vecteur de rassemblement, se transforme en un champ de bataille politique où les intérêts personnels et les luttes d’influence prennent le pas sur l’intérêt général.  L’humiliation subie par Narcisse Mouelle Kombi, abandonné par ses pairs, n’est pas seulement celle d’un ministre. Elle révèle un malaise profond au sein d’un gouvernement dont les divisions internes menacent la stabilité et la crédibilité de l’État. Le Cameroun mérite mieux que ce spectacle de désunion et d’improvisation. Quel patron de fédération accordera encore de la considération au ministre des Sports ? Le départ de Mouelle Kombi serait un premier pas vers une nécessaire refonte des institutions.

Franck ESSOMBA

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