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Conseil régional du Sud: La nouvelle affaire Eric Gervais Ndo

Installé le 23 janvier dernier dans ses nouvelles fonctions, sous les youyous et les vivats des populations qu’il a juré de servir, le numéro 1 de l’instance qui a prêté serment avec la promesse ferme d’impulser la gouvernance fondée sur la transparence, la redevabilité et l’efficacité, est accusé d’usurper des chantiers de l’Etat notamment ceux pilotées par le ministère de l’Économie, de la planification et de l’aménagement du territoire (Minepat) via le Budget d’investissement public (Bip). Enquête !

Les images de la cérémonie d’installation du nouveau bureau du Conseil régional du Sud sont encore fraîches dans les esprits. Ce jour-là, Eric Gervais Ndo, dans une ambiance chaleureuse à la place de fête de Nko’ovos à Ebolowa, s’était solennellement donné pour mission de multiplier des initiatives à l’endroit des populations qui manquent d’infrastructures de base, œuvrer pour le désenclavement, la formation professionnelle, l’emploi des jeunes, la promotion des femmes sans oublier l’amélioration du cadre de vie. « Nous attendons faire du Sud, une région de référence territoriale à l’horizon 2030. C’est l’engagement pris par l’ensemble des conseillers régionaux, les forces vives du Sud. Car, le Cameroun doit être porté au stade de pays pré-émergent, c’est la vision du président de la République », jurait-il devant le gratin de l’élite de la région du Sud. Une dizaine de jours plus tard, voici le patron du Conseil régional sous le feu des projecteurs, défrayant la chronique à travers une affaire pour le moins abracadabresque.

Levier majeur de désenclavement

Tout est parti d’un communiqué rendu public par le responsable de la communication du Conseil régional. « Le dimanche 25 janvier 2026, le président du Conseil régional du Sud, monsieur Éric Gervais Ndo, a effectué une visite de travail approfondie sur le chantier de construction du pont sur la rivière Mboro, infrastructure stratégique appelée à relier durablement les arrondissements d’Ambam et de Ma’an, dans le département de la Vallée du Ntem. Cette descente de terrain, à forte portée institutionnelle et symbolique, s’inscrit dans la dynamique de suivi rigoureux des projets structurants impulsée par l’exécutif régional depuis l’installation du nouveau Conseil régional. Sur site, le président Éric Gervais Ndo s’est imprégné de l’état d’avancement des travaux, des contraintes techniques rencontrées, ainsi que des délais d’exécution, échangeant directement avec les responsables du chantier, les ingénieurs et les acteurs locaux impliqués dans la réalisation de l’ouvrage. Le pont sur la rivière Mboro représente bien plus qu’une simple infrastructure de franchissement. Il constitue un levier majeur de désenclavement, de fluidification des échanges économiques, de mobilité des populations et de renforcement de l’intégration territoriale entre deux arrondissements longtemps confrontés aux difficultés de circulation, notamment en période de fortes pluies. À travers cette visite, le président du Conseil régional du Sud a réaffirmé la volonté politique de faire des infrastructures de base un pilier central du développement régional, conformément aux missions dévolues aux collectivités territoriales décentralisées », écrit-il fièrement.

Coup de bluff

Précisant au passage que le numéro 1 du Conseil régional a insisté sur la nécessité du respect des normes techniques, de la qualité des ouvrages et des délais contractuels, tout en rappelant que ces investissements doivent répondre prioritairement aux besoins réels des populations. « Les autorités administratives locales, les forces vives et les riverains ont salué cette démarche de proximité, perçue comme un signal fort d’un leadership régional orienté vers l’action, la redevabilité et les résultats concrets. Pour les populations d’Ambam et de Ma’an, ce pont incarne l’espoir d’une meilleure accessibilité aux services sociaux de base, aux marchés, aux structures sanitaires et éducatives, ainsi qu’une stimulation accrue des activités économiques locales », conclut le Celcom. Le tour du propriétaire filmé en grande pompe et relayée sur les réseaux sociaux, est présentée comme historique.

Mais à bien y regarder, il ne s’agit ni plus, ni moins que d’un « coup de bluff », tel que le soutiennent des sources dignes de foi. A la vérité, ces infrastructures sont des réalisations du Gouvernement central, pilotées par le ministère de l’Économie, de la planification et de l’aménagement du territoire (Minepat) via le Budget d’investissement public (Bip). « Le pont sur la Mboro, tout comme la route de Mvangan, n’est en rien le fruit du labeur de l’exécutif régional. Ces projets sont des émanations directes du gouvernement central, financés par le Bip et pilotés par le Minepat et le ministère des Travaux publics (Mintp). Il serait malhonnête de créer inutilement la confusion dans les esprits », renseigne un directeur au Minepat, très surpris de cette sortie surmédiatisée du Conseil régional 

Promesses sociales jamais tenues

C’est que, « en s’appropriant les lauriers d’un travail qu’il n’a ni financé ni initié, Eric Gervais Ndo ne fait pas seulement preuve de populisme ; il organise une véritable spoliation des lauriers administratifs. Il s’adonne à un populisme de façade qui trahit une profonde fébrilité », confie-t-on dans l’entourage de ce haut gradé des Douanes qui n’en serait pas à son premier impair. Ancien maire d’Ebolowa 2, il avait déjà laissé derrière lui un sillage de promesses sociales jamais tenues et un bilan jugé « famélique » par ses propres administrés. Sa seule véritable victoire politique ? Une bravade contre le Comité central du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc), dont il est pourtant le pur produit de l’ascenseur social.

Aujourd’hui à la tête de la Section Rdpc d’Ebolowa 2, la léthargie est devenue la norme. Des sources locales révèlent une situation ubuesque : « même l’entretien de la Maison du parti est désormais assuré par d’autres élites, lassées de voir l’institution péricliter sous la gestion d’un président plus préoccupé par son image que par l’animation de la base ». Des accusations que certains membres du Conseil joint au téléphone par nos soins, battent en brèche, assimilant ces griefs à une campagne de sabotage et de dénigrement de l’homme qui s’en tiré de la session de plein droit des 16 et 17 décembre 2025 avec 66 voix sur les 88 votants contre 22 pour son challenger.

Franck ESSOMBA

Focal

Gare à la gouvernance solitaire

Plusieurs observateurs soutiennent que le mandat du nouvel exécutif du Conseil régional du Sud laisse planer des inquiétudes. Attendu pour booster le processus de décentralisation et améliorer la gouvernance locale au nom des populations de la région d’origine du Chef de l’Etat, le bail risque de se résumer à une « individualité qui n’a eu pour seule boussole que ses convictions et sa satisfaction personnelle, éloignant le Conseil des directives prescrites par le Code de décentralisation qui la présente comme un pilier du développement local », commente sous cape un conseiller municipal. Au propre comme au figuré, des esprits éclairés et avisés redoutent que la léthargie administrative dans laquelle l’instance a été plongée lors de la première mandature (Emmanuel Mvé) du fait du manque d’ingéniosité en ce qui concerne la maturation de projets et l’exécution des marchés publics (dont beaucoup d’ailleurs n’ont jamais été livrés) sans oublier la gouvernance solitaire du principal responsable de cette instance, pourrait plomber les espoirs placés en elle. Ce mode de gouvernance solitaire, rigide, souvent émotionnelle de l’édile régional nuit gravement à la dynamique de développement participatif dont le Conseil régional devrait être le reflet avec toutes les compétences qui s’y trouvent. S’achemine-t-on vers un « Ndogate » ? Questions à deux sous !

Franck ESSOMBA

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