
L’Alliance pour le contrôle de tabac en Afrique (Acta) a publié le mercredi 12 novembre 2025, le rapport 2025 de l’Indice d’ingérence de l’industrie du tabac en Afrique. Les données de cette étude collectées dans vingt pays révèlent une ingérence persistante de l’industrie du tabac dans l’élaboration des politiques publiques de santé sur le continent. L’Acta se dit prête à soutenir les gouvernements, la société civile et les institutions régionales pour bâtir une Afrique sans tabac : une Afrique qui place la santé, l’équité et la souveraineté au-dessus du profit industriel.
Publié au cours d’un webinaire modéré par Deowan Mohee, en présence d’Olalekan Ayo Yusuf ; Arti Singh et Mary Asunta, de fervents défenseurs de la santé des populations, l’indice d’ingérence de l’industrie du tabac en Afrique 2025 met en évidence une situation particulièrement préoccupante dans plusieurs pays. En Zambie, l’adoption du projet de loi tant attendu sur la lutte antitabac a été reportée une fois de plus. Dans certains pays comme le Nigéria, la Tanzanie et la Zambie, le rapport constate également la prolifération des initiatives de responsabilité sociale des entreprises (RSE) menées par l’industrie du tabac Selon le rapport, des responsables gouvernementaux ont publiquement salué et collaboré avec les compagnies de tabac sur divers projets, allant de la rénovation d’écoles à la construction de réseaux d’adduction d’eau. « Or, ces actions ne relèvent nullement de la bonne volonté, mais s’inscrivent dans une stratégie délibérée visant à redorer l’image de l’industrie, à gagner une influence politique et à manipuler l’opinion publique », avertit Kossiwa Kouami, Secrétaire Exécutif par intérim de l’Alliance pour le Contrôle du Tabac en Afrique (Acta).
Au Kenya et au Ghana, relève cet indice, l’industrie du tabac poursuit un lobbying intensif en faveur d’un assouplissement de la réglementation applicable aux nouveaux produits tels que les sachets de nicotine et les cigarettes électroniques, en mettant en avant la narrative de la « réduction des risques ». Une approche qui selon l’Alliance vise à présenter l’industrie comme un partenaire crédible en matière de santé publique, compromettant ainsi les progrès réalisés dans la lutte antitabac. Au Nigéria, le retard prolongé dans la mise en œuvre des avertissements sanitaires illustrés révisés, malgré une période transitoire de quatre ans, traduit l’influence persistante de l’industrie du tabac sur les politiques publiques. Au Nigéria, la mise en œuvre tardive des nouveaux avertissements sanitaires illustrés, pourtant attendue depuis quatre ans, reflète la mainmise préoccupante de l’industrie sur le processus réglementaire. Le rapport souligne également la stagnation prolongée des lois antitabac en Tanzanie et au Mozambique, où la législation est bloquée depuis plus d’une décennie, malgré une augmentation de la production et des exportations de tabac.
Préserver l’intégrité des politiques publiques
Le Cameroun qui gagne quelques points, reste cependant toujours parmi les mauvais élèves. On y attend toujours une loi nationale anti-tabac conformément à la CCLAT. Des signes de progrès sont tout de même observés dans ce sombre tableau. C’est le cas du Burkina Faso qui se distingue par son plaidoyer constant et sa transparence. L’Ouganda, le Gabon et l’Éthiopie qui ont adopté des mesures législatives solides contre l’ingérence de l’industrie, démontrant une réelle volonté politique et un engagement ferme pour la santé publique. « Ces pays témoignent d’une meilleure compréhension des obligations liées à l’Article 5.3 et méritent d’être soutenus pour servir de modèles aux autres », salue l’Acta, prête à appuyer la mise en place d’une plateforme continentale d’apprentissage par les pairs pour partager les bonnes pratiques de mise en œuvre de l’Article 5.3. À la lumière des conclusions de l’Indice d’ingérence de l’industrie du tabac en Afrique 2025, l’Acta réaffirme que les tactiques de l’industrie du tabac, telles que le lobbying, la RSE et la manipulation économique, ne relèvent pas de la bienveillance. Il s’agit de stratégies délibérées visant à retarder, affaiblir et faire dérailler les politiques de santé publique.
Aussi préconise-t-elle des mesures urgentes pour protéger les Africains des méfaits du tabac et de l’ingérence de cette industrie. Ces mesures urgentes consistent à : Rejeter toutes les formes de RSE financées par l’industrie du tabac et interdire de telles collaborations ou parrainages ; Refuser toute recherche scientifique financée par l’industrie et garantir que les politiques reposent sur des preuves indépendantes ; Établir des codes de conduite et politiques de prévention des conflits d’intérêts clairs pour préserver l’intégrité des politiques publiques ; Exclure les représentants liés à l’industrie des délégations sanitaires et accélérer l’adoption de lois conformes à la CCLAT ; Doter les organismes de contrôle de pouvoirs répressifs effectifs ; Investir durablement dans les capacités juridiques et les mécanismes de suivi. Selon l’Acta, l’Afrique ne doit pas devenir le nouvel épicentre de l’épidémie mondiale du tabac. « La croissance économique est essentielle, mais elle ne doit jamais se faire au détriment de la santé publique. Nous avons besoin d’une action audacieuse et concertée ».
Nadège Christelle BOWA



