
Une visite inopinée de la deuxième adjointe au maire de Yaoundé 7 dans les boulangeries « Blé d’or » du quartier Nkolbisson, filmée et devenue virale, a déclenché une tempête médiatique. Accusant l’établissement d’insalubrité, l’élue locale a provoqué un tollé sur les réseaux sociaux, donnant un sacré coup à la crédibilité de la boulangerie.
La scène, devenue virale sur les réseaux sociaux ces derniers jours, a choqué de nombreux camerounais : une vidéo montrant la deuxième adjointe au maire de Yaoundé 7 lors d’un contrôle d’hygiène inopiné dans la boulangerie-pâtisserie Blé d’or du quartier Nkolbisson. On y entend l’élue se plaindre d’une situation d’insalubrité, affirmant avoir découvert des asticots et des vers de terre dans les salles de production. Face à l’onde de choc provoquée par ces images, Francis Rostant Kueka, le promoteur de l’établissement est sorti de son silence hier, organisant une conférence de presse pour défendre farouchement la réputation de son entreprise et accuser à son tour la mairie de mener une cabale contre lui.
L’affaire a commencé par une visite qui, selon le promoteur, a brisé une routine établie depuis près de dix ans. Dans son communiqué lu devant la presse hier lundi 12 janvier 2026, il a exprimé sa surprise : « nous avons été surpris d’apprendre […] qu’en lieu et place des services d’hygiène de la mairie […] ce soit plutôt la deuxième adjointe au maire […] qui soit personnellement venue à renfort de caméras faire un prétendu contrôle d’hygiène ». Cette méthode inhabituelle, couplée à l’absence de présentation d’« aucun document officiel et aucun ordre de mission » selon les employés présents ce jour-là, a immédiatement suscité la méfiance de la direction.
Certificat de conformité et dénonciation d’un harcèlement
La diffusion massive de la vidéo de cette visite par des « lanceurs d’alerte » a achevé de convaincre le promoteur qu’il était victime d’une attaque préméditée. « Grande a été notre surprise de constater que les vidéos produites par les accompagnateurs de Madame le maire ont été publiées sur la toile », a-t-il déclaré, dénonçant une procédure qui, selon lui, visait moins à contrôler l’hygiène qu’à nuire à l’image publique de son entreprise. Ces accusations interviennent dans un contexte où les contrôles sanitaires et les fermetures d’établissements non conformes font régulièrement la une au Cameroun, suscitant souvent l’émoi populaire, comme en témoignent les nombreuses réactions d’internautes à des affaires similaires.
Pour contrer les allégations jugées « calomnieuses », le promoteur a déployé une stratégie de défense agressive lors de sa conférence de presse. Son arme principale : un Certificat de conformité délivré par l’Agence des normes et de la qualité (Anor). En le présentant aux médias, il a voulu prouver que son établissement respectait scrupuleusement les normes en vigueur. L’Anor, rappelons-le, est l’institution nationale chargée d’élaborer et de promouvoir les normes de qualité, y compris dans le secteur agroalimentaire où elles jouent un « rôle essentiel » pour garantir la sécurité des produits.
Vendetta personnelle et administrative
Au-delà du certificat, le promoteur a pointé du doigt les raisons, selon lui, de cette attaque soudaine. Il a évoqué des « relations très tendues » avec la deuxième adjointe au maire, tensions qu’il attribue à un « harcèlement sans cesse à l’égard de nos structures » et à des différends concernant certaines « taxes jugées abusives » que l’établissement n’aurait pas versés. Cette dimension financière et relationnelle donne à l’affaire une tournure qui dépasse la simple question sanitaire. Le promoteur y voit la preuve d’une vendetta personnelle et administrative, une « machination contre ses structures » qu’il entend faire cesser.
Face à ce qu’il perçoit comme une grave injustice menaçant un patrimoine bâti « à coup de sacrifices financiers importants », le promoteur a annoncé des mesures fortes. « il entend saisir toutes les autorités compétentes y compris celle judiciaires afin qu’une contre-expertise soit faite », a-t-il martelé dans son communiqué. Cette décision de porter l’affaire sur le terrain juridique vise à obtenir une validation indépendante des conditions d’hygiène de ses boulangeries et à « que la vérité soit établie et révélée ».
Vers une bataille judiciaire pour établir la vérité
L’affaire Blé d’or se présente désormais comme un duel entre une accusation médiatique puissante et une défense procédurière déterminée. D’un côté, une vidéo virale et des déclarations d’une élue locale qui, sans montrer de preuves visuelles des asticots et vers de terre, dénoncés, ont suffi à ébranler la confiance des consommateurs. De l’autre, la démonstration formelle d’une certification officielle annuelle et la promesse d’une bataille en justice pour restaurer une réputation entachée.
Moustapha BACHIROU



