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Coopération bilatérale: Yaoundé repense son rapport à Pékin

travaux, structurés en deux journées, visent à consolider la maîtrise camerounaise de ses relations avec la Chine, tout en jetant les bases d’une stratégie autonome face aux ambitions chinoises en Afrique.

L’atelier d’évaluation de la coopération sino-camerounaise et d’appropriation du Plan d’action 2025–2027 du Forum sur la coopération sino-africaine (Focac) se tient actuellement à Yaoundé. Ouvert hier 20 janvier 2026 au ministère des Relations extérieures (Minrex), la rencontre a consacré sa première journée à un examen minutieux des dynamiques sectorielles et des mécanismes de coopération depuis 2010, posant les jalons analytiques nécessaires. L’analyse de la gouvernance des projets financés par la Chine, des apports sanitaires, des tensions agricoles et foncières, des activités extractives et des engagements financiers a révélé une constante. La densité de la coopération sino-camerounaise, si elle a accompagné les ambitions de développement du pays, appelle désormais une reprise en main stratégique afin d’éviter que l’accumulation des initiatives ne fragilise l’autorité publique.

C’est dans ce cadre que s’ouvre la deuxième journée des travaux, marquée par une inflexion assumée vers les instruments de projection et les choix de positionnement. La coopération décentralisée avec les villes chinoises est examinée comme un levier d’aménagement du territoire susceptible de renforcer la cohésion nationale, tandis que la réflexion sur les parcs industriels et les zones économiques spéciales s’inscrit dans une interrogation plus large sur la capacité du Cameroun à attirer des investissements structurants sans renoncer à la maîtrise de son tissu productif. Au-delà des outils, les discussions prennent une dimension résolument géopolitique. L’analyse des ambitions chinoises en Afrique, de leurs ressorts économiques, diplomatiques et symboliques conduit à une interrogation centrale sur la marge de manœuvre des États africains dans un système international de plus en plus polarisé. Pour le Cameroun, l’enjeu n’est plus l’arbitrage entre partenaires, mais l’affirmation d’une ligne propre fondée sur la préservation de la souveraineté économique, la sécurité des choix stratégiques et la cohérence de l’action extérieure.

 Exigence de rationalité étatique

Les débats en cours soulignent ainsi la nécessité d’un cadre doctrinal clair. L’émergence d’une politique chinoise du Cameroun, évoquée avec une prudence calculée, s’impose progressivement comme une exigence de rationalité étatique. Une telle orientation suppose une veille sécuritaire renforcée, une sélection rigoureuse des investissements, une diversification maîtrisée des instruments de financement et une coordination étroite des administrations concernées, afin de prévenir toute captation de la décision publique par des logiques exogènes. À ce stade, aucune conclusion définitive n’est avancée.

L’atelier apparaît plutôt comme un moment de décantation stratégique, au cours duquel l’État camerounais interroge sa capacité à transformer une relation asymétrique en un partenariat négocié avec fermeté. La tonalité des échanges, plus politique que technique, laisse entrevoir la volonté de rompre avec une approche opportuniste pour inscrire la relation avec Pékin dans une vision de long terme, où le développement demeure indissociable de l’indépendance décisionnelle. Alors que les discussions se poursuivent, une ligne de fracture se dessine entre coopération subie et coopération maîtrisée. C’est dans cet espace de tension que le Cameroun semble désormais vouloir inscrire son dialogue avec la Chine, conscient que, dans le nouvel ordre international, la capacité à dire non vaut parfois autant que celle à conclure des accords.

Axel ABANDA

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