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Crise éducative: Éducation sacrifiée, survie imposée

Dans l’Est-Cameroun, Raise-Up Cameroon redonne espoir à plus de mille enfants pris au piège entre pauvreté, invisibilité légale et exploitation minière.

À l’occasion de la Journée internationale des droits de l’enfant, le regard se tourne vers l’Est-Cameroun, région marquée par une crise humanitaire silencieuse. Selon le Conseil norvégien pour les réfugiés, cette zone est le théâtre de la crise de déplacement la plus négligée au monde. Entre 2023 et 2025, 829 conflits communautaires ont été recensés, aggravant l’effondrement des services de base et poussant les enfants vers les mines d’or au détriment de l’école. Dans les villages de Garoua-Boulaï, Batouri, Atok, Bertoua et Bétaré-Oya, l’éducation est souvent sacrifiée sur l’autel de la survie. « Je rêve de devenir médecin, mais face à la précarité dans laquelle vit ma famille, je devrais sûrement renoncer à mon rêve pour des ambitions plus réalistes », confie Fadimatou, âgée de 17 ans. Non loin d’elle André, âgée de 16 ans. « À l’école, on me promettait un avenir, mais ici je vois l’argent tout de suite », dit-il. Face à cette détresse, l’association Raise-up Cameroon (Ruc) agit comme un catalyseur de transformation.

À travers sa stratégie Sociale, économique, éducative, digitale & intelligence artificielle, environnementale, sanitaire, artistique & culturelle (Seedesa), elle mobilise les jeunes camerounais pour bâtir un avenir durable. Fidèle à sa devise « Apporte ton fruit au développement de ton pays », Ruc érige la jeunesse en force motrice de la renaissance nationale. Dans le cadre du projet « 1 Cameroun, 10 régions : Hope – Édition Soleil levant », l’association a mené une enquête dans cinq localités de l’Est et accompagné 1093 enfants. Ces enfants bénéficient d’un appui scolaire, d’une aide à l’établissement d’actes de naissance et d’un soutien psychosocial. À Batouri, les équipes de Ruc collaborent avec les autorités locales pour renforcer le programme « Zéro enfant dans les mines les temps de classe », qui vise à maintenir les enfants à l’école et à prévenir leur exploitation.

Campagnes de sensibilisation

Dans les villages d’Illa, Mbonga, Damdon, Tiala et Mboussa, 90 % des enfants n’ont pas d’actes de naissance. Sans ce document, ils sont invisibles aux yeux de l’État et exclus des examens officiels. Raise-up Cameroon mène des campagnes de sensibilisation et facilite l’enregistrement civil, considérant l’acte de naissance comme un passeport vers l’éducation et la citoyenneté. À Atok, où les enfants parcourent plus de trente kilomètres à pied pour rejoindre le Ces, l’association soutient les familles isolées et encourage la scolarisation des enfants Baka, dont 95 % sont aujourd’hui inscrits à l’école malgré les obstacles. « Nous vivons de l’agriculture. Je m’occupe seule de ces neuf enfants car ils sont orphelins. N’ayant pas d’argent, je ne peux pas supporter leurs charges scolaires », fait savoir une grand-mère handicapée. Ces voix illustrent une réalité cruelle, mais aussi la force de la résilience. Raise-Up Cameroon ne se contente pas d’intervenir ponctuellement.

 Elle fédère les jeunes, au pays comme dans la diaspora, pour qu’ils prennent conscience de leur identité, révèlent leurs talents et contribuent activement à l’essor de la nation. À Garoua-Boulaï, l’association distribue des kits d’hygiène menstruelle pour lutter contre l’absentéisme des jeunes filles. À Bertoua, elle organise des ateliers d’alphabétisation pour les parents afin de renforcer leur engagement éducatif. Elisabeth, 20 ans, encore en primaire, résume le dilemme, « l’école ne semble mener nulle part. » Pourtant, grâce à Raise-Up Cameroon, chaque lever de soleil devient une promesse d’avenir. L’association incarne une dynamique d’action et de transformation, prouvant que même dans les zones les plus reculées, l’éducation peut triompher de la misère.

Michel NONGA

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