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Crise post-électorale: Issa Tchiroma sous protection gambienne

L’opposant camerounais est accueilli en Gambie depuis le 7 novembre pour des raisons humanitaires, alors que les appels aux villes mortes se poursuivent.

Le gouvernement gambien a officiellement confirmé hier, dimanche 23 novembre 2025 l’arrivée sur son territoire de Issa Tchiroma Bakary, figure centrale de l’opposition camerounaise. Selon le communiqué du ministère de l’Information, des médias et des services de radiodiffusion gambien, l’ancien ministre est « hébergé temporairement en Gambie sur des bases purement humanitaires dans un esprit de solidarité africaine et dans le but d’assurer sa sécurité ». Issa Tchiroma Bakary, qui s’est autoproclamé « président élu » à l’issue de la présidentielle du 12 octobre 2025, conteste vigoureusement la réélection du président Paul Biya. Depuis son exil, il multiplie les appels à la désobéissance civile. Dans une vidéo diffusée le 20 novembre, il a déclaré que « les personnes tombées sous les balles des forces de sécurité sont des martyrs », évoquant 48 victimes, un chiffre non confirmé par les autorités camerounaises qui en reconnaissent 16.

Avant son arrivée à Banjul, Tchiroma avait trouvé refuge à Yola, dans l’État de l’Adamawa au Nigeria, après avoir échappé à plusieurs tentatives d’arrestation. Son transfert vers la Gambie aurait été facilité par des négociations discrètes entre Banjul, Abuja et d’autres partenaires régionaux. Dans sa déclaration, le gouvernement gambien a tenu à réaffirmer son attachement aux principes de non-ingérence et de respect de la souveraineté. « La Gambie ne sera pas utilisée comme base pour des activités subversives contre aucun État », a précisé le ministère. Le pays s’engage également à « soutenir une issue pacifique et négociée » en collaboration avec des partenaires régionaux, notamment la République fédérale du Nigeria.

Entre solidarité panafricaine et prudence géopolitique

Cette hospitalité accordée à Tchiroma intervient dans un contexte de fortes tensions au Cameroun. Le paysage politique est en pleine recomposition, marqué par la montée en puissance de nouvelles figures de l’opposition et l’effondrement de certains partis traditionnels. La contestation des résultats électoraux a ravivé les fractures politiques, et plusieurs villes camerounaises ont été le théâtre de manifestations et de journées dites « villes mortes », à l’appel de l’opposant. Alors que la communauté internationale observe avec inquiétude l’évolution de la situation, la Gambie s’impose comme un acteur diplomatique de poids dans la gestion de cette crise. En accueillant Issa Tchiroma, Banjul joue une carte délicate, entre solidarité panafricaine et prudence géopolitique. Reste à savoir si cette médiation discrète pourra contribuer à désamorcer les tensions et ouvrir la voie à un dialogue inclusif au Cameroun.

Michel NONGA

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