
Ce vendredi, Issa Tchiroma Bakary « décrète » une Journée de deuil national en mémoire des victimes de la crise électorale, dans un climat de tension et de fatigue sociale.
Le Cameroun vit une nouvelle journée de mobilisation politique ce vendredi 21 novembre. Issa Tchiroma Bakary, qui se proclame président élu à l’issue du scrutin du 12 octobre, a « décrété » une Journée de deuil national en hommage aux victimes des violences post-électorales. Dans une déclaration solennelle, il appelle les citoyens à suspendre toute activité, à fermer les commerces et à observer une minute de silence à midi. « Ce ne sera pas un jour ordinaire. Ce sera un jour de silence, de mémoire, de recueillement », affirme-t-il. Il invite les croyants de toutes confessions à se rassembler dans les lieux de culte pour prier et confier à Dieu l’âme des disparus. « Ils étaient le Cameroun. Ils sont nos martyrs », déclare-t-il, évoquant les jeunes, les pères et les mères tombés « sous les balles d’un régime aux abois ». Il promet que ces morts entreront dans l’histoire du « Cameroun libre », aux côtés des héros de 1955, du 26 mai 1990 et des soulèvements de 2008.
Une journée qui divise
Mais cette journée de recueillement s’annonce difficilement réalisable. Les camerounais, déjà éprouvés par les récentes journées ville morte, peinent à suivre un nouvel appel à l’arrêt total des activités. Les pertes économiques sont lourdes. Des boutiques ont été pillées, des marchés incendiés, des familles endeuillées. Le coût de la vie a explosé, les denrées se font rares, et les populations s’interrogent sur l’efficacité de ces mobilisations. Le ministre de l’Administration territoriale, dans une sortie musclée, impute à Issa Tchiroma la responsabilité des dégâts et des morts survenus depuis le 12 octobre. Il accuse l’opposition radicale d’avoir semé le chaos et d’instrumentaliser la douleur populaire à des fins politiques. Selon les chiffres avancés par les autorités, les violences auraient fait au moins 16 morts et des centaines de blessés, un bilan que Tchiroma qualifie de « sacrifice pour que la vérité vive ». Issa Tchiroma Bakary continue de revendiquer sa victoire électorale et dénonce un « régime illégitime » qui aurait « méprisé vos votes, vos voix, vos vies ». Il affirme avoir donné un ultimatum de 48 heures pour la libération des prisonniers politiques, resté largement ignoré. « Seul un petit nombre parmi les milliers de détenus, majoritairement des mineurs, ont été sortis des cellules. J’en prends acte. Mais ce geste reste très insuffisant », déclare-t-il.
Stratégie de résistance active et passive
Il promet la création d’un fonds de soutien aux victimes et annonce que « de nouvelles instructions seront données dans les prochains jours, en droite ligne de notre stratégie de résistance active et passive ». Il se dit déterminé à ne pas reculer. « Je ne trahirai pas. Je ne négocierai pas. Je ne capitulerai jamais. », a-t-il affirmé. Dans les quartiers populaires de Douala, Yaoundé, Bafoussam et Maroua, les réactions sont partagées. Certains saluent l’initiative comme un hommage nécessaire, d’autres expriment leur lassitude face à une crise qui s’éternise. « On veut la paix, pas des journées mortes qui nous affament », confie un commerçant du marché Mokolo. Les réseaux sociaux relaient des images de bougies et de drapeaux en berne, mais aussi des appels à la reprise des activités pour survivre. Ce 21 novembre, le Cameroun est suspendu entre mémoire et exaspération. L’appel à l’unité lancé par Issa Tchiroma résonne dans un pays fracturé, où la douleur des familles endeuillées se mêle à la fatigue d’un peuple pris en étau entre revendications politiques et réalités économiques.
Michel NONGA



