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Crise post-électorale: « Le Parlement ne peut rester indifférent »

L’honorable Jean Michel Nintcheu exige une commission d’enquête parlementaire sur les résultats de la présidentielle du 12 octobre 2025 et les violences qui ont suivi.

La crise post-électorale qui secoue le Cameroun depuis la proclamation des résultats de la présidentielle du 12 octobre 2025 prend une tournure dramatique. Alors que le Conseil Constitutionnel a déclaré Paul Biya vainqueur pour un huitième mandat, les contestations populaires ont été violemment réprimées. Dans une lettre adressée au président de l’Assemblée nationale, Cavayé Yéguié Djibril, l’honorable Jean Michel Nintcheu appelle à la création urgente d’une commission d’enquête parlementaire.« Face à cette crise ensanglantée, le parlement ne peut rester indifférent », écrit-il, dénonçant une situation « voulue, désirée et volontairement provoquée par les institutions en charge du processus électoral ». Il accuse Elecam, le Conseil constitutionnel, la justice et le ministère de l’Administration territoriale d’avoir ignoré les alertes des partis politiques, de la société civile et du clergé.

Le bilan humain est lourd. Le gouvernement, par la voix du ministre Paul Atanga Nji, a reconnu officiellement 16 morts et plus de 800 interpellations. Mais selon Human rights watch, la répression a été « meurtrière », avec des arrestations massives et des violations graves des droits humains. Des acteurs de la société civile évoquent jusqu’à 30 morts et près de 2000 interpellations. Nintcheu exige que la commission parlementaire établisse « la vérité sur le nombre précis de morts tués par balles et les circonstances exactes dans lesquelles sont intervenus tous les tirs à balles réelles ». Il évoque également « les allégations d’arrestations arbitraires, le recours à la torture, l’existence de milices et de centres de détention clandestins ».

Le spectre de la crise anglophone ressurgit

Dans son plaidoyer, Nintcheu rappelle le précédent de la crise anglophone, transformée en guerre civile faute d’enquête parlementaire. « Souvenons-nous que c’est à cause du refus obstiné du parlement de mettre en place une commission d’enquête sur la crise anglophone que celle-ci a été transformée en une guerre civile meurtrière et destructrice qui dure depuis bientôt 9 ans », écrit-il.Il met en garde contre une répétition de l’histoire, cette fois à l’échelle nationale. « Le refus de la mise en place de cette commission parlementaire serait une trahison du peuple en plus d’être une hostilité contre la Patrie », prévient-il, appelant chaque député à agir « indépendamment de son appartenance politique». La communauté internationale exprime son inquiétude.

L’Onu et l’Union européenne ont appelé à la retenue et à la transparence. Le président Paul Biya, lors de son investiture le 6 novembre, a promis que « l’ordre règnera ». Mais les opposants comme Issa Tchiroma Bakary, qui revendique la victoire, dénoncent un « gangstérisme d’État » et exigent la libération des détenus sous peine de « légitime défense du peuple ».Dans ce climat tendu, l’appel de Nintcheu résonne comme une alerte ultime. « La nation camerounaise est menacée dans son existence même si rien n’est fait pour faire triompher la vérité et la justice, seuls véritables gages d’une authentique paix, la paix démocratique », conclut-il. Le parlement est désormais face à ses responsabilités historiques.

Michel NONGA

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