
Depuis sa cellule, l’homme politique accuse des officiers de la gendarmerie d’enlèvement, torture et vol, dans une plainte explosive déposée au Tribunal militaire de Yaoundé.
Un mois après son arrestation controversée, Aloys Parfait Mbvoum, président national du Forum républicain et soutien du candidat Issa Tchiroma Bakary, a saisi le Tribunal militaire de Yaoundé pour dénoncer ce qu’il qualifie de dérives graves de la gendarmerie nationale. Dans une plainte formelle déposée le 2 décembre 2025, il accuse deux officiers de la légion de gendarmerie du Centre d’« enlèvement, torture, vol à mains armées et propagation de fausses nouvelles ». Ce document de trois pages, rédigé depuis sa cellule à la prison centrale de Yaoundé, jette une lumière crue sur les méthodes employées lors de son interpellation et de sa détention. Les faits remontent au 24 octobre 2025, au carrefour Nkolnda, dans la Mefou et Afamba. « J’ai été brusquement encerclé par une vingtaine d’individus armés. Aucun d’eux ne s’est identifié, et aucun document n’a été présenté », relate Mbvoum.
Il décrit une scène digne d’un film noir : insultes, bastonnade, menottage brutal, transport forcé sans explication. « J’ai été attaché comme un fou furieux », dénonce-t-il. Ce n’est qu’après un long trajet qu’il découvre qu’il est conduit à la légion de gendarmerie du Centre. Sur place, il affirme avoir été soumis à une pression intense par un adjudant-chef nommé Essomba, sans pouvoir contacter ni sa famille ni ses avocats. « Toute la procédure s’est déroulée en dehors du cadre légal prévu par le Code de procédure pénale », s’indigne-t-il. Les accusations portées contre lui sont lourdes : « hostilité à la patrie », « apologie du terrorisme », « incitation à la révolte ». Des chefs d’inculpation qu’il juge « surréalistes » et politiquement motivés.
Perquisition nocturne et des biens disparus
Trois jours après son arrestation, Mbvoum affirme avoir été extrait de nuit, « avant l’heure légale », sur ordre du colonel Joseph Désiré Nguele. Il est conduit à son domicile à 5h45 du matin pour une perquisition menée sans mandat, en l’absence de ses avocats. « Ma famille a été tirée du sommeil, et au moins 25 gendarmes ont investi notre maison », raconte-t-il. Il déplore la disparition de 5 millions de Fcfa, de bijoux appartenant à son épouse, de son ordinateur, de son cachet professionnel et même du manuscrit de sa thèse de doctorat. « Aucun de ces objets n’a été inscrit sur un procès-verbal », accuse-t-il, qualifiant l’opération de « vol à mains armées en bande organisée ». De retour à la légion, il est maintenu au secret pendant 35 jours, sans eau suffisante, sans nourriture régulière, sans accès à ses avocats et sans contact avec sa famille. Il affirme n’avoir signé aucun procès-verbal durant les deux premières semaines, et accuse les autorités d’avoir tenté de « régulariser » la procédure a posteriori. Il conteste également la fouille de son téléphone, dont les données auraient été consultées sans autorisation judiciaire, en violation des articles 92 et 245 du Code de procédure pénale.
Cette plainte intervient dans un contexte post-électoral tendu, marqué par la mort en détention d’Anicet Georges Ekane, président du Manidem, le 1er décembre, et l’arrestation de plusieurs figures de l’opposition, dont Dominique Djeukam Tchameni. Pour de nombreux observateurs, l’affaire Mbvoum illustre une dérive sécuritaire préoccupante et pose la question du respect des droits fondamentaux au Cameroun. « Ce n’est plus une enquête judiciaire, c’est une procédure à caractère politique », affirme Mbvoum, qui voit dans son arrestation une tentative d’intimidation contre les soutiens d’Issa Tchiroma Bakary. Placé en détention provisoire le 27 novembre, il attend désormais que justice soit rendue. « Pour l’heure, aucun des objets saisis à mon domicile ne m’a été restitué », conclut-il. Alors que le Tribunal militaire de Yaoundé examine cette plainte, l’affaire Mbvoum pourrait bien devenir un test majeur pour l’indépendance de la justice et la crédibilité des institutions dans un pays en quête de stabilité démocratique.
Serge Aimé BIKOÏ



