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Décentralisation: Les maires crient leur colère contre l’élite

Des centaines de communes risquent de perdre leurs crédits d’investissement 2026 à cause du refus de certains ministères d’appliquer les directives du Premier ministre. Une situation qui couve depuis des années et qui remet au goût du jour la problématique du transfert effectif des ressources aux communautés territoriales décentralisées (Ctd).

Un vœu pieux ? Cela en a tout l’air ! La décentralisation, présentée comme l’un des piliers du renouveau institutionnel par le président Paul Biya, est aujourd’hui confrontée à une grave crise de mise en œuvre. Depuis la promulgation du Code général des Collectivités territoriales décentralisées (Ctd), les communes et régions ont vu leurs compétences renforcées. Mais cette avancée est aujourd’hui menacée par des pratiques ministérielles jugées contraires aux instructions du Premier ministre. Le transfert des ressources aux Ctd devait s’appuyer sur un mécanisme transparent, aligné sur les priorités locales.

Le ministre de l’Économie de la planification et de l’aménagement du territoire, Alamine Ousmane Mey, a lui-même reconnu que « les pratiques actuelles de répartition des dotations, bien qu’ayant connu des avancées, présentent encore des insuffisances telles que les disparités persistantes entre territoires, l’inadéquation entre les allocations et les besoins réels des populations ». Pour y remédier, un guide méthodologique a été élaboré et validé par tous les ministères, visant à orienter les crédits d’investissement vers les secteurs prioritaires identifiés par les communes.

Manaouda et Ketcha Courtès au banc des accusés

Alors que les communes ont soumis leurs cinq secteurs prioritaires pour le budget 2026, certains ministères ont été plébiscités et ont reçu des crédits en conséquence. Mais au lieu de respecter les orientations locales, le ministère de l’Habitat et du développement urbain (Mindhu), dirigé par Célestine Ketcha Courtès, et le ministère de la Santé publique (Minsanté), sous la houlette de Manaouda Malachie, ont choisi de redistribuer les fonds à leur convenance. Selon des sources internes, le Minsanté aurait justifié son choix en affirmant que « les élus ne savent pas exercer les compétences transférées ». Une déclaration qui a provoqué l’ire des maires, dont certains se retrouvent privés de quatre crédits sur cinq, malgré leur conformité au guide méthodologique. Le Mindhu, pourtant dirigé par une ancienne maire, est accusé d’avoir affecté ses crédits à des communes qui n’avaient exprimé aucun besoin dans ses domaines de compétence. Cette situation crée une double injustice. Les communes favorisées par ces ministères reçoivent des crédits en dehors de leurs priorités, mais bénéficient aussi des dotations des ministères exemplaires comme le Minader, le Mintp, le Minepia, le Minedub, le Minepded et le Mincommerce. Pendant ce temps, les communes lésées voient leurs projets locaux compromis.

Le programme Imo, annoncé par le président Biya pour stabiliser la jeunesse et les femmes dans leurs localités, est censé être territorialisé. Mais sa mise en œuvre est compromise si les ministres continuent de gérer les crédits depuis leurs bureaux feutrés de Yaoundé. Ce programme, qui devait incarner une meilleure répartition de la richesse nationale, risque de ne jamais atteindre les territoires qui en ont le plus besoin. « Il y a lieu d’interpeller le président de la République et le Premier ministre qui doivent frapper du poing sur la table », déclare un élu local. La colère monte dans les rangs des maires, qui dénoncent une forme de sabotage institutionnel. Certains pointent du doigt l’attitude de Ketcha Courtès, qui « chante partout les louanges du Chef de l’État et nargue les gens d’être de la grande cuisine nationale », tout en refusant de transférer les compétences aux communes.

Les maires n’entendent pas se laisser faire

Face à cette crise, les maires n’entendent pas se laisser faire. Ils saluent l’engagement du ministre de l’Économie, Alamine Ousmane Mey et du ministre des Finances, Louis Paul Motaze, qui soutiennent la méthodologie du Premier ministre. En revanche, le ministre du Travail et de la sécurité sociale, Grégoire Owona, est vivement critiqué pour son opposition virulente au transfert des crédits. Selon plusieurs sources, son discours aurait frustré les élus, certains évoquant une mauvaise expérience de gestion de la commune de Ngomedzap. Ce blocage budgétaire pourrait avoir des répercussions électorales majeures.

La débâcle du Rdpc lors des dernières élections locales serait en partie liée à ces frustrations. Les citoyens, ne voyant pas les effets de la politique présidentielle dans leurs communes, se détournent du parti au pouvoir. Il est donc urgent que les parlementaires et les autorités centrales rétablissent l’équité et la transparence dans la gestion des crédits d’investissement. La décentralisation ne peut réussir que si elle est respectée par tous les acteurs de l’État. Le refus de certains ministres de concéder aux Ctd le droit de mener leurs politiques locales est une entrave directe à la démocratie territoriale. Le Cameroun ne peut se permettre que des combats souterrains viennent affaiblir la vision du président de la République.

Franck ESSOMBA

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