
Ce mercredi 14 janvier 2026, deux demi-finales se joueront comme des finales avant la finale, chacune portant ses défis tactiques et ses aspirations individuelles et collectives. Sénégal affronte l’Égypte à Tanger, et plus tard dans la soirée le pays hôte le Maroc défie le Nigeria à Rabat.
Sénégal – Égypte : Comme un air de déjà vu.
Le premier acte de cette soirée de football est une réplique du duel de la finale de 2021, où le Sénégal s’était imposé aux tirs au but face aux Pharaons. La copie est presque la même aujourd’hui : deux équipes profondément ancrées dans la mémoire collective du football africain, deux styles contrastés, et surtout des individualités qui transcendent leurs sélections. Le Sénégal de Pape Thiaw a brillamment navigué jusqu’en demi-finales, affichant une régularité exceptionnelle : invaincu depuis 15 matchs en CAN et avec une attaque qui a trouvé son rythme grâce à une combinaison de profondeur et d’expérience. Sadio Mané, aujourd’hui figure d’autorité plutôt que simple flèche d’attaque, demeure un passeur et un cerveau du jeu, avec un nombre d’assistances parmi les plus élevés du tournoi. Aux côtés de Mané, des joueurs comme Nicolas Jackson imposent leur présence en zone offensive, apportant rythme, mobilité et puissance de finition. Le collectif sénégalais n’est pas seulement une somme de talents : c’est une machine huilée où des milieux comme Pape Gueye dictent le tempo et où des latéraux polyvalents offrent des solutions multiples au pressing et à la transition.
En face, l’Égypte incarne une autre forme de défi. Avec Mohamed Salah, l’un des joueurs africains les plus accomplis de sa génération, les Pharaons ont une arme capable de changer une rencontre sur une accélération, un contrôle ou une frappe. À 33 ans, Salah continue de porter les espoirs de tout un pays, conscient que ce tournoi représente peut-être sa dernière grande chance de remporter une CAN — un titre qui manque cruellement à son palmarès individuel déjà exceptionnel. Son leadership est complété par Mahmoud Trezeguet, capable de déséquilibrer les défenses adverses et d’apporter une créativité essentielle dans les phases offensives. Tactiquement, ce Sénégal – Égypte oppose la robustesse structurée à l’efficacité pragmatique. Le Sénégal maîtrise souvent le ballon et impose son rythme, tandis que l’Égypte cherche à exploiter les espaces et à provoquer des ruptures via Salah. L’histoire récente de leurs rencontres penche légèrement en faveur des Lions de la Teranga, mais au football, chaque demi-finale a ses propres lois.
Maroc – Nigeria : hôtes dominants face à une machine offensive
L’autre demi-finale met en lumière des dynamiques tout aussi fascinantes. Les Lions de l’Atlas, portés par l’énergie du public marocain et l’aura de jouer à domicile, incarnent une équipe solide défensivement et pragmatique dans ses phases offensives. Leur parcours vers le dernier carré est marqué par quatre clean sheets, un exploit statistique qui dit tout du contrôle collectif et de la discipline tactique de l’équipe. Yassine Bounou, dans les buts, est devenu un mur contre lequel peu d’attaques ont su se frotter, tandis qu’au sommet de l’attaque, Brahim Díaz s’illustre comme l’un des buteurs clés du tournoi, trouvant le chemin des filets à cinq reprises.
Le Maroc n’accède à une demi-finale de Can que pour la troisième fois de son histoire, et la première depuis 2004. Cette présence seule est une victoire narrative pour un pays qui n’a jamais caché ses ambitions continentales, mais elle pèse aussi d’un poids considérable sur les épaules de ses joueurs. Le public, fervent et omniprésent, attend plus qu’une simple qualification en finale : il attend une première Can depuis 1976. Le Nigeria, en revanche, arrive dans cette rencontre avec une autre histoire : une attaque explosive, qui a inscrit 14 buts en cinq matchs — le meilleur total du tournoi. L’efficacité en zone offensive est incarnée par Victor Osimhen, toujours menaçant dans la surface, et soutenue par des profils rapides comme Ademola Lookman, capable de dynamiter des lignes défensives. Malgré des discussions tactiques autour d’une possible approche plus prudente, le Nigeria reste une force lourde, cherchant à imposer son rythme tout en exploitant les transitions rapides et la profondeur.
Tactiquement, ce duel oppose la discipline défensive marocaine à la puissance offensive nigériane. Le défi pour le Nigeria est de ne pas tomber dans le piège d’un tempo dicté par les hôtes, tout en conservant sa menace constante devant. Pour le Maroc, c’est l’occasion parfaite de confirmer que leur solidité collective peut renverser des attaques supérieures en talent individuel.
Les enjeux au-delà des 90 minutes
Au-delà des tactiques et des statistiques, ces demi-finales incarnent des enjeux humains et symboliques. Pour certains, c’est l’âge d’or qui porte encore ses héros; pour d’autres, c’est la relève qui s’affirme sur la grande scène. Pour toutes ces nations, une place en finale de Can est plus qu’un simple match : c’est l’affirmation d’une identité, la reconnaissance d’un travail collectif et l’opportunité d’écrire une page d’histoire. Qu’on les place côte à côte ou qu’on les scrute individuellement, ces deux rencontres promettent à la fois la dramaturgie des grands matchs, l’affrontement de styles footballistiques distincts et l’intensité émotionnelle qui fait de la Can l’un des tournois les plus passionnants du football mondial. Une chose est certaine : à l’issue de ces 90 minutes voire plus nous saurons quelles deux nations défendront leur honneur dans une finale attendue le dimanche 18 janvier à Rabat.
Moustapha BACHIROU



