
Le passage d’Issa Tchiroma Bakary dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, les 4 et 5 octobre, a fourni l’occasion aux responsables séparatistes de Clarifier leur position : aucun ne s’engage à apporter un soutien électoral à l’ancien ministre, aujourd’hui challenger de Paul Biya.
À Bamenda, samedi 4 octobre, Issa Tchiroma a assuré connaître Chris Anu, leader
séparatiste exilé aux États-Unis, et affirmé être en contact régulier avec lui : « c’est un
ami à moi ». Interrogé, Chris Anu, porte-parole autoproclamé du gouvernement
d’Ambazonie, reconnaît ces échanges mais prend soin de nuancer : « C’est un homme
politique qui a une personnalité aimable. C’est le genre de politicien avec qui vous pouvez diverger, mais après dormir avec lui dans le même lit sans avoir peur de ce qu’il pourrait vous faire ». Et d’ajouter clairement qu’il n’appellera pas à voter pour Issa Tchiroma.
Du côté des activistes en exil, la défiance est encore plus nette. Tapang Ivo Tanku,
connu pour ses positions intransigeantes et désormais installé aux États-Unis, a tourné
en dérision la tournée de Tchiroma à Bamenda dans une série de publications sur
Facebook, refusant d’accorder sa confiance à l’ancien ministre. Il accuse par ailleurs
Mark Bareta d’avoir supplanté la discipline séparatiste en appelant, selon lui, à
suspendre les « villes mortes » pour permettre un vote favorable à Tchiroma.
Communiqué fictif
Mark Bareta, qui est souvent présenté comme l’un des leaders modérés du
mouvement, s’en défend vigoureusement. Dans une déclaration, il dit avoir
simplement apprécié que les habitants de Bamenda soient sortis « pour se détendre » en
accueillant le candidat, et nie catégoriquement avoir appelé à une suspension
du lockdown : « Aucun leader ambazonien n’a appelé à la suspension du lockdown et à voter
Tchiroma », affirme-t-il. La polémique s’alimente aussi autour de communiqués
circulant sur les réseaux : un texte attribué à Bertin Kisob, sympathisant séparatiste
emprisonné depuis 2017, évoque un prétendu accord — que plusieurs acteurs
qualifient de « communiqué fictif ». Un autre document, présenté au nom des « leaders et
combattants de l’Ambazonie » et associé à la branche anglophone de l’Union pour le
Changement 2025 (qui soutient la candidature d’Issa Tchiroma), annonçait récemment
une trêve temporaire destinée à favoriser un vote en sa faveur dans les zones en crise.
Face à ces rumeurs, l’entourage du candidat reconnaît une part d’incertitude. Pour un
membre de l’équipe de Tchiroma, « il y a du vrai et du faux dans ce communiqué », mais il
refuse de démêler publiquement l’écheveau. Au final, le constat est net : malgré
quelques relations personnelles affichées et des communiqués contradictoires, aucun
leader séparatiste anglophone ne s’est engagé officiellement à soutenir Issa Tchiroma
Bakary, laissant la zone anglophone repliée sur sa méfiance et ses divisions à dix jours
du scrutin.
Source : S.B.B.



