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Diaspora au Bénin: Entre traditions, défis et ambitions, l’Afrique en vitrine

Le Comité des camerounais résidant au Bénin (Ccrb), longtemps inactif, a repris vie et se structure pour mieux défendre ses membres. Malgré la distance — le consulat camerounais se trouve à Abuja, à près de 800 km — la collaboration entre autorités et diaspora se renforce.

Quand on évoque les Camerounais à l’étranger, on pense souvent aux grandes métropoles occidentales comme Paris ou New York. Pourtant, plus de 65 % des migrations africaines se font à l’intérieur du continent, où la diaspora camerounaise est bien présente. Le Bénin, longtemps sous-estimé, accueille aujourd’hui plusieurs milliers de compatriotes — étudiants, commerçants, cadres — venus y bâtir une nouvelle vie. Cette présence s’inscrit dans une longue tradition. Il fut un temps où plus de 70 % du commerce régional des textiles féminins dans le golfe de Guinée était animé par les commerçantes camerounaises. Cette tradition perdure, mêlant savoir-faire, débrouillardise et attachement aux valeurs communautaires. Les Camerounais du Bénin s’adaptent et s’intègrent. Parfois avec humour, on dit même que « le vaudou a adopté les enfants du triangle national ». Mais au-delà de la plaisanterie, ils cherchent avant tout à réussir et à contribuer positivement à leur pays d’accueil. Depuis plusieurs années, la diaspora s’organise.

Le Comité des camerounais résidant au Bénin (Ccrb), longtemps inactif, a repris vie et se structure pour mieux défendre ses membres. Malgré la distance — le consulat camerounais se trouve à Abuja, à près de 800 km — la collaboration entre autorités et diaspora se renforce. Les défis restent nombreux. L’association rassemble universitaires, entrepreneurs, cadres d’Ong, et dirigeants de grandes entreprises. Leur poids économique est loin d’être symbolique : en 2024, les transferts d’argent de la diaspora camerounaise ont atteint 603 millions de dollars, soit plus de 362 milliards de Fcfa, environ 1,1 % du Pib national. Les actions concrètes témoignent d’un engagement fort. Par exemple, le Concours Miss Cameroun Bénin dépasse le simple événement culturel. La lauréate 2025 a mené une tournée de sensibilisation aux maladies cardio-vasculaires, alliant glamour et responsabilité sociale. Dans le milieu artistique, des figures comme Maasta Mc ou feu Hervé Tobago incarnent cette présence dynamique. Sur le plan culinaire, les restaurants camerounais font rayonner nos saveurs — on y déguste du ndolé comme à Douala ou la taro sauce jaune de Mbouda.

Vitalité associative

L’association a aussi mis en place une caisse de secours qui intervient à chaque décès d’un compatriote, offrant soutien et assistance. Sur le plan économique, des partenariats solides ont été noués avec des entreprises locales et camerounaises. Le Ccrb reçoit régulièrement la visite d’hommes politiques et d’affaires, signe de son importance stratégique. L’association collabore également avec les autorités béninoises pour mieux structurer sa présence. Saviez-vous qu’un camerounais est propriétaire d’une université au Bénin ? Cette réussite illustre l’intégration remarquable de nos compatriotes. Cette vitalité associative se manifeste aussi à travers les élections internes du Ccrb pour le mandat 2025-2030, prévues le 14 décembre 2025.

Le Comité d’Organisation a publié une liste unique de candidats : Mme Sikedi Djofang Victoire Aimée, candidate à la présidence ; M. Kouetche Prosper Paulin, candidat à la vice-présidence. Le sérieux du processus se voit dans le dépôt des dossiers complets et la caution réglementaire de 2 millions de Fcfa. Une preuve que cette diaspora veut désormais se gouverner avec rigueur. Le mandat de la présidente sortante et de son vice-président a été marqué par une dynamique renforcée, des actions concrètes et une structuration accrue de la diaspora. Leurs efforts pour renforcer l’unité, l’entraide et les partenariats sont incontestables. Les espaces de rencontre créés, la caisse de secours et la visibilité accrue témoignent d’un leadership solide.

Au Bénin pour renaître, conquérir, bâtir

Il est souhaitable que la communauté camerounaise au Bénin leur accorde de nouveau sa confiance pour poursuivre ce travail dans un esprit de continuité et de progrès. Pour Jean-Paul N., cadre dans une Ong locale, « La communauté camerounaise est soudée, solidaire, et joue un rôle clé dans l’économie locale. Mais elle doit encore se structurer pour peser davantage, notamment au niveau consulaire. » La participation aux élections présidentielles 2025 fut mitigée, faute d’un dispositif adapté à la diaspora. Ce constat doit alerter les autorités : le maillage consulaire doit évoluer. Le Minrex et le Minat doivent repenser leurs stratégies pour accompagner ces nouvelles routes migratoires intra-africaines.

Les Camerounais ne migrent plus comme il y a cinquante ans. Les grandes destinations traditionnelles cèdent du terrain à des pôles plus proches, accessibles et porteurs d’opportunités. À l’heure où le Cameroun parle de jeunes et de femmes au pouvoir, le président Biya devrait regarder du côté de la diaspora, notamment au Bénin, où les talents abondent. À ceux qui pensent encore que « partir, c’est mourir un peu », regardez ces camerounais du Bénin. Ils partent pour renaître, conquérir, bâtir. Ils partent pour faire vivre l’espoir — pour eux, leurs familles, et le Cameroun.

M.S.

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