
De l’Afrique coloniale à la Guerre froide, en passant par les crises maritimes, les guerres civiles et les nationalisations abruptes, plusieurs affrontements diplomatiques ont failli faire basculer l’équilibre des puissances mondiales.
« Fashoda : l’Afrique en sursis entre Paris et Londres »
Au tournant des années 1890, l’affrontement autour du contrôle du Nil mis en lumière la rivalité coloniale entre la France et la Grande‑Bretagne. En 1898, une expédition française commandée par le capitaine Jean‑Baptiste Marchand atteignit Fashoda, dans l’actuel Soudan du Sud, pour revendiquer un territoire stratégique de l’aire du Nil. Peu après, une force britannique sous le général Herbert Kitchener arriva en nombre très supérieur, ce qui transforma la confrontation en un bras de fer diplomatique. La France, exposée à un isolement diplomatique et face à la menace d’un conflit plus large, finit par retirer Marchand. Cet épisode marqua l’humiliation des ambitions françaises en Afrique orientale, mais fit aussi basculer les relations franco‑britanniques vers un rapprochement, ouvrant la voie à l’Entente Cordiale de 1904.
« Dogger Bank : la mer du Nord qui faillit allumer la guerre »
En pleine guerre russo‑japonaise, dans la nuit du 21 au 22 octobre 1904, une erreur tragique transforma des chalutiers britanniques en cibles de la flotte russe. Pensant qu’ils faisaient partie de la marine japonaise, les Russes ouvrirent le feu, coulant un bateau de pêche, tuant des civils et blessant plusieurs autres. L’incident — baptisé Dogger Bank incident — provoqua un choc international, menaçant de déclencher une guerre entre le Royaume‑Uni et l’Empire russe. Finalement, une commission internationale d’enquête fut formée et la Russie versa des réparations, désamorçant de justesse la crise.
« Le Trent Affair : quand la guerre de Sécession menaçait Londres »
En 1861, en pleine guerre de Sécession, la marine de l’Union intercepta un navire postal britannique, le RMS Trent, et y arrêta deux émissaires de la Confédération en route vers l’Europe afin de solliciter un soutien britannique. Cette prise, connue comme Trent Affair, provoqua l’indignation à Londres : le Royaume‑Uni, neutre, considérait l’acte comme une violation du droit maritime. Le gouvernement britannique menaça d’entrer en guerre. Finalement, confronté à une forte pression diplomatique, Washington libéra les deux diplomates, évitant ainsi un conflit direct.
« XYZ : le scandale des dessous-de-table entre Paris et Washington »
À la fin des années 1790, les relations entre les États-Unis et la République française furent secouées par un scandale diplomatique : les envoyés américains, venus négocier un accord commercial, furent reçus par des agents anonymes appelés X, Y et Z qui exigèrent des pots‑de‑vin avant toute discussion. L’affaire — baptisée XYZ Affair — suscita en retour une vague d’indignation Outre‑Atlantique, provoqua un sursaut nationaliste et mena à une quasi‑guerre navale entre Washington et Paris. Le scandale laissa des traces profondes dans la mémoire collective des deux nations, marquant un tournant dans leur diplomatie bilatérale.
« La Caroline : frontière incendiée, souveraineté ébranlée »
En 1837, à la suite d’une insurrection dans la colonie britannique du Haut‑Canada, des insurgés trouvèrent refuge sur une île du fleuve Niagara, soutenus par des sympathisants américains. Pour couper les vivres, une embarcation américaine, le Caroline, fut envoyée afin de ravitailler les insurgés. En représailles, un commando britannique traversa la frontière, captura la Caroline, la mit à feu et tua un Américain. Cet événement, connu sous le nom de Caroline affair, provoqua un tollé diplomatique entre les États‑Unis et le Royaume‑Uni, posant des questions fondamentales sur la violation de souveraineté et le droit international.
« Corfou : quand un canal presque déclencha la guerre froide »
Peu après la fin de la Seconde Guerre mondiale, en 1946, un enchaînement dramatique de faits dans le détroit de Corfu Channel engagea le Royaume‑Uni et l’Albanie dans une crise grave. Des navires britanniques furent d’abord canonnés par des batteries côtières albanaises, puis, en octobre, deux destroyers britanniques heurtèrent des mines dans le canal, causant la mort de 44 marins et de lourds dommages matériels. L’affaire connue comme Corfu Channel incident déboucha pour la première fois sous l’ère post‑guerre sur une procédure devant la International Court of Justice (Icj). En 1949, la Cour reconnut l’Etat albanais responsable, marquant un précédent fondamental en droit international maritime. Les relations diplomatiques restèrent rompues pendant près de cinquante ans.
Goupillés par M.B



