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Droit humanitaire et IA: Entre les machines et la vie humaine

Alors que l’intelligence artificielle (Ia) transforme en profondeur les domaines civils et militaires, l’Afrique entend peser de tout son poids dans le débat mondial sur sa régulation. C’est l’objet du colloque international qui s’est ouvert ce mardi 25 novembre à l’Université de Yaoundé II, organisé par le Comité international de la Croix-Rouge (Cicr).

Une nécessaire mise en garde face à la déshumanisation de la guerre ! La cérémonie d’ouverture, présidée par la ministre des Postes et Télécommunications, Minette Libom Li Likeng, a souligné l’urgence de la démarche. « À l’heure où l’IA transforme profondément les domaines civils et militaires, ce dialogue est essentiel pour assurer un développement technologique responsable et conforme aux valeurs humanitaires », a-t-elle déclaré. Cette rencontre vise explicitement à encadrer l’usage de la technologie, humaniser l’outil informatique et préserver l’homme au centre des décisions. Un impératif alors que l’avènement des technologies avancées pose des défis inédits au droit international humanitaire, ce corpus de règles qui régit la conduite des hostilités. Le processus de déshumanisation de la guerre, marqué par le remplacement progressif de l’homme par les machines, est au cœur des préoccupations. Les systèmes d’IA, notamment les armes autonomes, peuvent potentiellement mener des attaques sans intervention humaine directe, soulevant des questions cruciales sur leur capacité à distinguer les civils des combattants dans des contextes de guerres asymétriques, fréquents en Afrique.

Adapter le droit aux réalités du terrain

Pour trois jours, universitaires, officiers militaires, ingénieurs et acteurs humanitaires plancheront sur le thème : « Droit international humanitaire (Dih) et Intelligence artificielle : perspectives africaines ». La spécificité des conflits africains, où combattants et civils s’entremêlent souvent, rend l’application des principes fondamentaux du DIH – distinction et proportionnalité – particulièrement ardue. Le professeur Mathias Owona Nguini, vice-recteur de l’Université de Yaoundé II, a insisté sur cette dimension : « Les conflits africains sont souvent caractérisés par une grande vulnérabilité des civils et la participation d’acteurs non étatiques. L’introduction de l’IA dans ce contexte présente des implications spécifiques. Il est impératif que la régulation de l’IA dans les conflits armés soit abordée de manière inclusive, en tenant compte de nos réalités. » La question épineuse de la responsabilité en cas de violation du droit par une machine a également été soulevée. Si une arme autonome cause des dommages disproportionnés, qui est responsable ? L’utilisateur, le concepteur ou le système lui-même ? Autant de questions qui exigent des réponses claires et des cadres juridiques robustes.

Vers une gouvernance africaine de l’intelligence artificielle

Face à ces enjeux, le colloque se donne pour mission de formuler des propositions concrètes pour une régulation adaptée. Les travaux s’articuleront autour de dix axes thématiques, allant de l’impact de l’IA sur l’évolution du DIH à son rôle dans la désinformation en période de conflit, en passant par la protection des missions médicales. L’objectif est de permettre à l’Afrique de ne pas subir passivement ces transformations technologiques, mais d’y participer activement. « Pour que l’Afrique puisse participer activement à la gouvernance de l’IA, il est essentiel de renforcer les capacités locales en matière de recherche et développement technologique », peut-on lire dans la note de justification du colloque.

Les participants appelleront très probablement à un rôle accru de l’Union africaine et des organisations régionales pour élaborer des normes communes et porter une voix africaine unie dans les enceintes internationales, comme les Nations Unies. Alors que les technologies de l’IA progressent à un rythme effréné, ce colloque historique à Yaoundé représente une étape cruciale. Il s’agit ni plus ni moins pour le continent de s’emparer d’un débat d’une brûlante actualité pour garantir que le progrès technologique ne se fasse jamais au détriment de l’humanité, surtout en temps de guerre.

Moustapha BACHIROU

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