
La Salle de conférence de l’Unicef à Yaoundé a accueilli hier, la présentation officielle du Manifeste des filles du Cameroun, un plaidoyer puissant pour les droits, la dignité et l’avenir des adolescentes dans un pays où les défis demeurent immenses.
La Salle de conférence de l’Unicef à Yaoundé a vibré ce 3 décembre 2025 au rythme d’un événement d’une importance capitale : la présentation du Manifeste des filles du Cameroun, fruit de consultations menées à travers les dix régions du pays. Ce document, élaboré par plus de 5600 adolescentes dans le cadre du Mouvement des filles, appelle à des actions concrètes pour garantir l’éducation, la protection et l’autonomisation des jeunes filles camerounaises. Lors de sa prise de parole, Nadine Perrault, représentante de l’Unicef au Cameroun, a rappelé l’urgence de la lutte contre les mariages précoces, les abus sexuels et les discriminations systémiques. « Dans l’extrême nord, nous avons trouvé beaucoup de filles très jeunes, mariées ou enceintes, qui auraient aimé aller à l’école et réaliser leurs rêves. Dans le sud, les violences sexuelles dans les familles et les écoles poussent les filles à abandonner leurs études », a-t-elle déclaré.
Elle a insisté sur la nécessité de politiques différenciées, adaptées aux réalités locales, pour répondre aux défis spécifiques rencontrés par les filles dans chaque région du pays. Le Manifeste, remis officiellement à la ministre de la Promotion de la femme et de la famille, appelle à une « tolérance zéro » contre les pratiques néfastes comme les mariages forcés, les mutilations génitales et les violences sexuelles. « Nous exigeons des lois intransigeantes et des campagnes agressives pour éradiquer ces fléaux. Aucune exception, aucune excuse ! » Peut-on lire dans ce document poignant, rédigé par les jeunes filles elles-mêmes.
Des voix courageuses pour un changement durable
Les intervenantes de la conférence ont également mis en lumière les lacunes des politiques actuelles. Bell Essame Wendy, membre du Mouvement des filles, a dénoncé l’inaction face au mariage forcé malgré la loi de 2016 qui interdit cette pratique. « Les jeunes filles n’ont pas toujours la force de dire non à leurs parents. Elles ont besoin de personnes pour porter leur voix », a-t-elle souligné. Le Manifeste va plus loin en appelant à un investissement massif dans l’éducation des filles, clé pour briser le cycle de la pauvreté et des inégalités. « Une fille éduquée, c’est une communauté qui prospère », peut-on lire dans ce plaidoyer. Il demande également l’égalité d’accès aux opportunités professionnelles, technologiques, culturelles et sportives, ainsi que la formation des enseignants à la sensibilité au genre. Au-delà des revendications, le Manifeste propose des solutions concrètes. Les jeunes filles demandent au gouvernement de mettre fin à la clémence envers les agresseurs et de promouvoir des politiques nationales audacieuses en faveur de leurs droits. Elles appellent également leurs parents, enseignants et frères à devenir des alliés dans cette lutte. « Soutenez vos sœurs, vos amies. Ne fermez pas les yeux sur les défis auxquels nous sommes confrontées », implorent-elles dans le document.
Le Manifeste des filles du Cameroun, soutenu par des partenaires tels que Onu Femmes, l’Unfpa et le Hcr, s’inscrit dans une dynamique internationale en faveur de l’égalité des sexes et des droits des enfants. Il exhorte les Nations unies à exiger des engagements contraignants des gouvernements, tout en accompagnant leur mise en œuvre. À la fin de la conférence, les participantes ont unanimement souligné que ce Manifeste n’était qu’un début. « Nous avons commencé une conversation, mais elle doit continuer. Nos droits ne sont pas négociables », a martelé une représentante du Mouvement des filles. Avec ce document comme boussole, les filles du Cameroun espèrent non seulement survivre mais s’épanouir, dans un pays où elles représentent la majorité de la population jeune. Leur message est clair : il est temps d’agir.
Michel NONGA



