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Élection à la Fécafoot: La longue marche vers le 29 novembre…

Alors que l’assemblée générale élective de la Fédération camerounaise de football (Fécafoot) est prévue le 29 novembre 2025, le président sortant et seul candidat en lice, se heurte à une opposition frontale du ministère des Sports et de l’Éducation physique (Minsep). Ce dernier, invoquant des irrégularités dans le processus électoral et des risques pour l’ordre public, a demandé l’annulation de l’événement.

Pas le temps pour les oraisons funèbres relatives à la non-qualification des Lions indomptables au prochain Mondial américain. Moins de 24h après l’élimination de la sélection nationale fanion de football par la République démocratique du Congo (0-1) en demi-finale du tournoi des barrages à Rabat, Narcisse Mouelle Kombi, comme pour masquer sa part de responsabilité dans cette déconfiture, sort de son tiroir, le dossier des élections à la Fécafoot de qui il est attendu son Ok comme tutelle. Dans une volumineuse correspondance signée le 14 novembre, le Minsep enfile sa toge d’éminent juriste et envoie un missile sol-sol à Tsinga, marquant sa désapprobation quant à la poursuite du processus électoral en cours. «Il m’est impossible d’accéder à cette demande (…) Je réitère la nécessité pour vous de surseoir au processus électoral que vous avez initié et de prendre préalablement des mesures correctives, utiles et appropriées, promptes et adéquates, dans le souci d’aboutir à un processus électoral crédible, régulier, transparent et ouvert, conformément tant aux lois et règlements de la République qu’aux dispositions statutaires valides et pertinentes de la Fécafoot ainsi que de ses instances faitières internationales», instruit froidement le Minsep.

 Défiance récurrente

La réponse à la sollicitation du président de la Fécafoot est sans appel : pas de représentants de l’État pour cautionner son assemblée générale. Dans les bureaux de la Fécafoot, on serre les dents. Chaque mot est pesé, chaque virgule analysée. Le ministre accuse : « Processus électoral entaché de diverses irrégularités ». Du haut de sa stature de tutelle, Mouelle Kombi parle de « défiance récurrente ». C’est un affrontement direct, un duel au sommet où le langage diplomatique cache mal les tensions. La nuit suivante, un nouveau coup théâtral. Réponse du berger à la bergère, l’instance faîtière du football camerounais, n’entend pas jouer les béni oui-oui. Samuel Eto’o, balle au pied sur la pelouse de droit, rappelle au Minsep que la conduite du processus électoral relève exclusivement des organes statutaires de la Fécafoot et donc qu’une tentative de blocage s’apparenterait à de l’ingérence.

 « Mieux, « (…) Le rôle du Minsep, tel que défini par les textes, est d’observer et d’accompagner, non de conditionner ou d’orienter ; que l’absence volontaire de représentants du ministère ne saurait, en aucun cas, affecter la validité du scrutin, dès lors que les statuts ne confèrent au Minsep ni pouvoir de certification, ni droit de veto. (…) Je tiens à préciser que, conformément aux statuts et aux normes internationales, le déroulement des élections ne saurait être suspendu, retardé ou conditionné par une prise de position administrative étrangère à nos textes», envoie-t-il en pleine lucarne.

Atanga Nji en renfort

Ulcéré par cette réponse cinglante qui frise l’humiliation, Mouelle Kombi s’en va chercher du renfort en saisissant par voie de correspondance Paul Atanga Nji, son collègue de l’Administration territoriale. « J’ai l’honneur de solliciter de vos services compétents, sur toute l’étendue du territoire national, l’interdiction de toutes les Assemblées constitutives et/ou électives dans le domaine du Football, y compris celle projetée par la Fécafoot le 29 novembre 2025 à Mbankomo. Cette mesure conservatoire permettra d’envisager sereinement, avec tous les acteurs concernés, la possibilité de l’organisation à terme d’un processus électoral concerté, inclusif, apaisé et transparent. » Le ton est urgent, presque alarmiste : « Menaces à l’ordre public », « clubs et ligues fictifs », « exclusion ciblée ». On demande l’interdiction pure et simple de l’assemblée. C’est une manœuvre d’encerclement. L’État déploie ses armes pour bloquer celui qui refuse de se plier. Ce nouveau bras de fer ouvre une période d’incertitude. Le Cameroun, dont la loi n° 2018/014 du 11 juillet 2018 confère à l’État un droit de contrôle et de sanction sur les fédérations sportives (Art. 87-2), attend de voir qui en sortira victorieux.

Eto’o, le poker player

Pendant ce temps, Samuel Eto’o, en serial buteur, tient sa ligne. Le 14 novembre dernier, la Commission électorale publie sa liste. C’est un coup de maître : son nom apparaît seul, tous ses adversaires écartés pour « absence de parrainages » ou « documents manquants ». Les autres candidats ? Recalés. L’ancien buteur des Lions Indomptables reste le seul en piste. Plus encore, dans l’ombre, les soutiens se positionnent. Ses frères Etienne et David gagnent des postes clés dans les ligues régionales. Céline Eko, sa fidèle alliée, consolide sa position.

Chaque mouvement est calculé, chaque nomination stratégique. Eto’o construit son empire, pierre par pierre, défiant les avertissements de la tutelle. Le ministre des Sports et de l’éducation physique avait pourtant tiré la sonnette d’alarme dès le mois d’août dernier : « Prenez les dispositions idoines », avait-il ordonné. Mais Eto’o, comme un poker player qui mise tout, continue. Son calendrier électoral devient une marche forcée vers le 29 novembre. Rien ne semble pouvoir l’arrêter. Même pas l’État.

Partie d’échecs

Rendu à la veille de l’assemblée générale élective à la Fécafoot, deux visions s’affrontent. Celle du ministre, gardien de l’ordre établi : « mettre en place un cadre consensuel, inclusif, collaboratif et apaisé ». Et celle d’Eto’o, qui joue la carte de l’autonomie du football. Le ministre brandit la loi de 2018, ses articles 7 et 87, ses pouvoirs de suspension. Eto’o, lui, s’abrite derrière les statuts de la Fifa, le principe sacro-saint de non-ingérence. Les couloirs de Tsinga bruissent de rumeurs. Certains parlent de candidats évincés, de procédures douteuses. D’autres évoquent la main lourde de l’État, prêt à tout pour reprendre le contrôle.  Le 29 novembre prochain, au Centre d’Excellence de Mbankomo, l’histoire s’écrira. Soit Eto’o réussit son pari, soit l’État aura le dernier mot. Mais une chose est sûre : dans cette partie d’échecs où chaque coup est décisif, le football camerounais ne sortira pas indemne. The show must go on!

Christian TCHAPMI et Moustapha BACHIROU

2e mandat à la Fécafoot

Samuel Eto’o Fils en roue libre

À l’approche de l’Assemblée générale élective, l’homme qui a promis « redonner au football camerounais toute sa grandeur », se présente sans adversaire réel : il est en effet le seul candidat à la présidence de la Fédération, dans un climat institutionnel tendu et sous le feu des critiques.

Depuis l’annonce de la liste des candidatures, il apparaît clairement que Samuel Eto’o Fils se dirige vers un second mandat à la tête de la Fédération camerounaise de football sans rencontrer de concurrence. La commission électorale a validé uniquement sa candidature, rejetant celles de Heumo Leudjeu Yianick, Georges Kalgong et Oumarou Moussa.  Cette situation renforce l’idée que l’élection du 29 novembre pourrait n’être qu’un formalisme, éloigné d’un véritable duel démocratique. La tension monte par ailleurs entre la fédération et l’État. Le ministre des Sports, Narcisse Mouelle Kombi, a demandé à suspendre le scrutin, évoquant des « irrégularités flagrantes » et des risques de trouble à l’ordre public.  De son côté, Eto’o rejette cette pression et maintient l’élection à la date prévue, affirmant l’autonomie de la Fécafoot et son droit à gouverner sans ingérence ministérielle.

Un scrutin sans concurrence réelle

Le fait qu’Eto’o soit seul candidat n’est pas une coïncidence faible : les trois autres aspirants ont vu leurs dossiers recalés pour des motifs divers.  Cette absence d’adversaire authentique interroge : s’agit-il d’une fatalité, d’un effacement volontaire de la concurrence, ou d’une stratégie plus calculée du président sortant pour verrouiller le processus électoral ? Pour certains, la mise en place de règles électorales remodelées pendant son premier mandat facilite ce chemin sans obstacle. Le contexte du pouvoir est également renforcé par des précédents favorables : Eto’o a déjà été soutenu par la justice sportive — le Tribunal arbitral du sport (Tas) a annulé une décision de la Caf l’excluant d’une élection, ce qui a légitimé sa posture dirigeante.  Par ailleurs, à l’interne, des divisions persistent au sein de la Fécafoot, des clubs exprimant leur frustration face au manque de transparence et à la gouvernance jugée trop centralisée.

Le caractère unilatéral de cette campagne électorale suscite des questions sur la légitimité de la future réélection. Si la date du 29 novembre est maintenue, l’élection pourrait être perçue comme un plébiscite plus que comme un véritable vote, ce qui fragilise la dynamique démocratique au sein de l’instance. L’enjeu n’est plus seulement de reconduire Eto’o : il s’agit de savoir s’il parviendra à convaincre de son projet, à répondre aux critiques et à reconstruire une confiance affaiblie. Dans ce contexte, l’absence d’adversaire ne garantit pas un avenir serein. Bien au contraire, elle pourrait amplifier les antagonismes internes et les reproches sur son mode de gouvernance. Le chemin vers un second mandat est peut-être tracé, mais il n’est pas exempt d’obstacles — surtout si les acteurs du football camerounais et les institutions étatiques continuent de juger que la compétition démocratique fait défaut.

M.B.

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