
Dans une communication commune rendue publique le 10 novembre 2025, le Service civil pour la paix Cameroun exprime ses inquiétudes sur l’état des libertés, de la cohésion nationale et de la gouvernance, et interpelle l’ensemble des acteurs publics et politiques.
Le Service civil pour la paix (Scp/Pplm) Cameroun a rendu publique, le 10 novembre 2025, une communication conjointe sur la situation de l’espace civique et politique dans le pays. Dans ce document, les organisations signataires disent leur inquiétude face à l’évolution du climat national. « Nous, soussignés, membres du Service civil pour la paix (Scp/Pplm) Cameroun, exprimons notre profonde préoccupation face à la situation actuelle de l’espace civique au Cameroun », peut-on lire. Le réseau appelle « à une paix durable entre les Camerounais.es, fondée sur la justice, la vérité, des institutions fortes et le respect scrupuleux des droits humains et des libertés fondamentales ». Le Scp/Pplm Cameroun se présente comme « un réseau d’organisations confessionnelles et de la société civile » engagé depuis plusieurs années dans « la consolidation de la paix, la transformation des conflits et la prévention de la violence, en s’appuyant sur la participation citoyenne et la cohésion communautaire ».
Dans sa communication, le réseau évoque un climat national fragilisé par plusieurs facteurs. « Les remises en cause de la légitimité du pouvoir, les tensions politiques et sociales, ainsi que les atteintes répétées aux libertés fondamentales, ont progressivement érodé la confiance des citoyen.nes dans les institutions et fragilisé la cohésion nationale », indiquent les signataires. Ils ajoutent que « ces crises, marquées par des violences, des pertes en vies humaines et des déplacements, menacent la stabilité et la paix sociale, accentuant le sentiment d’incertitude et de désespoir au sein de la population ».
Des observations sur l’état du vivre-ensemble
Dans la rubrique consacrée à leurs observations, les membres du Scp/Pplm Cameroun relèvent « l’insuffisance d’un dialogue franc et inclusif au sein de la classe politique », estimant qu’elle « alimente l’intolérance, la polarisation et le sectarisme, empêchant la recherche de consensus dans l’intérêt supérieur de la nation ». Le réseau évoque également « le fossé grandissant entre les citoyennes et les institutions », un facteur qui, selon lui, « nourrit la méfiance, la frustration et le désengagement civique ». Le document mentionne aussi « des cas de restriction de l’espace civique » qui « affaiblissent la participation citoyenne et menacent le développement démocratique ». À cela s’ajoute « la perte de confiance envers les institutions publiques et certains responsables », laquelle « renforce la perception d’un déficit d’équité et de transparence ».
Le Scp/Pplm attire également l’attention sur « la montée d’un discours de haine, de violence et de résignation, amplifié par les médias et les réseaux sociaux », y voyant « le désarroi d’une population en quête d’espoir et de justice ». Enfin, il fait état de « l’autoritarisme et le manque de redevabilité de certains agents publics et acteurs économiques », qui « sapent les principes de gouvernance, de transparence et de bien commun indispensables à la stabilité et à la croissance du pays ».
Un appel adressé aux pouvoirs publics
S’adressant au gouvernement et aux institutions publiques, le Scp/Pplm Cameroun appelle à « renforcer l’unité nationale par des actions de paix fondées sur la justice, la vérité et la confiance mutuelle ». Le réseau invite également à « engager un dialogue plus inclusif et constructif pour prévenir les crises et résoudre pacifiquement les différends ». Parmi les autres requêtes formulées, figurent la nécessité de « garantir la liberté d’expression, d’association et de manifestation pacifique, dans le respect des lois et des droits fondamentaux », ainsi que celle de « réviser le cadre électoral pour renforcer la transparence et la crédibilité des processus démocratiques ». Le Scp/Pplm demande aussi d’« assurer l’intégrité, la redevabilité et l’efficacité des institutions publiques » et de « renforcer la lutte contre l’impunité, la corruption et l’abus de pouvoir, et appliquer rigoureusement les sanctions prévues par la loi ». Il rappelle enfin l’importance de « mettre en œuvre les instruments régionaux et internationaux relatifs aux droits humains ratifiés par le Cameroun ».
Interpellation des forces de défense et de sécurité
À l’endroit des Forces de défense et de sécurité, le réseau plaide pour « un professionnalisme accru et plus efficace, de la retenue et le respect de la dignité humaine dans leurs interventions ». Il recommande également de « promouvoir une compréhension équilibrée de la sécurité nationale et publique, évitant tout abus ou usage excessif de la force ». Le collectif invite les partis politiques et les leaders d’opinion à « placer l’intérêt supérieur de la nation au-dessus des considérations partisanes ». Il les exhorte à « promouvoir la tolérance, la non-violence et le dialogue constructif » et à « encourager une culture politique fondée sur la transparence, la responsabilité et la participation citoyenne ». Le réseau appelle aussi à « prévenir tout discours ou comportement incitant à la haine ou à la division ».
Dans sa communication, le Scp/Pplm Cameroun s’adresse enfin à la société civile et aux citoyens, les appelant à « renforcer la vigilance civique et la participation responsable à la vie publique ». Il les invite à « promouvoir et encourager la solidarité, le dialogue et le vivre-ensemble, en rejetant toute forme de manipulation ou de discours haineux » et à « s’engager pour la défense pacifique des droits fondamentaux, la justice sociale et la bonne gouvernance ».
Moustapha BACHIROU



