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Exclusion: Quand la Lékié s’efface des arcanes du Pouvoir

La nomination par le Chef de l’Etat, de Marie Claire Dieudonnée Nseng Elang, le 20 novembre dernier, comme procureur général près la Cour suprême du Cameroun, en remplacement du défunt Luc Ndjodo, est venu remettre au goût du jour ce que beaucoup qualifient de marginalisation progressive que connaît ce département depuis quelques temps. Enquête !

Oubliée, abandonnée, lâchée, délaissée, ignorée, clouée sur le banc de l’espoir et de l’espérance… La nouvelle de la nomination, le 20 novembre dernier, d’un nouveau procureur général près la Cour suprême du Cameroun a fait l’effet d’une douche froide dans le département de la Lékié. Non pas que les populations dudit département voient d’un mauvais œil la nomination de la haute magistrate, dame Nseng Elang Marie Claire Dieudonnée, à ce poste en remplacement de Luc Ndjodo, natif de la Lékié, décédé le 1er août 2025. Que non ! A en croire certains caciques du régime Biya, la Lékié se désole plutôt de la perte progressive de ses positions de pouvoir dans la machine administrative et institutionnelle. « Nous sommes inquiets de ce qui nous arrive. La Lékié, chaque jour, perd des positions majeures dans l’appareil étatique », déclare un cadre local du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc), ayant requis l’anonymat.

La progressive invisibilité de ce département dans les arcanes du pouvoir, commence à gagner en épaisseur. Le 21  décembre 2018, le haut magistrat Marc Ateba Ombala,  président de la chambre des comptes de la Cour suprême décède dans le quartier Emana, à Yaoundé. Ce natif de la Lékié qui aura passé dix ans à la tête de cette institution meurt à l’âge de 67 ans.  Suivant la règle non écrite de management des institutions et administrations publiques au Cameroun, le département de la Lékié s’attend à voir un autre de ses fils lui succéder. Peine perdue. En août 2020, par décret présidentiel, Yap Abdou remplace Marc Ateba Ombala. C’est la désillusion pour ce département.

Frustrations

Des cas les plus emblématiques, la Lékié connaitra le même sort lors de la disparition de l’honorable Jean-Bernard Ndongo  Essomba. Le 17 mars 2023, le « roi du cacao » meurt des suites de maladie à l’hôpital général de Yaoundé. A sa mort, il occupe les postes de Chef de la délégation permanente régionale du comité central Rdpc pour le Centre et président du groupe parlementaire Rdpc à l’Assemblée nationale. Roger Melingui, député de la circonscription de la Mefou et Afamba le remplace à la tête du groupe parlementaire, malgré toutes les tractations des fils et filles de la Lékié voulant voir le frère succéder au frère, suivant une certaine coutume. Le patriarche Gilbert Tsimi Evouna, du Mfoundi, le remplace à la tête de la délégation permanente régionale du Comité central Rdpc pour le Centre. Les cas sont devenus légion. La liste des frustrations commençant déjà à faire long, au goût des filles et fils de ce département.

Il reste tout de même que le cas de Hubert Mono Ndjana reste encore vif dans la mémoire collective. « Mono Ndjana fut l’un de nos meilleurs intellectuels qui se consacra à nourrir le régime sur le plan idéologique. Mais, il n’a jamais rien reçu du régime en contrepartie si ce n’est l’humiliation », confesse un philosophe originaire de la Lékié.  Le philosophe mort le 16 novembre 2023 à Yaoundé, présenté par le panafricain Jeune Afrique comme l’idéologue de Paul Biya, a nourri de sa pensée le Renouveau national. C’est ainsi qu’en 1985, il publia L’idée sociale chez Paul Biya. Au soir de sa carrière professionnelle, il est défenestré du département de philosophie de l’université de Yaoundé I comme un paria. D’ailleurs, même mort, à cause des services rendus au régime,  il fera l’objet de quolibets de la part de ses contempteurs. Maurice Kamto dira regretter « qu’une telle vivacité intellectuelle fut mise au service d’une mauvaise cause. »

Revendications légitimées

Si l’idée de République peut être mobilisée pour contrarier cette posture de la Lékié, il n’en demeure pas moins que les revendications de ce département ne sauraient totalement être farfelues. « Elles s’inspirent de notre coutume managériale. Au Cameroun, il est des entreprises publiques et des ministères qui sont la propriété exclusive de certaines communautés ou familles. Jusqu’ici, cela n’a jamais fait l’objet d’une quelconque car relevant du normal. Les revendications des fils et filles de la Lékié se fondent et sont légitimés par le score de ce département en faveur du président Paul Biya », croit savoir un ancien ministre. Le paradigme de l’ancien premier Achidi Achu suivant lequel : « politik na njangui » s’impose alors comme le principal ressort de cette revendication.

Marlyse SIBATCHEU

Focal

L’ami fidèle de Paul Biya à quel prix ?

La réalité étouffe. Même les plus irréductibles soutiens du Renouveau national et donc de Paul Biya, dans la Lékié, commencent déjà à s’interroger sur les dividendes que lui procurent sa loyauté et sa fidélité à l’homme-lion. « On a de plus en plus l’impression que le département est dans un jeu de dupes. La Lékié donne, donne et donne, sans conditionnalités préalables. Mais en retour, rien à mettre dans le grenier. D’ailleurs, ses petits acquis se volatisent.  Le temps passant, on croit être à la fin de l’idylle avec le Maître des horloges », tempête un cacique du Rdpc et natif de Monatélé.  La fidélité et la loyauté de ce département à l’égard de Paul Biya restent pourtant incontestable. Elle a encore donné à voir cela lors de l’élection présidentielle du 12 octobre 2025. Paul Biya a réalisé un score de 91, 39% contre 53,66%, enregistré par le candidat au niveau national. Soit un écart de 37, 73 points. Par ailleurs, le taux d’abstention y a été de 7,19% dans la Lékié alors que dans l’ensemble du pays, il était de 42, 24%. Une preuve supplémentaire de la loyauté de ce département aux institutions républicaines et à celui qui les incarne. Mieux, « les performances du département n’impressionnent pas que du point de vue des statistiques en valeurs relatives. En valeurs absolues, la circonscription administrative détient le maillot jaune dans le grand Sud (régions du Centre, Sud et Est) », argue un ancien cadre d’entreprise natif d’Obala. En effet, dans les départements de ces régions où Paul Biya a enregistré un score supérieur ou égal à 50%, la Lékié vient en tête avec 135 236 suffrages valablement exprimés en faveur du N’nom gui.

M.S. 

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