
Ces cinq derniers mois, des centaines de mètres cubes de bois débités et en grumes ont été saisis par l’administration forestière.
L’image est saisissante. L’enceinte de la délégation régionale des forêts et de la faune (Minfof) de l’Est à Bertoua, a des allures de scierie à ciel ouvert. Planches, madriers et grumes s’empilent de part et d’autre en monticules. Ces centaines de mètres cubes de bois sont les trophées visibles de la lutte acharnée que mène l’administration forestière contre l’exploitation illégale qui mine les forêts de cette région depuis des décennies. « Actuellement, nous avons entre 1000 et 1500 m³ de bois débités dans la cour », informe Ombolo Tassi Engels Edding, délégué régional du Minfof. Pour mesurer l’impact du phénomène sur la forêt ajoute-t-il, il faut multiplier ce volume par 2,5 pour estimer l’équivalent en bois ronds, soit l’abattage de plusieurs centaines d’arbres. Selon notre interlocuteur, « ces bois issus principalement des départements du Lom-et-Djèrem, du Haut-Nyong et de la Kadey, proviennent de saisies opérées entre les mains d’acteurs non agréés, en violation du code forestier ».
Conformément au nouveau Code forestier de 2024, ces bois saisis constituent le « corps du délit » et ne peuvent être vendus aux enchères par l’État qu’après l’accord préalable du Procureur de la République. Une procédure qui malheureusement, peut prendre six mois à un an. « Lorsque les accords viennent six mois ou un an après, ce n’est pas intéressant. Les bois se dégradent et perdent leur valeur économique sous l’effet combiné des intempéries. Et c’est une perte énorme pour l’État », déplore l’administration forestière. Pour tenter d’accélérer le processus, le délégué régional du Minfof dit avoir sollicité le Procureur général, afin d’instruire les quatre Procureurs de la République de la région pour plus de célérité dans les procédures.
Un phénomène endémique et lucratif
En réalité, les bois saisis ces cinq derniers mois par la délégation régionale du Minfof ne sont que la partie visible d’un phénomène profondément enraciné dans la région. Car ces saisies s’ajoutent à bien d’autres plus importantes. Rappelons qu’en 2019, les recettes générées par la vente des bois saisis et les amendes à l’Est s’élevaient à près de 80 millions de francs Cfa. Dans cette région, les principales infractions répertoriées par l’administration forestière vont de l’exploitation en grume non autorisée à l’abattage sans droit dans les forêts communautaires, en passant par l’exploitation d’essences protégées et la non-délimitation des zones de coupe autorisées.
Pauvreté, analphabétisme et corruption
Selon certaines Ong locales, cette criminalité forestière prospère sur un terreau social fragile. Les contrevenants profitent généralement de la misère ambiante, de l’analphabétisme des populations et de la corruption pour faire fortune. Cette corruption souvent évoquée mais difficile à prouver, vient saper à la fois la lutte que mène le Minfof contre le trafic, et la bonne fin des procédures judiciaires. Néanmoins, l’administration forestière annonce des mesures de modernisation. Un Système de traçabilité des bois (Sigif 2), adopté dans le cadre d’un accord avec l’Union Européenne, est présenté comme une solution efficace pour mettre fin aux fraudes, notamment sur les documents de transport du bois.
Ange-Gabriel OLINGA BENG



