
Depuis quelques jours une certaine polémique enfle au sujet d’un supposé pillage de l’or exploité par des sociétés aurifères écrans et prêtes noms des pontes du régime de Yaoundé. Le dernier cas en date celui où le nom de la fille du Directeur adjoint du cabinet civil est cité comme faisant partie d’une plaque tournante qui trafique de l’or camerounais à Dubaï.
La question n’est nullement de nier qu’il existerait des exploitations mafieuses de l’or camerounais ; l’enquête menée par « Un Comtrade » stipule que le phénomène n’est pas typiquement camerounais, mais répandu dans plusieurs pays africains, notamment au sujet des quantités effectivement exploitées et celles qui sont officiellement déclarées. Le gap est souvent énorme au point où il est urgent pour les pays africains de prendre conscience du phénomène et de poser des jalons ainsi que des mécanismes de contrôle et de traçabilité desdites exploitations, de telle sorte que cela profite à l’ensemble des populations du Camerounais en termes de retombées du développement. De toute évidence, le sujet est posé en matière d’or tout comme il en est pour ce qui concerne l’exploitation pétrolière, le bois, la banane, et d’autres exploitations minières. Sur le Continent africain, le phénomène des écarts constatés entre les quantités déclarées et celles réellement exportées est abyssal. Un rapport de l’organisme onusienjj UN Comtrade Swissaid pour l’année 2024 fait état d’environ 210 tonnes d’écart constatés dans 07 pays (Ouganda, Rwanda, Soudan, Lybie, Tchad, Ghana, Togo).
Face à cette situation, le gouvernement camerounais via le Ministère des mines, de l’industrie et du développement technologique entend faire des clarifications à partir de ce mois de janvier 2026. Ainsi donc le Pr Fuh Calistus Gentry (Minmidt) annonce des mesures fortes pour consolider la tendance haussière des réserves d’or du Cameroun : fermeture annoncée de certains sites artisanaux non conformes, renforcement des capacités de la Sonamines, contrôle à distance de la production et développement de la mine industrielle pour mieux anticiper sur leur transformation sur place et sécuriser les volumes.
Compilation des données
Sur l’écart entre les quantités déclarées et celles exportées, nous avons ci-dessous l’extrait d’un rapport de l’organisme onusien « UN Comtrade Swissaid » qui présente l’ampleur du phénomène sur le continent africain. Comparativement à ces pays, le cas du Cameroun serait même mineur. Selon la revue UN Comtrade Swissaid, pour la seule année 2024, la situation est la suivante dans 07 pays :
– Au Soudan, l’écart entre les déclarations et les importations est de 29 tonnes.
– Au Togo, cet écart est de 32 tonnes d’or
– La Lybie se retrouve avec un écart de 97 tonnes
– Tchad, l’écart observé en 2024 est de 28 tonnes …
– Rwanda entre le déclaré et l’exporté, on est à 19 tonnes d’écart….
– Ghana 80 % de l’or exploité échappe au circuit formel…
– Ouganda le chiffre entre les produits déclarés et ceux exploités est de 9 tonnes d’or…
Ces chiffres démontrent à suffisance que les écarts entre les quantités déclarées et les quantités importées ne sont pas un phénomène typiquement Camerounais bien au contraire et selon les experts, les mesures de sauvegardes implémentées par le gouvernement camerounais à partir de janvier 2026 via le Minmidt pourront faire du Cameroun le leader mondial en matière de captation des ressources aurifères. Ces experts affirment par la même occasion que la difficulté pour les gouvernements se trouve au niveau des moyens de contrôle ; ils le disent d’autant plus c’est de l’or brut qui sort des exploitations minières, lesquels bruts sont exportés pour être nettoyés, transformés afin d’être introduit dans le circuit des réserves et changes.
Il faut dire que la base de données Comtrade des Nations Unies regroupe des statistiques détaillées annuelles et mensuelles sur le commerce mondial par produit et par partenaire commercial à l’usage des gouvernements, des universités, des instituts de recherche et des entreprises. Les données compilées par la Division de statistique des Nations Unies couvrent environ 200 pays et représentent plus de 99 % du commerce mondial des marchandises. Les informations peuvent être extraites dans une variété de formats, y compris les outils de développement d’Api pour l’intégration dans les applications et les flux de travail de l’entreprise. Les abonnés ont accès à des fonctionnalités supplémentaires pour améliorer l’efficacité et la spécificité de la recherche.
Rodrigue TCHOKOUAHA



