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Extrême‑Nord: Kidnappings, enlèvements :  périple sous haute rançon

Depuis le mois d’août 2025, la route reliant Kousseri à Maroua par Zigagué, dans l’arrondissement de Waza est redevenue un terrain de chasse pour des ravisseurs armés. Les récits de bus interceptés, de passagers enlevés ou exécutés, et de rançons exigées s’accumulent, semant la peur parmi les populations. Malgré les promesses d’un retour progressif à la sécurité, la réalité du terrain paraît bien différente : l’ombre de Boko Haram plane à nouveau sur l’ExtrêmeNord, ravivant les traumatismes dhier.

Une vague d’enlèvements sans précédent en 2025. Le 14 août 2025, un bus assurant la liaison Kousseri–Maroua a été intercepté dans le tronçon Zigagué–Salé. Selon un conseiller municipal de la commune de Waza, onze passagers, hommes pour la plupart  ont été emmenés de force par des hommes armés supposés appartenir à Boko Haram. Les femmes ont été relâchées, mais la localisation des otages restait, dans un premier temps, inconnue. D’autres sources évoquent que parmi les otages figureraient cinq enfants d’une même famille. Une rançon de 50 millions de Fcfa avait été demandée pour leur libération.

Quelques jours plus tard, des annonces officielles ont fait état de la libération de certains otages grâce à l’intervention conjointe des forces de sécurité et de la population locale. Ces libérations ont eu lieu après des opérations menées par le bataillon d’intervention rapide (Bir), la gendarmerie et la police.  Mais l’épisode n’est pas isolé : selon un rapport publié en octobre 2025, environ 174 enlèvements ont été recensés dans l’Extrême-Nord entre janvier et août — un chiffre qui témoigne de la persistance d’un phénomène dramatique.

Entre peur, rançon et impuissance : le cri des communautés

Dans les villages comme Zigagué ou autour de Waza, les habitants vivent désormais dans la crainte permanente de ne jamais revenir d’un voyage. Les chauffeurs de camions ou de bus, les convoyeurs, les éleveurs, les populations pastorales qui empruntent régulièrement l’axe Kousseri–Maroua sont devenus des cibles faciles. Depuis plusieurs années, les enlèvements contre rançon souvent liés au trafic transfrontalier, aux transhumances, ou aux déplacements de commerçants, se sont multipliés, selon les analyses d’organismes spécialisés. Un notable d’un village de l’Extrême‑Nord, acceptant de témoigner sous anonymat, confie que « depuis la crise postélectorale, on sent comme un relâchement de la sécurité sur les routes ». Il explique que les convois, les bus, les camions de marchandises sont constamment surveillés, que certains chauffeurs préfèrent éviter l’axe après 16 h, d’autres renoncent à voyager. « Ceux qui s’aventurent le font à leurs risques et périls », dit-il, « on a l’impression que la région est abandonnée ».

La peur, la méfiance, la détresse des familles contraintes de négocier avec des ravisseurs, les rumeurs de rançons versées en catimini, tout cela nourrit un climat d’insécurité latent. Même lorsque certains otages sont libérés, le traumatisme reste : pour eux, pour leurs proches, et pour une population qui ne sait plus à qui se fier pour assurer sa sécurité.

Temoignage: un survivant raconte

À ce triste tableau s’ajoute le témoignage de Djoubaïrou Mamoudou, chauffeur de camion, dont l’histoire illustre l’horreur vécue par les transporteurs de l’axe Waza–Kousseri–Maroua. Parti de Maroua le 16 septembre 2025 pour rejoindre Kousseri avec une cargaison de produits vivriers, il n’a jamais rejoint sa destination à l’heure prévue. Dans la nuit, son véhicule a été intercepté non loin de Zigagué‑Salé. Il raconte qu’après l’interception, les ravisseurs ont d’abord contrôlé l’identité des convoyeurs, puis séparé le chauffeur des autres passagers, confisquant leurs documents et téléphones. Durant les jours qui ont suivi, il a été conduit en brousse, sans eau potable suffisante, sans nourriture correcte, avec d’autres otages et contraint d’attendre des ordres. « On nous disait chaque jour de rester tranquilles, que la famille allait payer la rançon », confie‑t‑il.

Après 67 jours de captivité à une vingtaine de kilomètres de la frontière nigériane, selon lui sa libération est intervenue suite au paiement d’une rançon, négociée en secret par sa famille, sans aucune aide de l’État. « Quand je suis revenu, c’est comme si je renaissais. Mais je ne suis plus le même », dit‑il, amer. Les factures de soins pour traiter les séquelles physiques et psychiques pèsent lourdement sur sa famille. Ce cas n’est pas isolé. D’après des sources d’alerte humanitaire consultées, en 2025, la route nationale N°1 est désormais classée comme l’un des axes les plus dangereux du pays. Des dizaines de chauffeurs, convoyeurs, commerçants disent renoncer à emprunter l’axe, ou n’acceptent de le faire qu’en convoi, sous escorte, ou en payant des « droits de passage » aux populations locales ; un système informel et périlleux mais jugé nécessaire pour survivre.

Moustapha BACHIROU

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