
Seul candidat en lice à la tête de la Fédération camerounaise de football, le président sortant a été réélu pour un nouveau mandat de quatre ans. Avec 85 voix sur 87, l’ancien goléador des Lions Indomptables décroche un plébiscite à 97,7%, dans un contexte marqué par des attentes fortes pour le football camerounais.
Le verdict est sans appel : 85 suffrages en sa faveur sur les 87 votants, deux bulletins nuls, aucune voix contre — un score remarquable qui consacre une quasi‑unanimité. Mais le chiffre, aussi flatteur soit‑il, ne dit pas tout. Car cette réélection de Samuel Eto’o survient dans une atmosphère inhabituellement tendue. À moins de deux semaines du scrutin, le ministère des Sports avait demandé la suspension de l’Age, évoquant des « irrégularités flagrantes », des suspensions de clubs et l’exclusion de certains acteurs du processus. Malgré cette mise en garde, le vote a bel et bien eu lieu validé par le représentant du ministère de l’Administration Territoriale, ce qui a annulé l’objection ministérielle sur le plan institutionnel.
La Fécafoot justifiait cette détermination en brandissant la présence de représentants de Fifa et de Caf, chargés d’assurer la transparence du processus. Pour ses partisans, c’est là un gage que les statuts fédéraux et les principes d’autonomie défendus par les instances mondiales du football ont prévalu sur les pressions politiques. Dans ce climat chargé, l’élection a tourné court : Eto’o, unique candidat, n’a réellement affronté aucune opposition. Ce contexte aurait pu soulever des doutes. Mais pour une large majorité des délégués réunis, il s’agissait surtout d’entériner un consensus autour d’un projet fédéral jugé nécessaire.
Redonner crédibilité et stabilité à la Fécafoot
À la suite de l’annonce des résultats, Samuel Eto’o n’a pas caché ses ambitions pour les quatre prochaines années. Dans un discours aux allures d’annonces fortes, il a clairement fait comprendre que : « Le Cameroun est au‑dessus de tout », affirmant qu’aucun joueur ni entraîneur ne serait « plus grand que la nation ». Avec cette phrase, il trace une ligne de rupture — ou du moins tente‑t‑il de le faire avec les années d’instabilité, de polémiques et de promesses non tenues. Parmi les objectifs affichés figurent la relance des championnats nationaux, le renforcement de la gouvernance interne à la Fécafoot, l’amélioration de l’attractivité des sélections camerounaises, et une préparation rigoureuse des équipes nationales pour les grandes échéances à venir. Au‑delà des priorités sportives, le président réélu met en avant une ambition institutionnelle : redonner crédibilité, cohérence et stabilité à une fédération secouée ces dernières années. Ce nouveau mandat apparaît à ses yeux non comme une simple continuité, mais comme l’opportunité d’un nouveau départ, dans des conditions renouvelées. Pour les observateurs, il y a désormais un double défi : transformer les intentions en actes, et faire passer le ballon des palabres aux terrains, des discours aux résultats connaissant surtout les multiples revers du football Camerounais ces 4 dernières années.
Si l’élection n’a suscité aucune surprise, elle laisse malgré tout planer de nombreuses interrogations. Le fait qu’Eto’o soit seul candidat, réélu sans adversaire, nourrit le scepticisme de ceux qui espèrent un changement profond à la tête de la Fécafoot. Le recours à une A.g.e sous supervision internationale n’écarte pas totalement le débat sur la représentativité ou la pluralité des voix. Par ailleurs, les tensions passées entre la fédération et les clubs, les suspensions et exclusions dénoncées avant l’Age, ont laissé des cicatrices. Certains acteurs du football local craignent que la continuité ne se transforme en immobilisme, que les promesses de réformes ne restent sur le papier. Balle au centre !
Moustapha BACHIROU



