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Fécahand: Dans les profondeurs abyssales des contre-performances ?

Depuis près d’une décennie, le handball masculin camerounais enchaîne les participations continentales sans parvenir à retrouver son rang d’antan. Entre contre-performances sportives répétées et turbulences administratives persistantes, le bilan des Lions du handball interroge autant sur le niveau de jeu que sur la solidité des fondations.

Sur les Can masculines qui se sont tenues en 2016, 2018, 2020, 2022 et 2024, le Cameroun n’a jamais réussi à revenir parmi l’élite africaine : pas de qualification pour les demi-finales, pas de place qualificative pour le mondial, pas de performance digne d’être célébrée. Statistiquement, après une 5ᵉ place en 2016, résultat déjà modéré tant le Cameroun rêvait d’un podium, les classements en témoignent : 9ᵉ en 2018, 11ᵉ en 2020, 12ᵉ en 2022, puis 10ᵉ en 2024 et éliminé au premier tour au cours de Can qui se déroule actuellement au Rwanda. Une trajectoire qui souligne une absence de progression significative et une stagnation au fond du peloton continental ; malgré un palmarès historique marqué par une 2ᵉ place lors de la Can 1974, les dernières années racontent une autre histoire : celle d’un handball national poussé à la périphérie du sport africain.

La Can 2026 au Rwanda, qui se déroule cette année, n’a pas inversé la tendance : éliminé dès la phase de groupes avec deux défaites contre la Tunisie (22-41) et la Guinée (18-24) pour une seule victoire contre le Kenya (28-24), le Cameroun est relégué à la Coupe du Président, une compétition de classement. Ce palmarès récent appelle une lecture froide et lucide : au lieu de s’accrocher au haut du tableau, la sélection oscille entre matchs serrés et défaites lourdes, sans jamais réellement menacer les cadors que sont l’Égypte, la Tunisie ou même le Cap-Vert sur certaines éditions. Un tel bilan confine plus à l’attente de progrès qu’à une dynamique ascendante.

Crises, scandales et manque de structures

Loin des chiffres bruts, le handball camerounais a souffert ces dernières années non seulement sur le terrain, mais aussi en dehors. Après la Can 2024 en Égypte, un scandale a éclaboussé la Fédération camerounaise de handball (Fecahand) : les joueurs seniors n’auraient perçu qu’une somme dérisoire de 10 000 Fcfa chacun à leur retour au pays, loin des 1 800 000 Fcfa de primes promises pour leur participation, révélant des dysfonctionnements dans la gestion des fonds alloués par l’État et les partenaires. Le décalage entre engagements et réalités financières a mis en lumière un problème de transparence et de gouvernance au sein de la Fédération.

Les Lionnes indomptables (équipe Dames) aussi ont été prises dans ce tourbillon administratif : leur absence aux qualifications olympiques de Paris 2024 a été imputée par la Fécahand à des problèmes de visas, mais la situation a donné lieu à des accusations et contre-accusations sur la gestion interne et la communication de l’instance dirigeante. Au-delà des primes et des visas, des rumeurs persistantes de sanctions ou de dysfonctionnements institutionnels ont circulé, suscitant des démentis officiels de la Fédération et alimentant une perception d’instabilité autour du handball national, loin des standards de rigueur qu’on impose aux Lions de football pour un simple revers ou une controverse arbitrale.

Handball et comparaisons sportives au Cameroun

Il est frappant de constater qu’à chaque faux pas de l’équipe nationale de football( par exemple ), les critiques fusent, les débats publics s’enflamment et les dirigeants sont appelés à rendre des comptes,  parfois même pour des détails de préparation ou des choix tactiques. Dans le handball, malgré un palmarès continental nettement moins impressionnant et des résultats régulièrement médiocres, la pression médiatique est étonnamment limitée. Cette distance tient peut-être à la médiatisation naturelle du football, mais elle masque une réalité : le handball camerounais traîne des problèmes structurels tout aussi pressants, qu’il s’agisse de formation, de préparation, d’investissement ou de gouvernance administrative.

Des équipes régulières en milieu de classement africain ne sont pas une fatalité ; elles reflètent souvent des déficits d’organisation plus profonds que de simples accidents de compétition. Le paradoxe est là : un sport qui a produit des moments honorables dans le passé, et qui continue d’attirer des talents au niveau local, n’arrive plus à transformer cette potentialité en résultats au niveau continental. Et si le football subit un feu roulant de critiques pour ses imperfections, le handball, lui, mérite une analyse aussi exigeante qu’objective car au-delà des passions, ce sont les structures qui fabriquent les Champions.

Moustapha BACHIROU

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