
À partir de l’exercice budgétaire 2026, les créateurs de contenus, plateformes numériques et utilisateurs fortement monétisés des réseaux sociaux opérant au Cameroun seront soumis à l’impôt en fonction de leurs revenus publicitaires et de leur audience.
C’est dans la capitale régionale de l’Adamaoua que le gouvernement a officiellement donné le ton. En procédant au lancement solennel du budget de l’État pour l’exercice 2026, le ministre des Finances Louis Paul Motaze a inscrit la réforme de la fiscalité numérique parmi les leviers majeurs de mobilisation des recettes internes. « La loi de finances pour 2026 vise une mobilisation optimale des recettes internes non pétrolières dans le respect de la soutenabilité de l’activité économique », a souligné le ministre. Cette orientation s’inscrit dans la continuité de la Stratégie nationale de développement 2020-2030, qui ambitionne une transformation structurelle de l’économie camerounaise. Au cœur de cette réforme figure une mesure attendue et redoutée à la fois par les acteurs du numérique. Les créateurs de contenus monétisant leurs pages sur les réseaux sociaux, tout comme les plateformes étrangères offrant des services numériques au Cameroun, seront désormais soumis à l’impôt. La Direction générale des Impôts l’explique sans détour. « La première mesure, c’est de faire payer dorénavant les entreprises du secteur du numérique qui font des affaires sur notre territoire sans forcément avoir de présence physique », a précisé un responsable de la Dgi.
Le streaming, la publicité en ligne, les abonnements payants et les partenariats commerciaux générés via les réseaux sociaux entrent ainsi dans le radar du fisc, dans un contexte où l’économie numérique connaît une croissance rapide au Cameroun, portée par la jeunesse et l’explosion de l’usage d’internet mobile. La loi de finances 2026 introduit des critères clairs pour définir ce que l’administration appelle une présence économique significative. « Si vous réalisez à partir de cinquante millions de chiffre d’affaires, on va considérer que vous avez une présence économique significative au Cameroun », explique la Dgi. Autre critère déterminant, l’audience. « Si vous avez jusqu’à mille abonnés ou clients, vous devez payer l’impôt sur les sociétés et environ trois pour cent du chiffre d’affaires réalisé sur le marché camerounais », ajoute le responsable de la Dgi. Cette disposition concerne directement les influenceurs et créateurs de contenus dont les revenus publicitaires sont proportionnels à leur communauté en ligne. Elle vise à rétablir une équité fiscale entre les acteurs traditionnels et ceux du numérique, souvent perçus comme évoluant en marge du système fiscal classique.
Réforme présentée comme équitable et moderne
Pour accompagner cette nouvelle fiscalité, l’administration fiscale a mis en place une plateforme électronique permettant aux entreprises et acteurs numériques non établis physiquement au Cameroun de déclarer et payer leurs impôts. « Nous avons développé une plateforme électronique qui va permettre à ces sociétés de souscrire chaque mois et à la fin de l’année pour s’acquitter de leurs obligations », a rassuré la Dgi, rappelant par ailleurs que ces entreprises reversent déjà la taxe sur la valeur ajoutée depuis 2021.
Pour le gouvernement, il ne s’agit pas de freiner l’innovation ni la créativité numérique, mais de faire contribuer équitablement tous ceux qui tirent profit du marché camerounais. Comme l’a insisté Louis Paul Motaze à Ngaoundéré, « le lancement du budget de l’État n’est pas un simple rituel administratif », mais un instrument stratégique destiné à renforcer la justice fiscale, soutenir l’investissement public et garantir que la croissance, y compris numérique, bénéficie effectivement au développement national. Avec cette réforme, le Cameroun rejoint une dynamique internationale déjà engagée dans plusieurs pays africains et au sein des grandes économies, où la taxation de l’économie numérique est devenue un enjeu majeur de souveraineté financière et d’équité fiscale à l’ère des réseaux sociaux.
Michel NONGA



